Actualisé 13.06.2018 à 05:00

Ce gel qui ne plaît pas à l’UCI

Cyclisme

L’équipe Lotto-Soudal a fait usage d’un produit favorisant l’aérodynamisme lors du dernier Dauphiné. L’instance mondiale a sorti les griffes: c’est «niet»! Explications.

par
Stéphane Combe
Les traces blanches sur les jambes du Belge Thomas de Gendt ne laissent aucun doute: il a utilisé le gel lors du dernier Critérium du Dauphiné.

Les traces blanches sur les jambes du Belge Thomas de Gendt ne laissent aucun doute: il a utilisé le gel lors du dernier Critérium du Dauphiné.

Bonne nouvelle pour les amateurs de petite reine: non, toutes les décisions ne mettent pas plusieurs mois à tomber en cyclisme! Si le «cas Chris Froome» ne sera probablement pas réglé d’ici au Tour de France – bientôt une année depuis son contrôle positif sur la Vuelta –, celui de Lotto-Soudal a mis moins d’une semaine à être tranché. La faute de l’équipe belge? Avoir enduit les muscles saillants de quatre de ses coureurs d’un gel interdit, lors du contre-la-montre par équipes du Dauphiné (du 3 au 10 juin).

La performance colle à la peau

Astucieuse, la technique a permis à cette équipe de terminer troisième de l’étape, derrière les épouvantails de la discipline que sont Sky et BMC. Mais elle n’a pas suffi pour glisser des mains de l’Union cycliste internationale (UCI). De ce gel, on sait qu’il a été préparé par le médecin de l’équipe, Servas Bingé, sous le nom de «Speed gel», qu’il est censé améliorer la pénétration dans l’air des coureurs, et qu’il est composé de microbilles (cf. photo).

Consulté mardi, un suiveur du milieu nous a expliqué avoir découvert cette pratique à cette occasion. Pourrait-il s’agir d’un usage placebo (façon «je glisse, donc je fuis»)? «J’en doute, car tout ce qui touche à l’aérodynamisme est testé en soufflerie», répond notre interlocuteur. «Il y a tellement d’études au millimètre, pour la position du casque ou de la selle, qu’un gain d’une dizaine de watts ne m’étonnerait pas. Sur un contre-la-montre, ça fait la différence. Le cyclisme reste scientifique.» Même s’il souligne qu’«à un moment donné, il faut quand même pédaler pour avancer». Du côté de l’UCI et de Jean-Christophe Péraud, ancien coureur désormais responsable de l’équipement et de la lutte contre la fraude technologique, on a rapidement étudié le cas. Et on a mis le veto. Contactée hier, l’instance nous a renvoyés à l’article 1.3.033 de son règlement: «Il est interdit de porter un accessoire ou habit non essentiel porté pour influencer la performance d’un cycliste, telle que la réduction de la résistance à l’air (…)» Une justification qui n’a pas du tout plu au manager de l’équipe Lotto-Soudal, Marc Sergeant, qui n’avait d’ailleurs pas caché l’utilisation du gel: «J’ai une question à poser à Péraud: les crèmes solaires sont-elles interdites? Ce n’est pas dans les règlements actuels. Si nous n’avons pas une réponse satisfaisante, nous pourrions l’utiliser sur le Tour.» En attendant, l’équipe Lotto-Soudal n’a pas pu utiliser sa potion magique sur les routes du Tour de Suisse. Mais si Marc Sergeant ne peut plus dégainer son gel miracle, il a décidé de jouer les pots de colle avec l’UCI.

Sky toujours fan du vortex

Dernier ajout en date à avoir fait causer dans les chaumières cyclistes, les bandes «vortex» utilisées par Sky sur le Tour 2017 (ici Geraint Thomas, vainqueur du prologue à Düsseldorf) le sont en fait… toujours. Selon Fred Grappe, directeur de la performance chez Groupama-FDJ, le gain avec cette combinaison serait de 24 watts, soit plus d’une seconde au kilomètre. C’est énorme. Le débat n’a jamais été tranché (point en faveur de Sky: les bandes sont intégrées à la tenue). Il va se rouvrir dès l’entame du Tour 2018, c’est certain.

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!