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PandémieCe que l’on sait de la nouvelle variante du virus

L’Europe isole la Grande-Bretagne pour se protéger d’une mutation du coronavirus apparue là-bas qui serait beaucoup plus contagieuse. Mais beaucoup d’inconnues demeurent, même concernant sa virulence.

par
Michel Pralong
La version du virus détectée pour la première fois en Grande-Bretagne a subi 17 mutations d’un seul coup, ce qui est incroyable.

La version du virus détectée pour la première fois en Grande-Bretagne a subi 17 mutations d’un seul coup, ce qui est incroyable.

Getty Images/iStockphoto

C’est un peu panique à bord en Europe suite au signalement par les autorités britanniques qu’une nouvelle variante du coronavirus était apparue en Grande-Bretagne et qu’elle semblait se répandre beaucoup plus vite que l’ancienne. Du coup, de nombreux pays, dont la Suisse, tentent de limiter voire d’interdire l’arrivée de ressortissants britanniques chez eux afin de ne pas être contaminés par cette nouvelle forme du virus. Reste qu’à l’heure actuelle, les données scientifiques manquent encore, même sur le fait qu’elle soit plus contagieuse que les variantes précédentes. Il faudra donc encore approfondir les recherches pour en savoir plus, mais la prudence semble requise en attendant. Voici déjà ce que l’on sait.

Quand et où est-elle apparue?

Cette nouvelle variante du coronavirus, nommée B.1.1.7 a été détectée pour la première fois en Grande-Bretagne dans un virus isolé, le 20 septembre dernier. Ce qui a tout de suite frappé les scientifiques, c’est que cette variante avait acquis 17 mutations en une seule fois, ce qui est tout à fait exceptionnel. Les virus mutent, c’est normal, et le coronavirus fait de même. Ce dernier connaît un changement au rythme d’une à deux fois par mois, selon un article publié sur le site Science. Ainsi, les génomes du coronavirus qui sont séquencés ces derniers temps présentent plus de 20 différences avec les premiers génomes séquencés en Chine en janvier 2020. Il existe toutefois en parallèle des génomes qui ont beaucoup moins muté par rapport aux premières versions.

Un virus peut subir plusieurs mutations en une seule fois, les scientifiques en avaient observé jusqu’à 12. Mais 17 mutations pour le B.1.1.7 c’est du jamais vu. Cela pourrait s’expliquer par une longue infection chez un seul patient, dont le système immunitaire aurait été qui plus est affaibli et incapable de vaincre le virus, explique un article de la BBC. Du coup, le coronavirus aurait eu tout le loisir de s’y développer et de se transformer.

En quoi est-elle différente?

Huit de ses dix-sept mutations concernent sa protéine de pointe, celle qui sert à s’attacher à la cellule humaine qu’elle va infecter. Et l’une de ces mutations permet au virus d’augmenter son degré de liaison à notre protéine ACE-2, qui est un peu la serrure permettant de débloquer l’entrée dans la cellule. Une autre mutation semble rendre les anticorps créés par notre métabolisme pour combattre l’infection, moins efficaces. Rien de très rassurant, donc.

Se propage-t-elle plus vite?

Apparu en septembre, ce coronavirus nouvelle version concernait déjà un quart des nouveaux cas détectés à Londres en novembre, puis deux tiers des cas à la mi-décembre, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous, où la nouvelle variante est en jaune.

Samedi 19 décembre, lors d’une conférence de presse pour annoncer et justifier ses nouvelles mesures drastiques pour lutter contre la pandémie, le premier ministre Boris Johnson a annoncé que la transmissibilité du virus pourrait être 70% supérieure à celle de l’ancienne version. Une affirmation que de nombreux virologues tempèrent, jugeant qu’il est trop tôt pour dire cela.

Le fait que l’on ait détecté autant de nouveaux cas peut en effet avoir plusieurs explications. Déjà, la nouvelle variante du virus a des caractéristiques qui font que, par hasard, l’un des tests rapides le plus courant en Grande-Bretagne le détecte très facilement. Ensuite, sa forte propagation pourrait être également liée au comportement des gens. Pour illustrer cela, Science rappelle que, cet été, une nouvelle variante du virus détectée en Espagne s’était vite répandue en Europe. Les scientifiques avaient craint qu’elle soit donc plus contagieuse, mais cette propagation s’est expliquée par le fait que de nombreuses personnes avaient passé leurs vacances en Espagne et avaient ramené le virus avec elle. Ce n’était donc pas le virus qui était plus contagieux, mais les gens qui l’avaient davantage véhiculé.

