Football - «Certains joueurs n’ont pas le niveau de la Super League»
Publié

Football«Certains joueurs n’ont pas le niveau de la Super League»

Quentin, Bregy et Lopez ont connu la gloire et remporté des trophées avec le FC Sion. Ces trois anciens s’expriment sur la situation du club valaisan, au bord du précipice.

par
Emile Perrin
Les hommes de Marco Walker jouent leur survie, vendredi contre Bâle.

Les hommes de Marco Walker jouent leur survie, vendredi contre Bâle.

freshfocus

Le FC Sion a besoin d’un petit miracle vendredi pour accrocher la place de barragiste, seul biais par lequel il peut sauver sa place en Super League. Les Valaisans, qui recevront Bâle, devront faire mieux que Vaduz à Zurich. Reste que les Sédunois n’ont jamais été si près du précipice. Une situation qui ne fait pas plaisir aux anciens de la maison. Comme d’autres, Alvaro Lopez, Georges Bregy et Yvan Quentin avaient pourtant senti le vent du boulet souffler sur Tourbillon. Ils se confient.

– Alvaro Lopez, 67 ans

Joueur de Sion entre 1973 et 1977 et 1981 et 1992. Quadruple vainqueur de la Coupe de Suisse (1974, 1982, 1986, 1991) et champion de Suisse 1992.

«Ce qui se passe est un beau gâchis. Ça fait mal au cœur de voir où en est le club aujourd’hui. Mais on le voyait hélas venir depuis un moment. Cela fait trois ans que cela branle au manche et une issue comme la relégation qui se profile est presque devenue inéluctable. On récolte ce que l’on sème. J’entends par là que Christian Constantin n’a pas de patience. Il fait et défait l’équipe chaque été. On ne voit ça qu’à Sion. Il est président, il fait ce qu’il veut. Mais quand on sait qu’il faut une année pour que les joueurs apprennent à se connaître pour arriver à performer, il ne faut pas chercher plus loin les raisons de la position actuelle du club. Il n’y a tout simplement pas de noyau dans l’équipe. Et quand le noyau n’est pas bon, l’arbre finit par crever. Cela fait dix ans que les trois quarts des supporters ne connaissent même pas le nom des joueurs. Aujourd’hui, ce n’est pas le FC Sion mais l’Olympique des Alpes.

«Il n’y a tout simplement pas de noyau dans l’équipe. Et quand le noyau n’est pas bon, l’arbre finit par crever.»

Alvaro Lopez, quatre Coupes et un titre avec Sion

Une relégation pourrait être bénéfique si Christian Constantin change sa manière de fonctionner et construit quelque chose sur deux-trois ans avec les jeunes du club. A l’époque, Sion vivait grâce à ses jeunes à qui l’on donnait leur chance. J’ai récemment vu jouer les M21, la relève est là. Il faut leur faire confiance plutôt que de les laisser partir pour qu’ils deviennent bons ailleurs.»

– Georges Bregy, 63 ans

Pour Bregy, le club sédunois ne fait pas assez confiance à ses jeunes (photo d’archive).

Pour Bregy, le club sédunois ne fait pas assez confiance à ses jeunes (photo d’archive).

freshfocus

Joueur de Sion entre 1979 et 1984 et entre 1986 et 1988. Double vainqueur de la Coupe de Suisse (1980, 1982). Meilleur buteur de LNA en 1984 (21 buts).

«J’aimerais bien que Sion se maintienne, mais il doit aussi compter sur un coup de main de Zurich pour y parvenir. L’engagement était meilleur lors des derniers matches, mais trop d’erreurs sont encore commises. En début de saison, beaucoup voyaient en Sion une bonne équipe. Personnellement, je cherche toujours des joueurs qui ont de la classe. Je n’en vois que trop peu. C’est bien joli d’aller chercher Hoarau mais il aurait fallu construire une équipe autour de lui, à commencer par un organisateur à mi-terrain. Il a certes été longtemps blessé, mais on voit aujourd’hui qu’il est écouté et qu’il est le leader. Il aurait aussi fallu recruter des joueurs ailleurs qu’en Italie. C’est la mission qui avait été confiée à Fabio Grosso. Mais un joueur italien, s’il est bon, il ne vient pas jouer en Suisse.

«Il faut se rendre compte que certains joueurs n’ont tout simplement pas le niveau de la Super League.»

Georges Bregy, deux Coupes avec Sion

Quand je vois ça, je me demande pourquoi on investit autant dans la formation. Les joueurs de qualités existent en M21, Sion en a déjà apporté la preuve. Cela amènerait aussi cette mentalité valaisanne qui fait défaut et qui sera nécessaire en Challenge League si Sion venait à être relégué. Mais il faut oser les faire jouer. Aujourd’hui, il faut se rendre compte que certains joueurs n’ont tout simplement pas le niveau de la Super League.

En Suisse alémanique (ndlr: Georges Bregy est établi dans la région zurichoise), ce ne serait pas une catastrophe si Sion venait à être relégué. Christian Constantin n’a pas forcément bonne presse ici. Il a eu de bons entraîneurs, comme Zeidler ou Jacobacci notamment. Leur travail à Saint-Gall et Lugano le prouve. Mais ils ont été licenciés. Le président aurait dû les garder, mais il s’en est séparé. D’autres sont restés alors qu’il aurait fallu changer. En fait, vue d’ici, Christian Constantin fait l’inverse de ce que le bon sens recommanderait.»

– Yvan Quentin, 51 ans

Comme Quentin face à 
Giovanni Elber, le FC Sion va devoir s’accrocher pour rester dans l’élite (photo prise le 20.04.1992).

Comme Quentin face à
Giovanni Elber, le FC Sion va devoir s’accrocher pour rester dans l’élite (photo prise le 20.04.1992).

Blick/freshfocus

Joueur de Sion entre 1990 et 1998 et en 2003-2004. Quadruple vainqueur de la Coupe de Suisse (1991, 1995, 1996, 1997). Double champion de Suisse (1992 et 1997).

«Ça fait mal de voir ce qui arrive même si cela pendait au nez du club. Je ne crois toutefois pas qu’il faille chercher un coupable. Beaucoup de facteurs entrent en ligne de compte: un entraîneur mal choisi, un recrutement malheureux, le Covid… C’est une accumulation de choses. L’équipe ne me paraît pourtant pas plus faible que les autres si l’on prend les joueurs individuellement. Seulement le mélange n’a pas pris. Ce n’est pas la première fois que l’on dit qu’il faut de la patience.

«L’équipe ne me paraît pourtant pas plus faible que les autres si l’on prend les joueurs individuellement.»

Yvan Quentin, quatre Coupes et deux titres avec Sion

Mais le football d’aujourd’hui est ainsi fait et les clubs spéculent pour «faire des coups» comme Sion l’a fait avec Cunha (ndlr: vendu 20 millions de francs à Leipzig en 2018). Il y a dès lors moins de place pour les jeunes de la région. Les Haut-Valaisans se tournent d’ailleurs vers Thoune ou Young Boys, sachant que leur développement ne constitue pas une priorité à Sion. Ce phénomène n’est toutefois pas nouveau. C’est facile de critiquer depuis l’extérieur et il ne faut pas accabler Christian Constantin. Ce ne serait pas forcément mieux avec un autre président. Cela ne me plaît pas de dire qu’une relégation constituerait un mal pour un bien car remonter tout de suite n’est de loin pas facile.»

Votre opinion