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EnfantCes jouets stupides devenus cultes

Le Tamagotchi fête ses 20 ans. Mais attention à la déception. Les jeux qui nous ont passionnés se révèlent souvent, avec du recul, sans aucun intérêt.

par
Fabien Feissli
Pour ses 20 ans, le Tamagotchi est de retour dans une édition limitée.

Pour ses 20 ans, le Tamagotchi est de retour dans une édition limitée.

Chesnot

Il a faim, il a soif, il a sommeil et il a besoin d’aller aux toilettes. Et si on ne comble pas ses différents désirs suffisamment rapidement, il meurt. Vous aurez sans doute reconnu le fameux Tamagotchi qui célèbre ses 20 ans cette année. Pour l’occasion, l’œuf électronique est de retour, en édition limitée, depuis mercredi dernier. Passé la nostalgie des retrouvailles, le journal Le Monde, qui a eu un exemplaire 2017 entre les mains, souligne le manque d’intérêt du jouet, n’hésitant pas à le qualifier de «Tamagochiant».

«Il a fasciné les enfants parce qu’il était programmé pour attirer l’attention, mais, en réalité, il n’a rien de passionnant. On doit répéter toujours les mêmes fonctions, c’est un peu idiot», observe la pédopsychiatre Dora Knauer. Des caractéristiques qu’on retrouve souvent parmi les jeux cultes, selon Marco de chez Jouets Davidson, à Lausanne. «Si on regarde l’évolution des jouets, c’est à chaque fois des trucs inutiles qui ont cartonné. Il y a un effet boule de neige dans les cours de récréation et tous les enfants en veulent.»

Mais la mode n’est pas éternelle. «Le hand spinner (ndlr: sorte de toupie conçue pour tourner sur son axe sans effort) a déjà disparu et je ne suis pas sûr qu’il deviendra mythique comme d’autres ont pu le devenir», continue le spécialiste en citant le dernier exemple en date qui a fait le buzz ce printemps. Dora Knauer pointe les ressorts de ce type de phénomènes. «La simplicité du jouet compte beaucoup, il doit également donner le sentiment de pouvoir être contrôlé, faire appel à la concentration et être facile à partager», détaille la pédopsychiatre. Elle souligne l’effet primordial de la comparaison qui naît entre les enfants. «La compétition est nécessaire pour faire partie du groupe. On se demande qui en a le plus, qui le fait vivre le plus longtemps ou tourner le plus vite.»

La spécialiste rappelle que la problématique existe depuis toujours. «Les poupées et les soldats de plomb n’ont rien de vraiment intéressant sans imagination. C’est la créativité des enfants qui les font vivre», remarque- t-elle. Elle note tout de même une accélération du phénomène. «C’est de pire en pire, il y a toujours plus de jeux qui n’ont aucun sens et coûtent cher. Ils manquent de profondeur et sont très vite remplacés.» Du côté de chez Jouets Davidson, Marco abonde dans ce sens: «Depuis quelques années, on a chaque printemps un nouveau jouet qui cartonne, mais il est moins bien élaboré que ceux qui sortaient par le passé et qui duraient 3-4 ans», décrit-il.

À chaque printemps son buzz

Il souligne que des équipes entières travaillent pour trouver le prochain objet qui fera le buzz. «Et les réseaux sociaux véhiculent le message beaucoup plus vite. On a souvent des enfants qui viennent chercher un jouet parce qu’ils ont vu tel ou tel youtubeur s’amuser avec l’objet», précise Marco tout en soulignant que le magasin préfère mettre l’accent sur d’autres types de jouets, notamment pédagogiques ou en bois. Dora Knauer va dans le même sens. Elle invite à s’intéresser aux jeux de construction, de plateau ou de logique. «Mais les plus enrichissants, ce sont ceux qui se jouent sans matériel, comme le loup ou le gendarme et le voleur. Ils permettent de développer les capacités des enfants.»

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