Soudan du Sud: Cessez-le-feu respecté à Juba, les habitants partent
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Soudan du SudCessez-le-feu respecté à Juba, les habitants partent

Après quatre jours de violents combats dans la capitale Juba, au moins 36'000 personnes ont préféré fuir leurs foyers.

Des policiers et soldats du Soudan du Sud dans les rues de Juba.

Des policiers et soldats du Soudan du Sud dans les rues de Juba.

Samir Bol, Reuters

Le cessez-le-feu était respecté mardi dans la capitale du Soudan du Sud, où les armes sont restées muettes après quatre jours d'affrontements meurtriers entre forces loyalistes et ex-rebelles. Ils ont contraint au moins 36'000 personnes à fuir leurs foyers.

«Nous restons sur le qui-vive, car tout peut arriver», a toutefois affirmé un habitant de Juba souhaitant conserver l'anonymat. «Nous avons déjà eu ce cas de figure par le passé : nous pensions que tout irait bien, mais ce n'était pas le cas».

Aucun coup de feu ou tir d'artillerie n'était entendu mardi et aucun hélicoptère de combat n'était visible dans le ciel de Juba, selon un correspondant de l'AFP sur place, des témoins et des médias locaux. L'aéroport de Juba reprenait timidement ses activités.

De vendredi soir à lundi, Juba a été le théâtre d'affrontements meurtriers entre forces fidèles au président Salva Kiir, et ex-rebelles du vice-président Riek Machar. Les deux hommes ont fini par annoncer lundi soir un cessez-le-feu réclamé depuis plusieurs jours par la communauté internationale.

Aucun bilan des quatre jours de combats n'est disponible. Mais la plupart des acteurs s'accordent à dire que «des centaines» de personnes ont été tuées dans cette nouvelle flambée de violence, qui a coïncidé avec le 5e anniversaire de l'accession à l'indépendance du pays.

Appels de l'ONU

Parallèlement à l'annonce du cessez-le-feu, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a réclamé «un embargo immédiat sur les armes» destinées au pays et de nouvelles «sanctions ciblées» contre les fauteurs de troubles. Il a également appelé à «renforcer la mission de l'ONU au Soudan du Sud» (Minuss) en la dotant notamment d'hélicoptères de combat.

Ces affrontements mettent en péril un accord de paix signé le 26 août 2015, et font craindre une reprise des combats à grande échelle dans le pays, déchiré depuis décembre 2013 par une guerre civile marquée par des massacres inter-ethniques. Elle a déjà fait plusieurs dizaines de milliers de morts et près de trois millions de déplacés.

Les Nations unies ont de plus lancé mardi un appel mondial visant à récolter 952 millions de dollars d'aide humanitaire pour le Soudan, notamment destinés aux victimes de la guerre au Darfour (sud-ouest). Cet appel vise à secourir près de 4,6 millions de personnes et l'essentiel des fonds doit être utilisé pour répondre aux besoins des populations dans la région du Darfour, déchirée par la guerre, selon l'ONU.

Situation évolutive

L'embrasement de ces derniers jours fait suite à une altercation meurtrière jeudi soir entre membres des deux camps à un des nombreux barrages de la ville et dans des circonstances encore floues. Vendredi, des tirs d'armes automatiques avaient été entendus aux abords immédiats du palais présidentiel, où MM. Kiir et Machar étaient réunis pour une conférence de presse.

«Les derniers combats depuis vendredi ont déplacé 36'000 personnes» de cette ville d'environ 1,5 million d'habitants, a estimé depuis Genève Vanessa Huguenin, une porte-parole du Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (Ocha). Elle a toutefois précisé que ce chiffre risquait d'évoluer en raison de la volatilité de la situation.

Ces personnes - en majorité des femmes et des enfants - ont fui les affrontements et se sont réfugiées dans les sites de protection des civils de la Minuss et d'autres endroits de la capitale, dont des églises et des écoles. La Minuss avait annoncé lundi qu'un de ses deux camps à Juba avait été «pris directement dans les combats», faisant 67 blessés, dont huit sont ensuite décédés.

L'Ouganda en alerte

En Ouganda par ailleurs, le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) s'attend bientôt à l'arrivée de «milliers» de réfugiés fuyant les combats.

Kampala, dont les troupes envoyées en soutien de Salva Kiir ont quitté le pays fin 2015, a annoncé mardi l'envoi d'un contingent près de Juba pour évacuer ses ressortissants. Le porte-parole du ministère de la Défense Paddy Ankunda a assuré qu'il ne s'agissait pas d'un nouveau déploiement.

(ats)

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