Formule 1 - Ce n’était pas de la F1, mais les jeux du cirque
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Formule 1Ce n’était pas de la F1, mais les jeux du cirque

Grâce à sa victoire dimanche, Lewis Hamilton est revenu à égalité de points avec Max Verstappen, à une course de la fin. Retour sur les polémiques de ce GP d’Arabie saoudite.

par
Luc Domenjoz

Le Grand Prix d’Arabie saoudite s’est avéré le plus chaotique de l’histoire de la F1. Trois départs, deux interruptions de course, plusieurs voitures de sécurité réelles ou virtuelles… Lewis Hamilton a fini par s’imposer devant Max Verstappen après une collision entre les deux pilotes et plusieurs sorties de piste de la Red Bull. Les deux rivaux sont à égalité parfaite à une course de la fin de la saison.

Hamilton: «Ce type est fou, il a dépassé les bornes»

Le Grand Prix d’Arabie saoudite a vécu une confrontation directe, sur la piste, entre Lewis Hamilton et Max Verstappen. Entre des deux pilotes, la tension était telle que ça ne pouvait pas se passer dignement. Visiblement, la Mercedes était plus rapide dans les conditions de course, et le Britannique s’est logiquement finalement imposé face au Néerlandais. Mais quel duel. Max Verstappen n’a jamais voulu laisser la Mercedes le doubler, et a plongé à chaque fois, dans des conditions impossibles, par l’intérieur ou par l’extérieur, pour empêcher Lewis Hamilton de passer.

Ce fut une course complètement folle qui a lessivé le Britannique, surpris de l’intransigeance affichée par son rival. «J’ai juste essayé de garder la tête froide, mais ce n’était pas facile», lâchait le pilote Mercedes après la course.

«J’ai couru contre beaucoup de pilotes dans ma carrière. En 28 ans, j’ai eu affaire à bien des caractères différents. Il y en a eu quelques-uns qui dépassaient les bornes, pour lesquels les règles habituelles ne s’appliquent pas…. (ndlr: sous-entendu, c’est le cas de Max Verstappen). Aujourd’hui, j’ai simplement essayé de garder ma voiture entre les lignes blanches bordant la piste, et de le faire proprement. Lui, il a dépassé les limites, c’est sûr. J’ai évité plusieurs accrochages avec ce type. Ça m’est égal de devoir lever le pied pour éviter un choc, parce que ça permet d’attendre une autre occasion. Ce que j’ai fait.»

«A quoi jouait-il?»

A propos du choc contre Max Verstappen, lorsque ce dernier a ralenti en pleine ligne droite – le Néerlandais devait rendre la place qu’il avait gagnée sur le Britannique en sortant de piste –, Lewis Hamilton expliquait qu’il n’a pas compris ce qui s’est passé. «Je n’ai pas été informé qu’on lui avait demandé de me rendre la place, alors je n’ai pas saisi ce qu’il faisait. Il a ralenti, puis il a bougé sa voiture, je me suis demandé à quoi il jouait. Et puis il a freiné d’un coup. Il a freiné si fort que j’ai failli encadrer complètement sa voiture, ça a failli nous éliminer tous les deux. Lui, il s’en moquait si nous ne finissions pas, il terminait la journée avec 8 points d’avance sur moi… moi, je voulais que nous terminions tous les deux…»

Juste après avoir franchi la ligne en première place, son ingénieur s’est adressé à Lewis Hamilton: «C’est la course la plus folle dont je vais me rappeler. Aujourd’hui, c’est celui qui a gardé la tête froide qui a gagné», commentait Peter Bonnington, l’ingénieur de Lewis Hamilton, juste après la course. La F1 venait de vivre la course la plus folle de ces dernières années.

Red Bull: les commissaires favorisent Mercedes

Chez Red Bull, les nombreux incidents et décisions qui ont émaillés le Grand Prix d’Arabie saoudite n’ont pas toujours été acceptés: «Cette course était extraordinaire, mais nous n’en acceptons pas tous les événements», soulignait Helmut Marko après la course.

Le responsable du sport automobile auprès de Red Bull mentionne notamment l’accrochage entre les deux leaders du championnat, qui valut 10 secondes de pénalité à son pilote (lire ci-dessous). « On peut prouver que Max a freiné de manière constante, il n’a pas cherché à « tester » Hamilton. Et c’est lui qui est rentré dans notre voiture, ce qui a découpé le pneu à deux endroits. C’était si sérieux que Max n’était plus en position d’attaquer par la suite. On a dû ralentir. Deuxième chose: au deuxième départ, Hamilton a laissé plus de 10 voitures entre lui et Max. Sebastian Vettel a été pénalisé en Hongrie pour la même faute. En faisant ça, Hamilton préparait mieux ses pneus pour la course, mais il n’y a pas eu de réaction de la direction de course, alors nous pensons que nous ne sommes pas traités à égalité… »

