Carré musulman: «C’est très touchant, merci!»
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Carré musulman«C’est très touchant, merci!»

Au lendemain de la marche de soutien organisée dans les rues de Lausanne, des bouquets de fleurs ont été déposés devant chacune des tombes vandalisées. Une action spontanée et apolitique.

par
Benjamin Pillard
En plus des fleurs, des Lausannois ont laissé des messages de solidarité destinés aux familles dont les sépultures de proches ont été saccagées. Comme celle de la mère de Tuncay Aktas (ci-dessous).

En plus des fleurs, des Lausannois ont laissé des messages de solidarité destinés aux familles dont les sépultures de proches ont été saccagées. Comme celle de la mère de Tuncay Aktas (ci-dessous).

Sébastien Anex

«Les actes qui ont été commis sur ce lieu sacré me révoltent», écrit Solange. Un saccage «honteux et pas représentatif de notre pays», signe Audrey. Commes elles, plusieurs «Suisses et Suissesses» ont rédigé à la main des messages de soutien sur des cartes de correspondance blanches, déposées à l’entrée du carré musulman du cimetière lausannois du Bois-de-Vaux.

«Tous unis»

Un espace confessionnel où 15 des 22 tombes ont été vandalisées, où des inscriptions islamophobes ont été sprayées à même le sol de ce secteur – le seul du canton, inauguré il y a 18 mois. Des profanations anonymes, perpétrées dans la nuit de vendredi à samedi dernier, qui ont suscité la colère de quelque 500 manifestants. Ceux-ci ont défilé dans les rues du centre-ville pendant près d’une heure mercredi, après une série de discours indignés. Dont celui du municipal chargé de la Cohésion sociale, Oscar Tosato (PS), au nom de l’exécutif communal, lui-même visé par l’un des tags haineux pour avoir soutenu l’aménagement du carré musulman.

En plus de ces pensées manuscrites de solidarité, un bouquet de fleurs a été déposé devant chacune des tombes. Dans un vase noir. Une initiative spontanée qui ne porte la marque d’aucun parti politique, contrairement à la manifestation de la veille, coordonnée par le parti SolidaritéS. «J’ai d’abord cru que c’était des membres de ma famille qui avaient regarni la sépulture de ma mère, témoigne Tuncay Aktas, 55 ans. Ce n’est qu’ensuite que j’ai compris que le même arrangement avait été placé devant chaque tombe. Ça m’a beaucoup touché; j’aimerais dire merci et bravo, car c’est important de voir que nous, musulmans, ne sommes pas les seuls à être révoltés par ce saccage… Cela montre bien qu’on est tous unis, quelle que soit notre religion.»

En plus des fleurs, des Lausannois ont laissé des messages de solidarité destinés aux familles dont les sépultures de proches ont été saccagées. Comme celle de la mère de Tuncay Aktas.

En plus des fleurs, des Lausannois ont laissé des messages de solidarité destinés aux familles dont les sépultures de proches ont été saccagées. Comme celle de la mère de Tuncay Aktas.

Profanateur(s) non identifié(s)

Un respect de l’autre qui ne serait que le reflet de ce que ce père de famille observe à chacune de ses visites. «Je viens ici tous les jours depuis deux mois: je n’ai jamais vu personne nous regarder de travers, qu’il s’agisse des familles chrétiennes ou des ouvriers qui travaillent ici et qui nous saluent systématiquement. Le carré musulman est vraiment intégré au reste du cimetière; on ne voit pas de différence avec les autres allées. D’ailleurs, aucune pancarte n’indique sa présence.» Et d’assurer que «si des islamistes avaient cassé des croix», il serait aussi descendu dans la rue. «Ce n’est pas parce que des extrémistes ordonnent à une communauté de s’en prendre à une autre qu’il faut le faire. On doit faire usage de notre cerveau. Dieu nous en a à tous donné un…»

Contactée, la procureure chargée de l’enquête indique que les recherches n’ont pas encore permis d’identifier les auteurs des profanations. Lausanne a annoncé que la pose de caméras de surveillance autour du carré musulman était à l’étude.

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