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InterviewCasey Affleck: «Il y a un esprit de famille chez nous»

L’acteur, auréolé d’un Golden Globe, a toujours eu le soutien de son frère Ben.

par
Henry Arnaud
Hollywood
Ben et Casey à la première de «Manchester By The Sea» des studios Amazon, le 14 novembre dernier à Beverly Hills.

Ben et Casey à la première de «Manchester By The Sea» des studios Amazon, le 14 novembre dernier à Beverly Hills.

Le film «Manchester By The Sea» fait le tour du monde des festivals depuis sa présentation à Sundance l’an passé. De Toronto à New York en passant par l’AFM de Los Angeles, Casey Affleck, 41 ans, est partout et il a remporté la semaine dernière le Golden Globe du meilleur acteur dramatique. Sur scène, il a eu des mots touchants pour ses deux fils, Atticus, 8 ans, et Indiana, 12 ans, ainsi que pour leur mère, l’actrice Summer Phoenix. Le couple s’est séparé au printemps 2016, après 10 ans de mariage. «Elle m’a donné toutes les bonnes idées concernant le métier d’acteur. Merci à mes enfants pour leur force de caractère et qui ont accepté que je voyage loin d’eux pour ce film», a-t-il déclaré, son trophée à la main. La moisson de récompenses n’est peut-être pas terminée car il fait partie des favoris pour les Oscars, le 26 février 2017. La liste des nominés sera dévoilée le 24 janvier.

Vous avez longtemps vécu dans l’ombre de votre grand frère, Ben, qui est l’un des cteurs les plus célèbres de Hollywood. Quels sont vos souvenirs d’enfance avec lui?

Ben et moi avons toujours été soudés, mais on se battait constamment. Nous étions livrés à nous-mêmes, sans adultes pour nous surveiller, alors on traînait en ville, à Boston, à la recherche de je-ne-sais-quoi. À la moindre contrariété, on se battait réellement. À la maison, on était capables de se chamailler en s’envoyant à la figure tout ce qui nous passait sous la main. Mes enfants font pareil à présent, mais je n’y vois rien de mal. Cela renforce les liens et l’amour familial.

Quelles sont vos relations avec Ben actuellement?

Nous sommes très proches. J’étais à Londres récemment alors que Ben y tournait un film et nous sommes restés ensemble. On habite Los Angeles tous les deux et nous nous voyons régulièrement. Il y a un esprit de famille chez nous que nous souhaitons transmettre à nos enfants. Et quand maman vient en Californie, nous passons nos journées avec elle pour qu’elle profite de ses petits-enfants.

Votre dernier film a la cote auprès des critiques. Quelle a été votre réaction à la lecture du scénario?

Souvent à la lecture d’un script, je me demande si c’est un bon rôle pour moi ou si je peux apporter quelque chose de plus au personnage. Rien de tout cela ne s’est passé avec «Manchester By The Sea». Je l’ai lu comme s’il s’agissait d’une autobiographie, pas d’une fiction. À la fin, je me suis mis à pleurer alors que j’avais ri aux éclats dans plusieurs passages.

Qui est Lee Chandler?

Un gars du Massachusetts qui a quitté son quartier d’enfance à la suite de problèmes personnels. Il est obligé d’y retourner lorsque son frère aîné est mourant. Il devient le gardien légal de son neveu, un grand adolescent, tout en tentant de recoller les morceaux de son passé.

Avez-vous eu besoin de rester dans la peau de Lee Chandler durant toutes les semaines de tournage pour en garder l’émotion?

En rentrant chez moi à la fin d’une journée de travail, je préparais les répliques du lendemain. D’une certaine manière, Chandler était constamment avec moi. L’un des moments les plus intenses a été le tournage de la scène où Lee va à la morgue pour identifier le corps de son frère. Le réalisateur Kenneth Lonergan avait volontairement placé ses caméras en recul. J’avais l’impression d’être quasi seul face à ce corps. Les larmes sur mon visage et la colère que j’ai ressentie; ça n’était pas un jeu d’acteur car j’avais le sentiment de le vivre vraiment.

Est-il exact que vous avez remplacé Matt Damon au pied levé dans «Manchester By The Sea»?

Vrai. Matt a demandé à Lonergan d’écrire ce script, mais il devait en être la star ainsi que le réalisateur. Damon est un comédien très occupé et très demandé. Alors qu’il venait de démarrer la préproduction de «Manchester By The Sea», Matt a été obligé de répondre à d’autres engagements, ce qui aurait retardé le début du tournage de deux ans. Il a donc demandé à Lonergan de signer la mise en scène à sa place et il m’a approché pour incarner Lee Chandler. Matt et moi sommes amis depuis très longtemps et nous avons bossé ensemble à Londres en 2002, dans une pièce de Lonergan.

Est-ce que votre frère aîné, Ben, vous pique souvent des jobs?

Non car Ben et moi ne sommes pas du tout dans la même catégorie à Hollywood. Et pour vous répondre honnêtement, je sais bien qu’une bonne dizaine d’acteurs ont refusé un film avant qu’on me le propose. Si l’on vient directement me proposer un rôle, c’est parce qu’on connaît mon travail ou que je suis ami avec l’auteur, le producteur, etc. Cela n’a rien à voir avec le talent mais le box-office. Demandez à Matt Damon, on doit lui envoyer tous les scripts de Hollywood. Ces films rapportent tellement de dollars que je soupçonne qu’un producteur serait prêt à changer la couleur de peau ou le sexe d’un personnage si Matt était intéressé. (Rires.)

Votre nom fait partie des favoris pour les prochains Oscars. Est-ce une pression supplémentaire sur vos épaules?

Je n’y pense pas car c’est hors de tout contrôle. J’ai fait le tour des festivals depuis des mois pour parler de «Manchester By The Sea» car c’est un bijou à mes yeux. J’espère surtout qu’un maximum de spectateurs vont le découvrir au cinéma. Et ne croyez pas que c’est uniquement un drame. On me dit souvent qu’on a du mal à retenir ses larmes à la fin, mais il y a aussi beaucoup d’humour dans plusieurs séquences.

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