Lorsque Helmut Marko est mis au courant des remarques de Lewis Hamilton au sujet du pilotage de Max Verstappen, l’Autrichien a nié que son pilote devait se calmer: « Je ne vois pas pourquoi Max devrait changer son approche ou se calmer. C’est le duel entre Lewis et lui, entre Mercedes et nous. Et n’oubliez pas ce qui s’est passé à Silverstone et Budapest. N’oubliez pas ça… »

Helmut Marko fait allusion à deux Grands Prix où Max Verstappen a été sorti par des Mercedes et n’a marqué aucun point. Visiblement, ces deux épisodes estivaux n’ont pas été digérés par l’écurie Red Bull, qui commence ainsi à suggérer qu’elle pourrait contester la légitimité de l’éventuel titre 2021 de Lewis Hamilton…

Verstappen condamné à 23h37

Après des heures de délibération et l’examen des caméras embarquées des voitures de Lewis Hamilton et de Max Verstappen, ce dernier a été condamné à 10 secondes de pénalité (qui se sont ajoutées aux cinq secondes déjà décidées pour avoir couper le premier virage) pour avoir freiné en pleine ligne droite – causant l’incroyable collision entre la Mercedes et la Red Bull.

Avec ces 5 + 10 secondes de pénalité ajoutés à son résultat final, Max Verstappen reste tout de même deuxième et marque 18 points. Mais au classement définitif, il n’a plus que 5.7 secondes d’avance sur Valtteri Bottas. Si ce dernier n’était pas resté bloqué aussi longtemps derrière Esteban Ocon, le Finlandais aurait probablement terminé deuxième et Max Verstappen aurait marqué trois points de moins.

Russell: des risques «inutiles»

George Russell a été l’une des innombrables victimes d’accrochages à Djeddah. En cause: les virages masqués qui empêchent les pilotes de voir ce qui se passe sur la piste à quelques mètres devant eux.

Au 16e tour, le Britannique a été éliminé par un violent accrochage avec Nikita Mazepin, qui l’a harponné par l’arrière au moment où la course était relancée après sa première interruption. « Cet accident était quasiment inévitable », regrettait George Russell après la course. « Vous sortez du virage 2, qui est relativement large et ouvert, les voitures sont cote à cote, et ensuite ça devient très étroit très rapidement. On ne peut que s’accrocher. J’ai déboulé d’un virage aveugle, et d’un coup il y avait des voitures un peu partout, j’ai levé le pied et je me suis fait heurté par derrière. »

Le pilote Williams accusait ainsi le circuit pour son manque de sécurité: « Je crois que le sport automobile, dans son ensemble, à beaucoup à apprendre de ce qui s’est passé ce week-end. C’est un circuit fabuleux, c’est excitant de piloter ici, mais la piste n’est pas à la hauteur, ni côté sécurité, ni pour y courir. On risque un accident derrière ces virages masqués, dont la plupart ne sont même pas des virages en F1, ils se prennent à fond, mais ils offrent par contre un gros risque d’accident. Ils sont inutiles et dangereux.»

La F1 reviendra à Djeddah en mars prochain, au tout début de la saison 2022. « Ils ont construit un circuit incroyable ici, mais je pense que personne n’avait anticipé ce qui pourrait se passer avec ces virages masqués. Il faut faire des changements. »

Et maintenant?

Les deux rivaux abordent donc le dernier Grand Prix de la saison, dimanche prochain, à parfaite égalité de points. Ce n’est arrivé qu’une seule fois dans l’histoire de la F1, en 1974. Le duel opposait alors Emerson Fittipaldi au Suisse Clay Regazzoni, avec 52 points chacun. Lors de cette dernière course, aux USA, sur le circuit de Watkins Glen, le Tessinois ne put faire mieux que 11e sur une Ferrari à l’agonie, et le Brésilien a remporté le titre.

Cette année, Max Verstappen et Lewis Hamilton comptent chacun 369.5 points après vingt et une manches. C’est désormais comme si le championnat se jouait en une seule course. A Abu Dhabi, celui des deux qui terminera devant l’autre deviendra champion du monde.

Et si aucun des deux ne termine, en cas d’accrochage, Max Verstappen sera alors couronné. Dans de tels cas – ça n’est jamais arrivé dans l’histoire –, le champion du monde est désigné « à la qualité des résultats ». Max Verstappen comptant actuellement neuf victoires (dont celle de Belgique, après un tour de course au ralenti!) contre huit à Lewis Hamilton, il serait champion si le classement restait inchangé au soir du dernier Grand Prix.

Le circuit de Yas Marina à Abu Dhabi est sans doute l’un des pires pour y jouer le titre mondial. Aucun dépassement n’y est possible, celui qui prendra la tête au premier virage aura alors posé une sérieuse option sur la victoire, et donc sur le titre.

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