Actualisé 23.07.2019 à 16:43

MediterranéeCes Suisses qui repartent pour sauver les migrants

La Neuchâteloise Julie Melichar et le Genevois Basile Fischer reprennent du service avec le nouveau navire de SOS Méditerranée, Ocean Viking. Tous deux ont déjà travaillé sur l'Aquarius.

par
Eric Felley
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L'année dernière, la Neuchâteloise Julie Melichar a passé deux mois sur le bateau Aquarius et a recueilli de nombreux témoignages: «Les efforts des gouvernements européens pour criminaliser nos actes me scandalisent», dénonce-t-elle.

L'année dernière, la Neuchâteloise Julie Melichar a passé deux mois sur le bateau Aquarius et a recueilli de nombreux témoignages: «Les efforts des gouvernements européens pour criminaliser nos actes me scandalisent», dénonce-t-elle.

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SOS Méditerranée vient de lancer son nouveau navire qui va porter secours aux migrants au large de la Libye notamment. Il mesure 69,30 mètres et bat pavillon norvégien et peut accueillir dans de bonnes conditions jusqu'à 300 rescapés

SOS Méditerranée vient de lancer son nouveau navire qui va porter secours aux migrants au large de la Libye notamment. Il mesure 69,30 mètres et bat pavillon norvégien et peut accueillir dans de bonnes conditions jusqu'à 300 rescapés

DR
Basile Fischer voue depuis l'adolescence une passion au sauvetage en mer. Le Genevois devrait rejoindre Ocean Viking lors d'une première rotation dans une dizaine de jours.

Basile Fischer voue depuis l'adolescence une passion au sauvetage en mer. Le Genevois devrait rejoindre Ocean Viking lors d'une première rotation dans une dizaine de jours.

SOS Méditerranée

L'Ocean Viking, le viking de l'océan, c'est un nom de guerre pour le nouveau bateau affrété par SOS Méditerranée, qui vogue sous pavillon norvégien. Après les déboires de l'Aquarius l'été dernier, l'ONG revient défier les gouvernements européens qui semblent avoir abandonné à leur sort les personnes qui se retrouvent de gré ou de force en mer, en particulier depuis la Libye.

Porte-parole de l'ONG en Suisse, la Neuchâteloise Julie Melichar est sur le pont, au propre comme au figuré, pour une période qui risque d'être à nouveau mouvementée dans les eaux de la Méditerranée:

Comment appréciez-vous le retour de SOS Méditerranée avec un nouveau bateau?

D’une manière générale, c’est encourageant et soulageant de pouvoir retourner en mer. Cela a été difficile de passer 7 mois pour chercher un nouveau navire, après que l’Aquarius a été bloqué pour des raisons politiques. Nous avons vécu une période très frustrante, car depuis le début de l’année deux personnes en moyenne sont décédées chaque jour en mer, alors que nous étions à terre. Je suis donc ravi, déterminée et soulagée de pouvoir reprendre cette mission

Vous avez été deux mois sur l'Aquarius en 2018, quel a été votre travail?

Sur la première rotation, je me suis occupé de la communication et de recueillir des témoignages, qui est le troisième des objectifs de nos missions de sauvetage. C’est un travail fondamental pour empêcher que la population et que les gouvernants du continent européen ferment les yeux sur ce qui se passe en mer à quelques centaines de kilomètres de chez nous, ou sur les prisons en Libye et la dangereuse traversée dans des embarcations de fortune. Il faut humaniser ces migrants, ce sont des êtres humains! Leurs témoignages doivent être entendus.

Comment appréciez-vous la réception de cette situation auprès de l’opinion publique?

L’interprétation du phénomène a changé. On en parle beaucoup, mais le sujet s’est très politisé. Nous respectons et voulons faire respecter le droit maritime, qui stipule l'obligation de porter assistance à personnes en danger en mer. Au-delà de l'obligation légale, c’est aussi une évidence morale qu’on ne peut rester les bras croisés. Parfois, on diffame notre action, on nous dit qu’en allant chercher ces personnes on favorise l’immigration illégale. Alors que nous répondons simplement à une urgence et racontons des faits: nous exprimons une vision factuelle de ces gens et leurs naufrages.

L’information est donc devenue capitale dans votre entreprise?

Sur l’Aquarius, lors d’une deuxième rotation, j’ai été chargée de recherches et de documentations. Il y a eu des périodes de confusion croissante en 2018 après que Matteo Salvini a fermé les ports. En juin, nous avions 630 personnes rescapées, dont un tiers que nous avons sauvées dans des conditions dramatiques et nous avons dû attendre dix jours pour pouvoir les débarquer. La situation devenait de plus en plus complexe et difficile à comprendre à l'extérieur. L’objectif est de publier online (sur onboard.sosmediterranee.org) et en direct ce qui se passe sur le bateau. J’étais sur la passerelle pour enregistrer tout ce qui se dit et se fait, notamment pour fournir les preuves que nous restons dans la légalité.

Quels seront les principaux défis durant ces prochaines semaines?

Il y'en a beaucoup… Mais j’en vois deux principalement pour Ocean Viking. D’une part, nous sommes confrontés aux dysfonctions du centre de coordination libyen dans la zone de recherche et sauvetage. D’autre part, pour l’instant, il nous faut constater une absence de coordination pour débarquer les personnes dans des lieux sûrs. La situation reste floue, il y a de fortes probabilités pour que nous soyons à nouveau bloqués en mer avant de pouvoir débarquer des rescapés. On attend des Etats européens une solution pour les amener en lieu sûr le plus vite possible, comme le veut le droit maritime...

Avec Basile Fischer

Julie Melichar ne sait pas encore si et quand elle rejoindra Ocean Viking durant les prochaines semaines à l'occasion d'une rotation. Par contre, la présence d'un Suisse sur le bateau est assurée avec le Genevois Basile Fischer. Ce n'est pas un inconnu dans les milieux du sauvetage en mer, puisqu'il a travaillé depuis 2016 sur l'Aquarius jusqu'au moment où celui-ci a perdu ses pavillons successifs de Gibraltar et du Panama. Équipier, pilote, chef de bord ou encore coordinateur adjoint des opérations, ce marin sauveteurs a livré plusieurs témoignages l'année dernière à «L'Illustré» ou journal «L'Auditoire»

Comprendre ce qui se passe

Dans ce dernier, Basile Fischer déclarait: «Nous écoutons les récits des personnes, pour comprendre ce qu’ils ont traversé, pourquoi ils sont là où ils sont. Énormément de gens ne comprennent pas qu’une grande majorité de ces migrants, à la base, ne voulaient absolument pas venir en Europe. Ils se sont rendus en Libye pour des raisons économiques et s’y sont littéralement faits kidnapper. Souvent, on nous dit que rester en Libye c’est la mort assurée, et qu’il vaut mieux prendre un risque et prendre la mer, quitte à mourir en mer, plutôt qu’en Libye. Dans l’ensemble, alors, ce contexte, n’est jamais facile à gérer pour nous.»

Une année plus tard, la situation ne s'est guère améliorée et les prochaines semaines seront agitées sur le Ocean Viking, mais aussi dans les chancelleries européennes, quand il s'agira de trouver des solutions pour débarquer les rescapés.

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