19.01.2019 à 21:25

Ce que les nouveaux autotests changent

Médecine

Infection urinaire, carence en fer, allergie ou intolérance au gluten, il est désormais possible de se tester, sans le moindre encadrement médical. Une chance? Rien n’est moins sûr à en croire les médecins, sauf pour le dépistage de deux maladies: le VIH et le cancer colorectal.

par
Laetitia Grimaldi, en collaboration avec planetesante.ch
Alors que la liste des autotests disponibles ne cesse de s’allonger, il n’existe pas de données sérieuses pour en dresser le bilan.

Alors que la liste des autotests disponibles ne cesse de s’allonger, il n’existe pas de données sérieuses pour en dresser le bilan.

iStock

L’expérience est tentante: appliquer une goutte de sang sur un autotest et savoir après quelques minutes si notre fatigue est liée à une carence en fer, nos maux de ventre à une intolérance au gluten, notre toux à une allergie. Le principe est commun à tous les autotests: confronter un échantillon de salive, de sang ou encore d’urine à un révélateur capable de déceler la présence d’un anticorps ou d’une hormone, par exemple. Sauf que le tableau n’est pas si clair.

«Hormis le fait que leur fiabilité est souvent contestable, l’un des reproches que nous pouvons leur adresser est qu’ils ne fournissent pas de chiffres, mais uniquement un résultat positif ou négatif, déplore le Pr Nicolas Senn, directeur de l’Institut universitaire de médecine de famille, à Lausanne.

Or cela suffit rarement. Les autotests dédiés aux allergies, par exemple, détectent la présence d’immunoglobulines E (IgE), autrement dit d’anticorps produits par l’organisme en cas d’allergie. Ils vont donc au mieux révéler un terrain allergique, mais sans répondre aux vraies questions: à quoi la personne est-elle allergique? Quelle est la sévérité de l’allergie? Seuls des tests cutanés et une analyse de sang ciblée pour tester les IgE spécifiques à tel ou tel allergène permettent de faire cet état des lieux et de prendre les mesures adaptées.»

Aucun chiffre officiel

S’ils s’intègrent dans une tendance générale à quantifier soi-même sa santé par appareils de mesure ou smartphones interposés, nombre de ces autotests résonnent comme une aventure inachevée, selon le Pr Senn: «Certes, ils démultiplient les outils diagnostics dans les mains du patient. Mais les autotests sont pour la plupart passés directement des laboratoires d’ingénierie aux étagères des pharmacies sans passer par un raisonnement en termes de soin. Dès lors, bien souvent, leur utilisation se solde par un rendez-vous médical, car soit le patient a obtenu un résultat négatif et il n’est pas plus avancé sur ce qui le préoccupait, soit ce résultat est positif et une consultation est nécessaire pour confirmer et affiner le résultat afin d’entreprendre une prise en charge concrète.»

Pour en savoir plus, consultez le site du Matin Dimanche sur votre ordinateur personnel, votre tablette ou votre smartphone. L’application Le Matin Dimanche est toujours disponible sur iPad.

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