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Guerre en Ukraine Ces Russes qui préfèrent fuir plutôt que de «tuer des gens»

La mobilisation partielle ordonnée par le président russe, Vladimir Poutine, pour combattre en Ukraine, provoque l'exode de nombreux hommes en âge de combattre.

De nombreux Russes font la queue aux postes-frontières entre la Mongolie et la Russie, comme ici le 25 septembre 2022. 

De nombreux Russes font la queue aux postes-frontières entre la Mongolie et la Russie, comme ici le 25 septembre 2022. 

AFP

«Je n’avais pas envie de tuer des gens»: sous le soleil matinal d’Oulan-Bator, la capitale de la Mongolie, un jeune Russe explique sans détour pourquoi il s’est exilé dans ce pays, après l’appel du Kremlin à aller combattre en Ukraine. Il fait partie des milliers de ses concitoyens qui ont déjà franchi la frontière depuis la mobilisation partielle ordonnée la semaine dernière, par le président russe Vladimir Poutine

Exode 

L’annonce a provoqué une onde de choc en Russie, ainsi qu’un exode d’hommes en âge de combattre. Ils ont pris la direction de la Finlande, de la Norvège, de la Turquie, de la Géorgie mais aussi de la Mongolie, avec qui la Russie partage une frontière longue d’environ 3500 kilomètres.

«C’était très difficile de tout laisser derrière moi. Ma maison, ma patrie, mes proches. Mais c’est toujours mieux que de tuer des gens», explique à l’AFP le jeune Russe, âgé d’une vingtaine d’années. Il ne souhaite pas révéler son nom ni montrer son visage, par crainte de représailles. Le jeune homme dit avoir choisi la Mongolie car le pays est facilement accessible depuis la Russie. «J’ai pris mes papiers, mes sacs et je suis parti», raconte-t-il.

Entraide pour échapper à la mobilisation

Sur les réseaux sociaux russes, de nombreux groupes en ligne aident les hommes à échapper à la mobilisation, raconte-t-il. Même si la situation peut rapidement changer aux frontières avec les restrictions progressivement mises en place par Moscou. La peur que la Russie ne ferme les frontières a accéléré la décision de nombreux Russes de fuir. Même si le Kremlin a déclaré lundi qu’aucune décision n’avait été prise en ce sens. 

Longues files

Le responsable d’un poste-frontière mongol dans la ville d’Altanbulag a déclaré dimanche, à l’AFP, que plus de 3000 Russes étaient déjà entrés dans le pays par ce point de passage, depuis l’annonce de la mobilisation.

Des journalistes de l’AFP ont vu de longues files de personnes munies de passeports russes devant le guichet des agents mongols de l’immigration, au passage de la frontière. La plupart des Russes arrivés en Mongolie se rendent ensuite à Oulan-Bator. La capitale est située à plus de 350 kilomètres du poste-frontière le plus proche.

Le problème du passeport

«Au début, je pensais que je savais ce qui se passait» en Ukraine depuis le début de la guerre, explique à l’AFP un autre jeune Russe. «Mais avec les actions d’un certain gouvernement, quand ils ont commencé à contredire ce qu’ils avaient dit précédemment, j’ai réalisé que je ne pouvais pas leur faire confiance.» Il dit prévoir de rester en Mongolie un mois.

La plupart de ses amis n’ont pas pu partir car ils n’ont pas de passeport, explique le jeune homme, qui espère que ses proches, restés au pays, ne seront pas menacés. En Russie, de nombreux opposants à la guerre en Ukraine ont été emprisonnés ou dénoncés dans les médias d’État.

«Chair à canon»

Les autorités mongoles restent pour le moment neutres face à l’intervention russe, lancée fin février. La Mongolie, ex-pays satellite de l’Union soviétique, maintient de forts liens avec la Russie afin de contrebalancer l’influence croissante ces dernières décennies de son autre grand voisin, la Chine.

Mais la semaine dernière, l’ex-président Tsakhia Elbegdorj a exhorté Vladimir Poutine à mettre un terme au conflit. Selon lui, des milliers de Russes d’ethnie mongole sont morts en Ukraine, où ils ont été utilisés comme «chair à canon».

(AFP)

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