Reste qu’une lignée distincte de la variante britannique a également été repérée en Afrique du Sud et que là aussi, elle semble se propager plus rapidement. Les scientifiques du pays planchent sur la question pour en comprendre les raisons.

Où la retrouve-t-on?

Cette nouvelle forme du coronavirus a pour l’instant été fortement détectée essentiellement à Londres et dans le Kent. On la retrouve sur toute l’île, mais en bien plus faibles quantités. Des cas ont été signalés également au Danemark et en Australie, qui auraient été importés de Grande-Bretagne. Début décembre, les Pays-Bas ont également trouvé cette variante dans un échantillon d’un patient. Une enquête est en cours pour tenter de savoir comment la personne a été infectée. Un premier cas a également été détecté en Italie dimanche 20 décembre. Quant à la variante sud-africaine, si elle partage certaines mutations avec la britannique, elle semble pourtant n’avoir aucun lien direct avec.

Selon Science, la Grande-Bretagne ayant un système de surveillance du génome du coronavirus parmi les plus sophistiqués au monde, cela pourrait aussi vouloir dire que la nouvelle variante circule aussi ailleurs sans avoir été pour l’instant détectée.

Est-elle plus dangereuse pour l’homme?

Aucune étude en Grande-Bretagne ne fait état de symptômes plus graves causés par cette nouvelle variante. Mais évidemment, si cette souche devait s’avérer en effet plus contagieuse, cela multipliera les personnes contaminées et entraînera une augmentation des hospitalisations avec un risque de surcharge des établissements.

La variante sud-africaine aurait touché d’avantage de jeunes et de personnes en bonne santé que précédemment. Mais cela pourrait s’expliquer par le fait que, si cette nouvelle forme est en effet plus contagieuse, il y a davantage de personnes infectées au total, donc aussi plus de jeunes et de personnes en bonne santé.

Les vaccins seront-ils efficaces contre elle?

Très probablement. Les trois principaux vaccins déjà administrés ou en passe de l’être s’attaquent certes tous principalement à la protéine de pointe du virus, qui est la partie qui a connu le plus de mutations dans la nouvelle version. Mais ils neutralisent également d’autres attaques du virus, donc devraient fonctionner contre cette souche. Après, les vaccins entraînent souvent eux-mêmes des mutations des virus, qui tentent d’y résister, c’est pour cela qu’il faut aussi les mettre régulièrement à jour. Mais, selon la BBC, les vaccins actuels sont faciles à modifier. En outre, en étudiant davantage cette nouvelle forme du coronavirus, on pourra peut-être comprendre les mécanismes qui pourraient l’avoir rendu plus contagieux, afin de mieux les neutraliser dans les prochaines mutations.

A-t-on raison d’isoler les Britanniques?

La Grande-Bretagne a pris des mesures sanitaires plus strictes et l’Europe coupe tant que faire se peut ses liaisons avec elle. Est-ce justifié, s’il devait s’avérer que la nouvelle souche n’est ni plus contagieuse ni plus dangereuse que les anciennes? «Des expériences en laboratoire sont nécessaires, a déclaré à la BBC le professeur Nick Loman, du Covid-19 Genomics UK Consortium. Mais voulez-vous attendre des semaines ou des mois avant d’avoir les résultats et prendre des mesures pour limiter la propagation? Probablement pas dans ces circonstances». Les travaux urgents pour mieux connaître cette forme du virus ont déjà commencé.

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105 commentaires
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T. Time

22.12.2020 à 08:17

Même le covid applique le Brexit...

JEREMY66

22.12.2020 à 03:52

Je ne comprend pas toujours certains commentaires,certains autres oui,mais assez souvent malheureusement des commentaires assez nuls, c'est dommage,je trouve qu'il manque un onglet STUPIDE pour affiner encore plus (lol)

JullesLegland

21.12.2020 à 18:19

J'au eu le covid-19, la rougeole, le malaria et la rage. Je suis immunisé à vie.