Politique d’asile - Centres fédéraux: la violence n’est pas à sens unique
Publié

Politique d’asileCentres fédéraux: la violence n’est pas à sens unique

Les milieux de l’asile répondent au SEM à la suite de ses accusations d’actes de violence contre le personnel des centres fédéraux. Le SEM annonce une enquête approfondie.

par
Eric Felley
Dans l’espace clos des Centres fédéraux pour requérants d’asile, résoudre la violence de part et d’autre est un défi quotidien.

Dans l’espace clos des Centres fédéraux pour requérants d’asile, résoudre la violence de part et d’autre est un défi quotidien.

OSAR

Le 28 avril dernier, le Secrétariat aux migrations (SEM) a publié un communiqué faisant état de violences à «un niveau inquiétant jamais connu auparavant» contre ses collaborateurs et ses installations dans les Centres fédéraux pour requérants d’asile (CFA), notamment à Bâle: «D’importants dommages matériels et des actes criminels graves ont même eu lieu dans l’environnement privé d’au moins une employée du SEM et de sa famille», a déploré le SEM. Dans le même texte, il constate que ces dernières années, ses bâtiments font l’objet «d’attaques et de déprédations». Pour lui, cette situation est causée par des «groupes anonymes» qui décrivent la politique suisse d’asile comme étant «inhumaine» ou évoquent des «camps de réfugiés».

Dans un communiqué diffusé mardi, les associations de défense du droit d’asile condamnent de tels procédés. Le collectif «3 roses contre les frontières» (3RGG) rappelle que «les milieux militant en faveur du droit d’asile n’ont pas pour habitude d’avoir recours à la mise en danger d’autrui comme méthode de dénonciation». Il revient sur une des accusations: «Une employée de SEM signale des actes de violence à l’encontre de son chat, ainsi que des manipulations sur les freins de sa voiture. Nous ne pouvons pas imaginer que des personnes issues de mouvements sociaux de gauche commettent de tels actes. Cela ne fait pas partie des méthodes privilégiées d’action que de mettre en danger des personnes non impliquées ou d’infliger des souffrances aux animaux».

«Des violences physiques massives…»

Le conflit entre le SEM et les milieux de l’asile est plus profond qu’une histoire de chat. Le 29 avril, le collectif 3RGG a répondu au SEM: «Dans plusieurs camps d’asile fédéraux suisses, des violences physiques massives ont été commises contre des demandeurs d’asile au cours des derniers mois. Des journalistes issus d’un large éventail de médias, d’ONG et de groupes issus du secteur de la migration ont révélé, à l’aide de recherches élaborées, qu’il y avait eu des attaques violentes de la part du personnel de sécurité dans des cellules sans fenêtre et des pièces sans caméra dans les camps d’asile; des personnes ont été emmenées à l’hôpital avec des mâchoires cassées et les suicides ne sont pas rares».

Depuis mars 2019, les centres fédéraux pour requérants couvrent six régions en Suisse. D’emblée, des problèmes de violences et de mauvais traitements ont été dénoncés dans ces milieux, qui fonctionnent à l’abri des regards.

Depuis mars 2019, les centres fédéraux pour requérants couvrent six régions en Suisse. D’emblée, des problèmes de violences et de mauvais traitements ont été dénoncés dans ces milieux, qui fonctionnent à l’abri des regards.

SEM

Les milieux de l’asile évoque le rapport de janvier 2021 de la Commission nationale de prévention de la torture.
Après avoir visité les centres de Boudry, de Balerna, de Chiasso, de l’Aéroport de Genève, de Kappelen, de Kreuzlingen et Oerlikon, la commission a relevé: «Il existe un potentiel d’amélioration considérable en ce qui concerne la prévention de la violence et le traitement des conflits et des griefs de violence. Elle recommande au Secrétariat d’État aux migrations (SEM) de mettre en place une gestion systématique, à bas seuil, des plaintes et de réfléchir à la manière de renforcer l’encadrement afin de réduire les conflits violents. L’introduction prévue d’un plan de prévention de la violence dans tous les hébergements est saluée».

Des agents de sécurité mieux formés

La commission estime aussi que le personnel d’encadrement doit être mieux formé: «Le SEM doit en outre veiller à ce que les entreprises de sécurité qu’il mandate recrutent des employés expérimentés et qualifiés et leur assurent une formation approfondie aux spécificités du travail dans un CFA. Les entreprises de sécurité doivent en particulier prévoir une formation nettement plus longue et plus poussée de leur personnel».

Le magazine «Vivre ensemble», consacre une large part de son numéro d’avril aux problèmes de violence dans les centres, notamment à celui de Boudry (NE). Dans son éditorial, il relève que ces centres sont propices à une dérive de la violence institutionnelle: «Fermés d’accès au regard public, ils donnent au personnel un pouvoir énorme sur une catégorie de personnes».

Le SEM ouvre une enquête indépendante

Ce mercredi le SEM a fait savoir dans un communiqué, qu’il diligentait une enquête plus approfondie. «Plusieurs médias, écrit-il, dénoncent un usage prétendument excessif de la force dans des centres fédéraux pour requérants d’asile (CFA). Le Secrétaire d’État Mario Gattiker a donc chargé l’ancien juge fédéral Niklaus Oberholzer d’enquêter sur ces cas. Le public sera informé des résultats de l’enquête une fois celle-ci terminée. Les processus internes liés au domaine de la sécurité seront également examinés à cette occasion. Le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) est déjà en train de mettre en œuvre diverses mesures afin de prévenir la violence dans les CFA».

Votre opinion