Football - C’est officiel, 12 grands clubs lancent leur «Super League»
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FootballC’est officiel, 12 grands clubs lancent leur «Super League»

Douze des plus grands clubs européens ont décidé de créer leur propre compétition, afin de concurrencer la Ligue des champions de l’UEFA.

Le président du Real Madrid, Florentino Perez, a été nommé président de cette «Superligue».

Le président du Real Madrid, Florentino Perez, a été nommé président de cette «Superligue».

AFP

Le football européen proche de l’implosion: douze grands clubs ont lancé lundi leur «Super League», une compétition privée vouée à supplanter la Ligue des champions, déclaration de guerre à laquelle l’UEFA a promis de répliquer en excluant les équipes dissidentes et leurs joueurs. Lundi matin, la banque JPMorgan a annoncé qu’elle finançait le projet. «Je peux confirmer que nous finançons l’opération», a indiqué à l’AFP un porte-parole à Londres de la banque.

C’est un séisme sans précédent en près de 70 ans de compétitions européennes: après des décennies à agiter le spectre d’un schisme, les cadors du continent ont fini par franchir le pas avec à leur tête le Real Madrid, le FC Barcelone, Liverpool ou Manchester United, tous multiples vainqueurs de la C1 et marques d’envergure planétaire.

Ebranlé par la pandémie de Covid-19, le sport roi en Europe voit son avenir s’inscrire en pointillé, de même que l’actuel système pyramidal de redistribution des ressources télévisuelles entre la C1, compétition phare, et les championnats nationaux. Les clubs rebelles prétendent, semble-t-il, instaurer un controversé système de ligue quasi fermée comparable aux championnats nord-américains de basket (NBA) ou de football américain (NFL).

«Douze des clubs européens les plus importants annoncent avoir conclu un accord pour la création d’une nouvelle compétition, la Superligue, gouvernée par ses clubs fondateurs. AC Milan, Arsenal, Atlético Madrid, Chelsea FC, FC Barcelone, Inter Milan, Juventus, Liverpool, Manchester City, Manchester United, Real Madrid et Tottenham se sont unis en tant que clubs fondateurs», peut-on lire dans un communiqué transmis à l’AFP et également diffusé par les sites internet de plusieurs clubs concernés. «La saison inaugurale (...) démarrera aussitôt que possible», poursuit le texte, sans fixer de calendrier précis.

«Ressources supplémentaires»

Selon une source ayant connaissance des tractations, le Bayern Munich et le Paris SG ont été approchés. Mais les deux finalistes de la dernière C1 n’ont pas donné suite, ce qui a conduit l’UEFA à remercier publiquement «les clubs allemands et français» pour leur loyauté. La nouvelle compétition, expliquent ses promoteurs, est vouée à «générer des ressources supplémentaires pour toute la pyramide du football».

«En contrepartie de leur engagement, les clubs fondateurs recevront un versement en une fois de l’ordre de 3,5 milliards d’euros destinés uniquement à des investissements en infrastructures et compenser l’impact de la crise du Covid-19», poursuit le communiqué.

Si ce chiffre est confirmé, il suppose des revenus bien supérieurs à ceux obtenus par l’UEFA pour l’ensemble de ses compétitions de clubs (Ligue des champions, Ligue Europa et Supercoupe d’Europe), qui avaient généré 3,2 milliards d’euros de recettes TV en 2018-2019, avant une pandémie qui a fortement plombé le marché européen des droits sportifs. «La guerre des riches», pouvait-on lire en Une du quotidien «L’Equipe» lundi matin.

Selon ses promoteurs, la «Superligue» fonctionnerait sous la forme d’une saison régulière opposant 20 clubs, quinze d’entre eux («les clubs fondateurs», les 12 cités et trois supplémentaires restant à déterminer) étant qualifiés d’office chaque année et les cinq autres bénéficiant d’invitations «à travers un système basé sur leur performance de la saison précédente».

Au terme de cette première phase débutant au mois d’août, des play-offs de fin de saison seraient organisés jusqu’en mai pour décerner le trophée. Les matches se tiendraient en principe en milieu de semaine, entrant en concurrence directe avec les cases réservées pour la Ligue des champions, mais pas avec les championnats nationaux traditionnellement organisés le week-end.

