Actualisé 08.02.2018 à 13:35

Chanson«C’est le public suisse qui m’impressionne le plus»

Et si la musique suisse triomphait aux prochaines Victoires de la musique? Aliose, duo qui a débuté à Nyon, pourrait bien nous offrir ce plaisir.

par
Yann Zitouni
Xavier Michel et Alizé Oswald forment le duo Aliose, en course pour les Victoires de la musique et les Swiss Music Awards.

Xavier Michel et Alizé Oswald forment le duo Aliose, en course pour les Victoires de la musique et les Swiss Music Awards.

Claire Pathe/SloSlo

«On va devoir créer des hologrammes pour être en même temps à Zurich et à Paris.» Alizé Oswald plaisante lorsqu’on lui demande où elle sera le vendredi 9 février. Le dilemme est réel puisque Aliose, le duo qu’elle forme avec Xavier Michel, est attendu ce même soir aux Victoires de la musique et aux Swiss Music Awards. Naturellement, leur choix est déjà fait et il n’y aura pas d’hologrammes: ils seront à Paris pour peut-être remporter la Victoire de la Révélation Album. Depuis deux ans, la capitale française est leur lieu de travail et, par la force des choses, leur lieu de vie. Aliose y a signé un contrat avec Warner et son album («Comme on respire», sorti en 2017) se retrouve au même catalogue que les disques de Johnny Hallyday, Soprano ou Alain Souchon. Alizé Oswald explique que cette connexion française s’est faite un peu par hasard mais reconnaît que leurs chansons s’orientent plus volontiers vers un public sensibilisé à la tradition de la chanson française et que, de ce point de vue, le public français est forcément à considérer.

Cette décision de s’installer à Paris n’a pas remis en question leur rapport à la Suisse. «Ce qui est plaisant, c’est que les personnes que nous côtoyons à Paris n’insistent pas sur le fait qu’on est Suisses. C’est nous qui le rappelons en permanence. On ne souffre pas du tout de clichés parisiens sur les Suisses. Curieusement, c’est lorsqu’on rentre à la maison, à Genève, qu’on a moins d’assurance. On se sent plus «petits Suisses» en Suisse qu’en France. En tout cas c’est mon sentiment. Parce que les gens d’ici m’ont vu grandir, ils m’ont vue petite, ils savent beaucoup de choses sur moi. Face à eux, c’est moi qui suis impressionnée. Je ressens un peu la même chose lorsque des membres de ma famille viennent à un de nos concerts, je me sens tout de suite plus à nu.»

Une apparente naïveté

Dans les années septante, Alizé Oswald et Xavier Michel auraient pu être des vedettes de romans-photos. Mais ces deux musiciens romands sont d’une autre génération, d’une époque décomplexée où les genres se mélangent et se réinventent. Si on est pressé, on parle à leur sujet de chanson française. «On prétend un peu vite que nous chantons surtout des chansons d’amour. Or il y en a finalement peu dans notre répertoire», souligne Alizé. À côté d’elle, Xavier Michel précise son propos: «Sur notre dernier album, la chanson qui s’appelle «Conquistador» raconte la façon dont les pesticides se faufilent dans nos vies. Dans une autre, on raconte l’histoire d’un couple qui n’arrive pas à avoir d’enfants. Et c’est ce que nous voulons faire, aborder des sujets sérieux et sensibles sur des musiques qui peuvent être légères.» Mais la musique d’Aliose est-elle légère? Belle, élaborée, construite sur des sons clairs et des voix très en avant, sans aucun doute. Si on s’y intéresse un tant soit peu, on commence toutefois à distinguer des zones d’ombre et du relief dans leurs chansons jolies. Leur talent consiste justement à construire des mélodies souvent éblouissantes puis à altérer subtilement leur éclat. Pour ce faire, ils utilisent un changement d’accord, une intonation vocale ou une rupture de rythme qui va passer comme un nuage sur un paysage ensoleillé. On pense aux films de Jacques Demy, à cette apparente naïveté qui dissimulait une forme d’anxiété ou, du moins, de lucidité.

Outsiders en Suisse alémanique

Enfants de leur époque (ils sont tout juste trentenaires), les deux membres d’Aliose ont aussi des choses à dire en matière de musiques électroniques ou de rap, comme en témoigne leur reprise d’une chanson de I­AM qu’on trouve sur Internet. «Lorsqu’on a joué en Chine, les gens ne nous ont pas dit qu’on faisait de la chanson française à l’ancienne. Pour eux, on fait un mélange de pop et de folk. Il faut aussi remarquer que, aux Victoires de la musique comme aux Swiss Music Awards, la musique urbaine est représentée dans de nombreuses catégories. Par conséquent, j’ai l’impression que notre musique devient presque désuète au milieu de tout ça. Et je suis d’autant plus contente de la défendre, en Suisse comme en France.»

Alors que la France semble les accueillir pour ce qu’ils sont, des artistes de talent, c’est paradoxalement en Suisse alémanique qu’Aliose font figure d’outsiders et d’étrangers. Les Swiss Music Awards les classent en effet sur la base de leur provenance en les inscrivant dans la catégorie Best Act Romandie. Xavier Michel reconnaît que la taille du marché romand justifie cette catégorisation. «Il y a tout de même une artiste romande, Phanee De Pool, qui réussit à figurer dans la sélection sans se trouver dans cette catégorie romande, puisqu’elle concourt pour le trophée de l’artiste féminine de l’année.» Alizé réagit immédiatement: «Oui, mais c’est pareil, elle est rangée dans une catégorie qui représente une autre minorité, puisque tout le monde dit qu’il n’y a pas assez de femmes. C’est tout de même un peu étrange, ces classifications…»

Première rencontre à Nyon

En attendant cette double soirée de remise de trophées, Aliose travaille, comme toujours. Ce qui occupe le duo en ce moment, c’est notamment la préparation du concert qu’ils donneront le 16 février à l’Usine-à-Gaz de Nyon. C’est précisément dans cette salle qu’ils se sont rencontrés en 2004, à l’occasion d’un atelier d’écriture de chansons. Quatorze ans plus tard, ils préparent aussi leur passage en prime time sur une télévision nationale française. L’année dernière, France 2 avait réuni plus de deux millions de téléspectateurs autour des Victoires de la musique et Aliose ne veulent pas rater ce rendez-vous exceptionnel avec le public français.

«On va pouvoir chanter une chanson. On a choisi d’interpréter «Me passer de toi», la première chanson de notre dernier album. Un orchestre sera présent sur le plateau, à la disposition des artistes invités et on a envie d’en profiter et de collaborer avec eux, de prendre des libertés avec les arrangements. C’est un morceau qui raconte un dialogue entre deux personnages, chacun fait écho à la phrase de l’autre. Il y a dans cette chanson quelque chose de visuel, presque théâtral, qu’on va essayer d’exploiter et de mettre en scène. Le trophée? On ne s’attend pas à le gagner, très franchement. Face à nous, il y a Juliette Armanet et Petit Biscuit, deux artistes qui marchent très bien en France. Si on remporte le trophée, ce sera une très belle surprise, mais dans le cas contraire, ça ne nous posera aucun problème. Parce que cette année, on a déjà tout gagné.»

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