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Démission de Philipp HildebrandCela ne change pas «grand-chose» pour les banquiers privés

La place financière suisse ne devrait pas souffrir de la démission du patron de la BNS, estime l'association des banquiers privés. Ceux-ci redoutent surtout de perdre leur compétitivité.

Nicolas Pictet, président de l’Association des banquiers privés suisses (ABPS).

Nicolas Pictet, président de l’Association des banquiers privés suisses (ABPS).

Keystone

La démission de Philipp Hildebrand «ne va pas changer grand-chose» pour les banquiers privés comme pour la place financière suisse, estime le président de l’Association des banquiers privés suisses (ABPS), Nicolas Pictet lors d’une conférence de presse à Berne.

D’abord, parce que la conduite de la banque centrale n’est pas assurée par une seule personne, mais par un organe tripartite. Ensuite, parce que «ce départ a été assez vite réglé pour ne pas entacher la crédibilité de l’institution», a estimé Nicolas Pictet.

«La leçon principale à tirer de cette malheureuse affaire est que la morale intervient à côté de l’application du droit», a-t-il commenté jeudi, lors de la conférence annuelle de l’association à Berne. «C’est une tendance dont il faut tenir compte, mais c’est un aspect délicat, car cet élément moral s’apprécie différemment selon les tendances, les époques ou les personnes», a-t-il ajouté.

Nicolas Pictet, qui a tenu à souligner «le courage» de Philipp Hildebrand d’avoir «reconnu cette faute morale», juge néanmoins que certaines décisions s’imposent, dont le renforcement du règlement de la BNS et de la gouvernance. Deux exigences «qui n’ont rien d’original et que tout le monde réclame», a-t-il relevé.

Indépendance fondamentale

L’indépendance de la BNS est fondamentale, a estimé pour sa part Grégoire Bordier, associé de la banque éponyme. Mais au-delà de cette considération, il a reconnu que le secteur, en tant qu’industrie d’exportation, bénéficierait à coup sûr d’un nouvel affaiblissement du franc, dont la BNS a fixé début septembre le taux de change plancher à 1,20 franc pour un euro.

Selon plusieurs experts, dont le président du parti socialiste Christian Levrat, les remous autour des transactions en devises de l’ancien président de la BNS auraient empêché la banque centrale de donner un nouveau tour de vis en décembre.

Sur le vol de données dont a été victime Philipp Hildebrand par l’informaticien de la banque Sarasin (l’établissement n’est pas membre de l’ABPS), «c’est la pire chose qui puisse arriver à une banque», a commenté pour sa part Christoph Gloor, vice-président de l’association. «Malheureusement on ne peut éviter de telles actions criminelles», a-t-il ajouté.

Compétitivité en jeu

Par ailleurs, les banquiers privés suisses, confrontés à un environnement particulièrement difficiles, s’inquiètent pour leur position concurrentielle. «Nous avons constaté qu’il y a encore beaucoup à faire en matière de conditions cadre internes pour améliorer la compétitivité de la Suisse», a déclaré Nicolas Pictet.

«La Suisse se profile comme un modèles d’intégrité et un parangon de stabilité», conformément à la politique mise en place voici deux ans par le Conseil fédéral pour la place financière helvétique, a renchéri pour sa part Christoph Gloor, vice-président de l’ABPS et associé de la banque bâloise Roche & Co Banquiers.

Bilan insuffisant

Mais pour les deux autres axes stratégiques définis par le gouvernement, à savoir l’amélioration de la compétitivité et l’accès au marché, «la situation laisse encore à désirer», a-t-il ajouté.

Ainsi, les places financières de Zurich et de Genève figuraient encore au 6e et au 9e rang mondial en septembre 2009. Deux ans plus tard, elles sont passées en 8e et en 13e position, un recul dû à la montée en puissance des places asiatiques. Même si ce classement est un peu réducteur, il doit être pris au sérieux, «au moins à titre d’avertissement», a-t-il relevé.

En appliquant les standards internationaux en matière d’échange de renseignements fiscaux ou des accords encore plus ambitieux avec plusieurs pays européens, la Suisse a renoncé à certains avantages compétitifs. Ceux-ci doivent être remplacés par autre chose, sous peine de voir la compétitivité de la Suisse péjorée, a estimé M. Gloor. Quant à l’accès au marché, les banquiers privés sont régulièrement confrontés à la problématique de la relation de la Suisse avec l’Union européenne.

Un mieux, mais pas une percée

La question fait partie intégrante des accords fiscaux signés par Berne l’an dernier avec l’Allemagne et la Grande-Bretagne visant à régulariser les avoirs non déclarés des citoyens de ces deux pays en Suisse.

L’accord avec l’Allemagne offre ainsi un allègement des entraves imposées aux banques suisses. Mais il doit encore être concrétisé par les autorités de surveillance des deux pays et la Chambre haute (Bundesrat) menace de rejeter le texte.

Quant à l’accord avec le Royaume-Uni, les négociations ont obtenu «une clarification des exigences réglementaires, mais pas une réelle amélioration de l’accès au marché», a noté M. Gloor.

(ATS)

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