«Au minimum 2 clubs français»

«Au minimum 2 clubs français» seront présents chaque année en «Super League», a déclaré lundi à l’AFP une source proche des 12 clubs fondateurs de cette compétition privée, concurrente de la Ligue des champions, sans préciser l’identité ou le mode de sélection des clubs concernés.

«Il y aura au minimum deux clubs français chaque année dans cette compétition», a assuré cette source, soulignant que l’une des hypothèses est par exemple que le vainqueur de la Ligue 1 puisse être qualifié pour cette nouvelle épreuve.

Résistance allemande

En revanche, le Bayern Munich et Dortmund, les deux clubs allemands présents au conseil d’administration de l’Association européenne des clubs (ECA) se sont clairement prononcés contre ce projet, affirme lundi le patron du Borussia Dortmund Hans-Joachim Watzke.

«Les deux clubs allemands représentés au conseil d’administration de l’ECA, le FC Bayern Munich et le Borussia Dortmund, ont présenté des points de vue à 100% identiques dans toutes les discussions», a expliqué le directeur exécutif du BVB dans un communiqué sur le site du club.

Projet financé par JPMorgan

La banque américaine JPMorgan a annoncé lundi qu’elle allait financer le projet de «Super League» européenne, porté par une poignée de clubs parmi les plus riches et qui secoue le monde du football. «Je peux confirmer que nous finançons l’opération», a indiqué à l’AFP un porte-parole à Londres de la banque, ajoutant n’avoir pas d’autre commentaire à ce stade.

Menace d’exclusion

Reste à savoir quelles réponses l’UEFA, vent debout, et la Fifa, moins en pointe sur le sujet, apporteront à cette tentative de sécession, comparable à celle qu’a connu le basketball européen, entre Euroligue et Ligue des champions de basket (Fiba).

La Fifa «ne peut que désapprouver une Ligue européenne fermée et dissidente», a réagi la fédération internationale lundi, invitant toutes les parties à «un dialogue calme, constructif et équilibré» sur le sujet. L’UEFA, dans un communiqué co-signé par plusieurs championnats nationaux, avait prévenu dès dimanche que tout club dissident serait exclu des compétitions nationales et internationales, et que leurs joueurs ne pourraient plus jouer en équipe nationale, par exemple à l’Euro ou à la Coupe du monde. Il faudra voir si cette menace est conforme au droit européen de la concurrence, ce qui laisse présager une éventuelle bataille juridique.

La Juve s’envole à la Bourse

Le titre de la Juventus Turin a ouvert en forte augmentation lundi à la Bourse de Milan. L’action de la Juve affichait une hausse de l’ordre de 7,00%, à 0,827 euro, une heure après l’ouverture de la Bourse, alors que sa valeur est orientée à la baisse depuis l’élimination des Bianconeri de la Ligue des champions début mars.

Réunion à l’UEFA ce lundi

Le lancement de cette «Superligue» intervient en tout cas alors que l’UEFA a convoqué lundi son comité exécutif (09h00) pour entériner une refonte de sa Ligue des champions à l’horizon 2024. Initialement, le Comité exécutif de l’instance dirigeante du football européen aurait dû entériner sans trop de heurts la refonte la plus profonde de la C1 depuis vingt ans, tout en finalisant la cartographie des villes hôtes de l’Euro cet été.

Difficile, à présent, de savoir ce qu’il adviendra de cette réforme, bâtie en lien avec l’Association européenne des clubs (ECA) et censée proposer davantage de rencontres, donc de revenus, pour contenter les cadors. «Les clubs fondateurs de la Superligue pensent que les solutions proposées par les institutions ne permettent pas de résoudre les enjeux fondamentaux comme la nécessité de proposer des matchs de meilleure qualité», avancent les promoteurs du nouveau projet, promettant aussi une «Super League» féminine.

En attendant, les prises de positions anti-«Superligue» se sont multipliées dimanche, parmi les représentants de supporters mais aussi chez les dirigeants politiques, de l’Elysée en France au Premier ministre Boris Johnson au Royaume Uni. La présidence française a ainsi fustigé un projet «menaçant le principe de solidarité et le mérite sportif» et la ministre déléguée aux Sports Roxana Maracineanu a dénoncé un «club VIP de quelques puissants».

(AFP)

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