Football: Cela s'est passé un 19 avril: le FC Sion soulève sa première Coupe
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FootballCela s'est passé un 19 avril: le FC Sion soulève sa première Coupe

Voici 55 ans jour pour jour, devant 33'000 spectateurs, le club valaisan avait soulevé son premier trophée, battant 2-1 Servette au Wankdorf. Le capitaine Pierrot Georgy n'a rien oublié.

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Sport-Center
Pierre Georgy est le premier capitaine du FC Sion à avoir brandi la Coupe de Suisse. C'était en 1965.

Pierre Georgy est le premier capitaine du FC Sion à avoir brandi la Coupe de Suisse. C'était en 1965.

Keystone

Lorsque nous l'avons appelé l'autre jour chez lui à Trélex (VD), Pierre Georgy n'a pas immédiatement saisi le but de notre appel. Mais dès que l'on a évoqué la date du 19 avril, l'ancien attaquant du FC Sion a esquissé un sourire entendu... Et tout, d'un seul coup, est remonté à la surface. Comme si ce jour béni de 1965 existait à nouveau, s'animait devant ses yeux. C'est que «Pierrot» Georgy fut le premier capitaine sédunois à recevoir et à présenter au peuple valaisan la Coupe de Suisse. Successeur du Lausanne-Sport, vainqueur une année plus tôt (2-0 contre La Chaux-de-Fonds), le FC Sion l'avait emporté 2-1 contre Servette, qui avait pourtant les faveurs de la cote.

«On ne devait pas gagner cette finale parce que l'on n'était pas favori, convient le natif de Sierre. Mais on l'a quand même gagnée...» Sans le savoir, le club valaisan venait d'écrire le premier chapitre d'une longue histoire. «On ne pouvait bien sûr pas se rendre compte de ce que le FC Sion allait devenir. Chaque fois que les Valaisans se rapprochent aujourd'hui de Berne et d'une nouvelle finale, les souvenirs remontent à la surface. Même si cela devient plus diffus, et que les images sont toujours plus jaunies, surtout pour la nouvelle génération.»

Afin d'aborder au mieux cette «première», disputée le lundi de Pâques à 15h comme le voulait la tradition, les Valaisans de l'entraîneur-joueur Law Mantula avaient été se préparer au Gurten, la «montagne» qui domine Berne à 858 mètres d'altitude.

«A l'époque, on racontait que les équipes qui séjournaient là-haut remportaient systématiquement la finale. Ce n'était pas si faux! (Rires) Le dimanche, on avait pris le funiculaire pour une promenade et aller prendre nos marques au Wankdorf. Je vois encore la tête de ce pauvre Germanier qui venait d'apprendre qu'il ne jouerait pas la finale. Le coach lui avait préféré Jungo.»

Avec l'écusson du FC Valais sur les maillots

Au d'envoi, le FC Sion, qui avait validé son billet en allant s'imposer 3-2 à Bâle dans l'ancien Joggeli, après avoir éliminé Minerva Berne au stade des quarts de finale (4-1), se présente avec des fleurs - chaque joueur tenant un bouquet offert ensuite au public - et un étrange écusson cousu sur ses maillots: celui du FC Valais, remplaçant celui, plus traditionnel, du club. «C'était une manière de relancer le patriotisme valaisan à l'échelle du canton. Plus tard, la Coupe allait devenir un moyen d'unir les gens dans tout le Valais, et probablement aussi une manière de démontrer au reste de la Suisse que l'on existait. En montrant que l'on est différent mais aussi bon que les autres.»

Georgy n'a pas oublié ses débuts sous le maillot du FC Monthey, un accueil parfois peu amène à l'extérieur du canton. «Quand on arrivait à Lausanne, on nous traitait de paysans!»

Le capitaine a conservé le ballon

Voici exactement 20'090 jours (55 ans), le capitaine avait ouvert le score de la tête sur corner après moins d'un quart d'heure, et Gasser inscrit le second but d'une merveilleuse frappe enroulée dans la lucarne en fin de partie (84e), avant la réduction du score signée Daina (89e). «La fin du match a été épique se souvient le No 9 valaisan. On a vraiment souffert. Vidinic nous avait sauvés.»

