12.11.2020 à 18:01

Voile«C’est dans ces moments-là que je me demande pourquoi je fais ça»

Le skipper genevois Alan Roura vous tiendra au courant des détails de sa deuxième participation au Vendée Globe au travers de la chronique régulière qu’il tiendra pour «LeMatin.ch». Aujourd’hui, premier volet.

von
Alan Roura

«Me voilà reparti sur un deuxième tour du monde en solitaire. Quelle idée… Cela fait bientôt quatre ans, lorsque je passais le cap Horn pour la première fois, en janvier 2017, que j’ai cette idée fixe: participer de nouveau au Vendée Globe. Quatre ans. Quatre ans de projet pour en arriver là, sur cette ligne de départ. Pour un départ qui finalement, n’aura rien eu à voir avec celui de 2016. Un huis clos imposé suite au confinement imposé en France. Une descente sur les pontons sans personne, avec pour seul soutien les équipes de mes concurrents. Un chenal désert, avec pour seul public les forces de l’ordre venues s’assurer que personne ne braverait le couvre-feu. C’était triste… Et fort à la fois. Comme si on devait s’habituer, avant même le départ, à se retrouver seul.

»Au moment de passer la ligne de départ, dimanche dernier, quatre minutes après que mon équipe a débarqué de mon bateau La Fabrique, c’est pour cet incroyable team que j’ai eu ma première pensée. Ou plutôt la seconde, juste après avoir revu le visage de ma petite fille de 4 mois, Billie, à qui j’avais dit au-revoir plus tôt le matin. Je laisse beaucoup de monde à terre, des personnes qui croient en moi, qui ont tout fait pour m’amener là où je me trouve. Tout un tas de gens que j’ai envie de rendre fiers: ma famille, mes amis, mes partenaires… Je vais tout donner.

»Mais j’ai un tour du monde devant moi pour ça. Le début de course n’était pas très drôle, la descente de l’Atlantique risque d’être longue. On va mettre 2 semaines pour atteindre le Cap Vert... La mer formée, de face, est assez difficile pour moi comme pour le bateau. Ça saute! Je me suis même pris un sac sur la gueule. Et j’ai eu de bon gros maux de tête. Mais ça va mieux, le paracétamol est mon ami! C’est la conséquence de se faire secouer dans les vagues depuis deux jours.

»Ces premiers jours de course plutôt tranquilles me permettent de prendre mon rythme, de retrouver mes marques. La course ne fait que commencer. J’arrive à dormir, à manger pas tellement, mais je bois beaucoup et je fais au mieux. Je n’ai pas encore trop regardé le classement, j’essaye de naviguer proprement. Je ne suis pas très rapide mais je m’efforce d'avoir une route propre, avec des angles logiques. Jusque là, je ne crois pas avoir fait beaucoup d'erreurs. Par contre, j’ai eu droit à 24 heures de près serré… J’ADORE le près avec mon bateau!

»La météo a aussi bien évolué sur le plan d'eau depuis le départ, ce qui n’a pas été dans mon sens niveau option, peut-être un peu trop osée? En tout cas, je me suis vite retrouvé dans la molle, sur la route des cargos. Au beau milieu du plus gros trafic maritime d’Europe, sans vent! C’est génial. J'ai fini par choisir l’option qui m’a fait virer à l’ouest, pour aller chercher le vent, en espérant pouvoir remonter le terrain que j'ai perdu au début. Même si ça voulait dire d’aller se faire secouer. Choisir la route la plus efficace, mais beaucoup plus exposée. Ce n’était déjà pas très agréable depuis le départ, ce n’était qu’un mauvais moment de plus à passer pour atteindre la route optimale.

»Je me suis préparé à «prendre cher», les voiles à poste, le pont propre, l'intérieur rangé. Je me suis pris 48 nœuds de vent, mais ça encore, ça allait. Des passages comme celui-ci, j’en ai connu déjà plus de 50. Le problème, c’était la mer. Elle était démontée. 4 à 5 mètres de vagues, toujours de face, le bateau qui sautait et moi avec à l’intérieur. Mais je suis passé, avec une première petite casse. Rien de très grave, mais dans le virement pour sortir du front, un des anneaux d’une de mes écoutes de voile est venu taper dans le hublot en plexiglas de mon cockpit. Et il n’a pas aimé: une fissure et un trou. On réparera ça quand la mer sera plus rangée et le temps plus sec.

»En attendant c’est repos, en attendant de se prendre un nouveau coup de tabac dans trois jours, avec une tempête tropicale, Thêta, qui nous guette au sud des Açores. C’est dans ce genre de moments-là que, clairement, je me demande pourquoi je fais ça!

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7 commentaires
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Spice Pirate

12.11.2020 à 19:17

Et surtout n'oublie pas part à fond et accélère ensuite..... Continue comme ça 👽. On est tous derrière toi. Bonne route

Moi

12.11.2020 à 18:52

Superbe Alan ! Mieux vaut être confiné sur la Fabrique que dans un studio ! Bon voyage, bon tour du monde et bon vent.

Jean Cotteaux

12.11.2020 à 18:24

"Je me demande pourquoi je fais ça»... Nous aussi.