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SINISTRECe qui lui reste: son chien et son sac

Parmi les 25 locataires qui ont perdu leur logis dans un incendie à Neuchâtel le 8 juin, Marcia Nunes y a aussi laissé son emploi: elle travaillait dans un restaurant situé au rez-de-chaussée.

Marcia Nunes a pu sauver un sac et son chien «Paris».

Marcia Nunes a pu sauver un sac et son chien «Paris».

Olivier Evard

Son chien et son sac: «Voilà tout ce qui me reste», soupire Marcia Nunes, après l'incendie survenu le 8 juin dans un immeuble de 25 studios situé au centre de Neuchâtel, face au parking du Seyon. Logée en urgence dans un abri de protection civile, cette sinistrée fait contre mauvaise fortune bon cœur: «Elle cuisine, elle nettoie: c'est notre rayon de soleil. Et son chien, «Paris», c'est notre mascotte», disent ses compagnons d'infortune.

La nuit du sinistre, Marcia Nunes dormait dans son studio du troisième étage. Du vacarme l'a tirée de son sommeil, mais elle a d'abord cru à une bagarre. Quand elle a compris que le 5 étage était en feu, elle n'a plus eu le temps de rassembler ses affaires: «La braise tombait sur moi. Je suis sortie dans la rue en pyjama.» «Cet immeuble où je vivais et où je travaillais, c'était mon univers depuis 22 ans», murmure Marcia Nunes. Employée à la cuisine du restaurant Au Feu de Bois, au rez-de-chaussée, elle préparait une sauce aux morilles dont même le chef du service des secours se souvient. Réconforter l'autre plutôt que de se soucier d'elle, c'est sa nature: «Ça ira, ma chérie», dit-elle à une sinistrée qui sanglote.

En sous-sol

Douze jours après l'incendie, la moitié des sinistrés vit encore dans la fraîcheur d'un sous-sol de la PCi, dans l'attente d'un nouvel appartement, les autres ayant trouvé refuge chez un ami ou un parent. Dans l'abri de la Rosière, des liens se sont noués entre ces locataires qui se disaient à peine bonjour, preuve que la solidarité se nourrit du désarroi: «Comme on est tous dans le même panier, on forme désormais une famille», résume Marcia Nunes.

«Ma chemise, c'est Mme Julie qui me l'a donnée. Mais comme je suis coquette, j'aimerais récupérer mes habits…» glisse Marcia. Madame Julie est une voisine qui habite à côté de l'abri PCi et qui vient régulièrement réconforter les sinistrés en leur donnant des habits, mais aussi des fruits et des légumes.

Limité dans un premier temps à une dizaine de jours, l'accès aux locaux de la PCi sera renouvelé de deux semaines en deux semaines, si Marcia et les autres sinistrés ne trouvent pas un nouveau logis. «On a envie de se sentir à la maison», témoigne Marcia Nunes, en s'avouant «complètement perdue».

Président de Neuchâtel, Olivier Arni s'est déplacé en personne hier pour réconforter les démunis de la rue du Seyon: «La Ville de Neuchâtel n'abandonne personne», a-t-il assuré. Les autorités ont demandé aux gérances immobilières de mettre les sinistrés en tête de listes. Critiquée par des locataires qui se sentaient délaissés, la régie Naef, qui gère le bâtiment sinistré, les a assurés de son appui. Son directeur adjoint, Jacques Meyer, est beau joueur, sachant qu'à ce stade de l'enquête, la responsabilité de la gérance n'est pas engagée. Le sinistre semble trouver son origine dans la négligence d'un locataire, lequel a prêté son studio à des amis fêtards. Bougie ou cigarette mal éteinte? C'est possible aux yeux de ceux qui voient dans ce locataire un toxicomane négligent. Si sa responsabilité devait être engagée, le propriétaire se retournera contre sa compagnie d'assurances.

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