Épizootie: Cette fois-ci, ses chèvres sont saines

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ÉpizootieCette fois-ci, ses chèvres sont saines

L'agriculteur jurassien contraint d'abattre 230 chèvres et cabris d'origine belge a pu se procurer 52 nouvelles têtes chez des éleveurs suisses. Mais la tristesse demeure.

par
Vincent Donzé
Ce sont 52 chèvres romandes qui ont été livrées hier après-midi à Courrendlin (JU).

Ce sont 52 chèvres romandes qui ont été livrées hier après-midi à Courrendlin (JU).

Maxime Schmid

Elles ne sont pas blanches comme les chèvres belges abattues moins de deux mois après leur arrivée, mais brunes et d'origine vaudoise et fribourgeoise. «Elles mangent déjà, c'est bon signe, et ça me redonne envie…» soupire André Chariatte sitôt la livraison effectuée dans sa ferme de Courrendlin (JU). L'envie, c'est celle de traire un troupeau de chèvres, après avoir renoncé à un élevage de porcs déficitaire. La paille répartie vendredi dans l'écurie témoignait de l'impatience de l'agriculteur, une fois le séquestre levé par le vétérinaire officiel José Cachim.

Sur les 52 chèvres livrées hier par un transporteur vaudois, six mettront bas bientôt. Et un des deux fournisseurs a promis la livraison prochaine de 53 jeunes chèvres. De quoi honorer le contrat passé par Emmi, leader de l'industrie laitière suisse. Oubliée, la mésaventure belge? «Non! Ma ferme est isolée et les chèvres belges n'auraient contaminé aucun troupeau. À cause de leur abattage précipité, j'ai perdu mon gagne-pain pendant un long mois», proteste André Chariatte. Le troupeau importé le 26 décembre était certes contaminé, mais aucun manquement n'est imputé au Jurassien.

Porteuses d'un virus

Le problème est apparu lors du premier contrôle sanitaire: toutes les chèvres étaient atteintes d'arthrite encéphalite caprine (CAE), une maladie virale éradiquée en Suisse grâce à un programme de lutte lancé en 1984, au prix de nombreux sacrifices. «Je n'ai pas élevé des chèvres en Belgique pour les abattre en Suisse», avait lancé le chevrier de Velaines (B) à l'agriculteur de Courrendlin. L'éleveur belge qui a vendu des chèvres porteuses de la CAE en possède encore 1500: «Après avoir reçu un échantillon de sang de la part d'André Chariatte, j'ai fait procéder à une analyse de mes bêtes.» Résultat: positif!

Quelles conséquences côté belge? «Je continue de les traire et de produire du fromage», indique le chevrier. Précision: «Seuls les éleveurs qui veulent être déclarés indemnes de tous virus souscrivent à un contrat avec nos autorités sanitaires.» Le vendeur belge jure de sa bonne foi: «J'ai obtenu un permis d'exportation sans devoir effectuer des analyses. D'ailleurs, en 2015, j'ai vendu 160 chèvres en Italie sans rencontrer le moindre problème», indique-t-il.

En Suisse, c'est par l'entremise de la Fédération d'élevage caprin qu'André Chariatte a trouvé 30 chèvres chamoisées à Forel (Lavaux) et 22 à Villorsonnens (FR), sachant que tous les caprins locaux sont sains. «La solidarité était à la mesure de l'inquiétude», indique sa directrice Ursula Herren.

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