Actualisé 07.04.2020 à 11:02

ÉditoCes masques qui ne protègent que les Asiatiques…

Le revirement spectaculaire des discours sur les masques montre surtout l’impréparation de l’Europe. Il faudra s’en souvenir.

von
lematin.ch
Dans de nombreux pays asiatiques, le port du masque est une évidence depuis le début de l’épidémie.

Dans de nombreux pays asiatiques, le port du masque est une évidence depuis le début de l’épidémie.

Keystone

En cas de pandémie, un masque serait utile sur le visage d’un Asiatique. Mais pas sur celui d’un Européen… On a réellement vécu avec cette idée ici brutalement résumée durant des semaines. On en revient.

Après avoir martelé que le port du masque pour le commun des mortels ne servait à rien dans l’espace public, de plus en plus d’experts et d’autorités sanitaires ont ces derniers jours opéré un virage à 180 degrés. Recommandant le recouvrement du visage. Voire voulant le rendre obligatoire.

Pour limiter la propagation

Attention, disent toujours les spécialistes, le masque peut avoir un effet pervers: se sentant protégé, on peut oublier les gestes barrières, le lavage des mains, le respect de la distanciation. Or ces mesures contre la propagation sont plus cruciales que le recouvrement du visage.

Mais oui, admettent-ils dorénavant, dans l’idéal on devrait tous porter un masque lorsqu’on fait nos courses, dans l’espace public. Car il permet surtout aux (nombreux) contaminés asymptomatiques de ne pas propager le virus.

Quelle était l’alternative?

Les autorités locales, nationales, mondiales, ont donc désinformé. Voire menti. Car, disent-elles maintenant, il n’y avait pas assez de masques pour tout le monde et l’urgence était de les réserver pour les soignants et autres personnes «au front».

«Nous n'avions pas suffisamment de masques pour équiper l'ensemble de la population», admet par exemple désormais le médecin cantonal genevois Jacques-André Romand dans la «Tribune de Genève». En France, certains parlent de «mensonge d'État».

Quelle était l’alternative et ses conséquences? Dire à la population: il faut porter des masques mais nous n’en avons pas?

Chacun jugera de l’acceptabilité de la désinformation ou du mensonge. Reste que la question n’est plus là. Mais plutôt: pourquoi les États européens n’avaient-ils pas de stocks suffisants? Pourquoi un pays riche comme la Suisse ne possède-t-il pas une réserve de masques pour affronter une pandémie? La réponse est une évidente faillite collective.

Arrogance et naïveté

Nous nous étions agités pour le SRAS. Il n’était jamais venu en Europe. On s’était inquiété pour le H1N1. Il avait largement épargné le Vieux Continent. Idem pour la grippe aviaire ou encore le MERS.

Plus ou moins consciemment, l’Europe, dans un étonnant mélange de naïveté et d’arrogance, a globalement cru que l’épidémie de coronavirus ne la toucherait pas. Que ça ne nous concernerait pas. Il faudra s’en souvenir.

Quant aux masques, ils manquent toujours. Mais la question du port plus ou moins généralisé sera d’actualité à l’heure du déconfinement. Or nous n’en sommes pas là. L’urgence, c’est Pâques et les tentations de sortir. L’urgence, dans ces jours décisifs, c’est de rester chez nous. De rester disciplinés et de continuer à respecter scrupuleusement les mesures pour freiner l’épidémie. Avec ou sans masque.

Renaud Michiels

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