12.02.2019 à 17:42

Ces patrons qui n'aiment pas les jeunes mamans

Suisse

Une femme sur dix est licenciée en Suisse à son retour de congé maternité. Les entreprises pensent souvent qu'une maman va leur causer des problèmes.

par
Christine Talos
Les patrons n'ont pas le droit de licencier la femme enceinte durant sa grossesse et durant les 16 semaines suivant son accouchement.

Les patrons n'ont pas le droit de licencier la femme enceinte durant sa grossesse et durant les 16 semaines suivant son accouchement.

Keystone

Revenir au travail après une grossesse devient de plus en plus difficile pour les femmes en Suisse. Selon une enquête du «Blick» qui a sondé les bureaux cantonaux de l'égalité, toujours plus de jeunes mamans sont victimes de discrimination de la part de leur employeur. Une étude de l'organisation faîtière syndicale Travail.Suisse le corrobore: une femme sur dix est licenciée après un congé maternité.

Selon les offices cantonaux concernés, le nombre d'affaires de licenciements pendant et après le congé de maternité a augmenté ces dernières années. La plupart du temps, l'employée est congédiée à son retour, à l'issue du délai de protection contre le licenciement. A Bâle-Ville, on dispose même de chiffres: deux cas de ce genre sont enregistrés chaque semaine.

En lien avec la pression du monde du travail

Du côté des syndicats, les questions juridiques autour des femmes enceintes ont augmenté dans plusieurs régions, selon une responsable à Unia. Même topo chez Syna. Pour son porte-parole Dieter Egli, «cette discrimination augmente avec la pression générale qui règne dans le monde du travail, en particulier dans les professions dites féminines, comme la vente». Il ajoute: «Les employeurs pensent souvent que les femmes qui ont de jeunes enfants causent des problèmes».

Le porte-parole explique en outre que de plus en plus de femmes enceintes quittent leur travail sans même bénéficier du congé maternité et de sa protection contre le licenciement. Selon lui, il est en effet désormais très courant que les employeurs forcent les femmes à démissionner dès le début de leur grossesse. «Ils leur expliquent simplement qu'ils n'ont pas de travail convenable à leur offrir pendant cette durée», précise-t-il.

L'UPS dément mais...

Du côté de l'Union patronale suisse (UPS), on s'énerve. «Les mères sont des employées qualifiées à qui les employeurs continuent volontiers de donner du travail», affirme son porte-parole Fredy Greuter. Selon lui, l'UPS ne conseille pas de licencier une maman lors de son premier jour de reprise du travail. Et il juge incompréhensible que les employeurs se servent du congé maternité comme prétexte pour se séparer des jeunes mères. Mais il ne le nie pas: les entreprises en difficulté n'arrivent parfois pas à éviter leur licenciement quand elles se réorganisent.

Et Dieter Egli, de Syna, le confirme: «le problème fondamental est qu'en Suisse, il n'existe aucune protection contre le licenciement pour raisons économiques après le congé de maternité légal.»

En vigueur depuis 14 ans

Le congé maternité a été accepté au niveau fédéral par le peuple en octobre 2003. Il est en vigueur depuis le 1er juillet 2005. Il prévoit au minimum 14 semaines de congé à 80% du salaire. En outre, l'employeur ne peut résilier le contrat d’une travailleuse ni durant la grossesse, ni dans les 16 semaines qui suivent l’accouchement.

Certains employeurs n’hésitent pas à licencier leurs employées à l’issue de cette période de protection, par crainte que leurs nouvelles obligations familiales affectent leur présence au travail. Dans ce cas, le licenciement est discriminatoire.

Il s'agit donc d'un congé abusif. La travailleuse a la possibilité de le contester, mais pas d’en demander l’annulation. Elle ne peut pas non plus demander son réengagement. Son emploi est perdu. Elle peut en revanche prétendre à une indemnité. Dans le meilleur des cas l’employeur sera contraint de verser une indemnité fixée à six mois de salaire au maximum.

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