Au coup de sifflet libératoire, Georgy allait courir pour s'emparer du ballon, également convoité par l'arbitre. «Je regardais l'horloge tandis que l'arbitre consultait sa montre. On venait d'effectuer une touche. Ce ballon, je l'ai toujours. On avait d'ailleurs joué avec un ballon brun clair orangé. C'était un modèle suédois, utilisé lors du Mondial 1958, et idéal lorsqu'il pleut et fait mauvais. Le matin même de la finale, il avait d'ailleurs neigé au Gurten.»

Dans la tribune principale du Wankdorf, Georgy allait se voir donner la Coupe Aurèle-Gilbert Sandoz par un… colonel de l'armée suisse. «C'est la dernière fois qu'un militaire remettait le trophée.»

Venu en train, Sion allait repartir par les rails, avant de rejoindre la place de la Planta pour ce qui n'était pas encore une tradition. «Chaque finale attire des gens qui ne suivent pas forcément le FC Sion le reste de l'année. En 1965, une tante était venue à Berne, alors qu'elle n'avait encore jamais vu un match de sa vie. A l'époque, mes parents tenaient le buffet de la gare d'Ardon. J'ai le souvenir que chaque lundi de Pâques, des ouvriers s'arrêtaient de travailler pour venir écouter le match à la radio.»

Une prime de 535 francs pour chaque héros

Si la victoire a coûté sa barbe au capitaine, elle n'a pas vraiment enrichi les vainqueurs, en comparaison des primes articulées dans le football moderne. «Le président d'alors (ndlr: Michel Andenmatten) nous avait proposé une prime fixe de 400 francs ou une rémunération calculée en fonction du nombre de spectateurs. Nous avions préféré la seconde option. Finalement, chacun d'entre nous a reçu 535 francs. A l'époque, nous étions encore ce que l'on peut dire des semi-amateurs.»

Dans le programme officiel du match, vendu 80 centimes, figurait notamment la profession des joueurs du Servette FC: ainsi pouvait-on y apprendre que Barlie était tapissier (et international amateur), Maffiolo installateur (et international A), Pazmandy commerçant, Desbiolles représentant, Nemeth dessinateur, etc. – aucune mention en revanche des métiers des joueurs du FC Sion, dont la carrière sportive était par contre évoquée avec force détails.

Cette saison-là, le championnat avait vu le triomphe du Lausanne-Sport de Karl Rappan, qui l'emportait devant Young Boys et Servette, alors que le Tessin perdait deux de ses trois représentants dans l'élite avec les relégations de Bellinzone (13e) et Chiasso (14e), remplacés par les promus UGS et Young Fellows. Le FC Sion, lui, avait terminé à la 9e place en LNA, juste derrière le FC Bâle mais devant Zurich.

Parallèlement à des études de chimie, le footballeur Georgy n'allait connaître que deux clubs durant sa carrière, alternant les allers-retours entre Sion et Servette, sous le maillot duquel il a décroché deux titres consécutifs de champion de Suisse, en 1961 et 1962 (avec Jean Snella entraîneur).

Après la Coupe remportée avec Sion, l'avant – on ne disait pas attaquant - retrouvait les Charmilles pour deux nouvelles saisons. Devenu entraîneur, il a coaché le Stade Nyonnais à trois reprises: de 1968 à 1973, de 1974 à 1977 ensuite, de 1980 à 1984 enfin, échouant à deux reprises dans les finales de promotion. Chimiste, il a travaillé durant 36 ans chez Zyma, à Nyon, avant de goûter à une retraite bien méritée, marquée par des promenades et des sorties à vélo pour garder la forme.

Neuf ans après leur exploit, les héros de 1965 avaient été invités à la finale de 1974 (3-2 contre NE Xamax). Le capitaine historique du FC Sion s'était aussi rendu au Parc Saint-Jacques pour suivre celle de 2015 - la treizième étoile (3-0 contre Bâle). «Sans doute l'un des meilleurs matches du FC Sion, observe-t-il. Deux ans plus tard, j'étais aussi à Genève pour la perte de la Coupe. Quand il gagnait son trophée, Sion avait toujours un truc en plus pour faire la différence. Mais ce jour-là, on a très vite senti que l'équipe n'avait pas ce petit truc qui rend l'impossible possible.»

Comme en ce 19 avril 1965, coïncidant sans qu'on le sache avec le début d'un mythe.

Nicolas Jacquier

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