Actualisé 09.04.2020 à 04:39

BuzzCette frontière qui n’empêche ni les «je t’aime» ni le badminton

Un double grillage installé entre la Suisse et l’Allemagne offre des scènes uniques. Mais va-t-il survivre aux congés de Pâques?

par
lematin.ch
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Un double grillage a été installé entre Kreuzlingen, en Thurgovie, et Constance, en Allemagne. Deux villes qui ne forment habituellement qu'une seule agglomération mais transfrontalière.

Un double grillage a été installé entre Kreuzlingen, en Thurgovie, et Constance, en Allemagne. Deux villes qui ne forment habituellement qu'une seule agglomération mais transfrontalière.

Keystone
Séparés par le confinement, amis ou amoureux se retrouvent des deux côtés, distants de 2 mètres.

Séparés par le confinement, amis ou amoureux se retrouvent des deux côtés, distants de 2 mètres.

Keystone
Le double grillage mesure quelque 350 mètres, jusqu'au lac de Constance.

Le double grillage mesure quelque 350 mètres, jusqu'au lac de Constance.

Keystone

Confinement oblige, on ne traverse plus les frontières sauf raisons exceptionnelles ou pour aller travailler. Mais à Kreuzlingen, en Thurgovie, c’est certainement plus problématique qu’ailleurs. Car la population est étroitement liée à celle de Constance, en Allemagne. En réalité, il s’agit d’une seule agglomération mais transfrontalière, avec toutes les amitiés et amours qui en découlent.

Pour éviter la propagation du coronavirus et trop de rencontres entre les uns et les autres, les autorités allemandes avaient posé mi-mars un long grillage de quelque 350 mètres pour séparer les deux pays. Ça n’avait pas suffi. Amis ou amoureux se retrouvaient des deux côtés, mais se tenaient la main à travers le grillage, s’embrassaient, ou discutaient simplement en restant très proche.

Anniversaire et vin mousseux

Les autorités, suisses cette fois, ont doublé vendredi dernier le grillage, installant un second en parallèle éloigné de deux mètres pour respecter les distances. Depuis? Amis et amoureux ne peuvent plus se toucher. Mais ils continuent à venir. Et l’étonnante installation offre désormais des scènes insolites et uniques, comme l’a immortalisé Keystone le week-end dernier. (Voir galerie) On s’installe de chaque côté pour papoter. On y joue même au badminton…

La situation à Kreuzlingen/Constance a attiré l’attention de nombreux médias. Dans un long reportage sur place le «Südkurier» a ainsi déniché trois soeurs. Susanna, Tirza et Nike sont Suissesses. Mais Susanna est confinée du côté allemand. Toutes trois se sont cependant retrouvées le week-end dernier des deux côtés du double grillage pour fêter l’anniversaire de Tirza, désormais 36 ans. «La clôture ne peut pas nous séparer», a-t-elle commenté, un verre de vin mousseux à la main.

Deux jeunes amoureux

Le quotidien raconte aussi l’histoire de Domi, un Thurgovien de 19 ans d’Arbon. Après 40 minutes de train il est arrivé au double grillage pour voir sa toute nouvelle petite amie, 19 ans également, «coincée» de l’autre côté. Amoureux depuis quatre semaines, ils s’étaient rencontrés en ligne et n’ont pu se réunir qu’une poignée de fois.

Le jeune homme peine à admettre la situation. «Pourquoi tous ceux qui ont leur partenaire ou leur famille dans le même pays peuvent-ils continuer à se voir et à s'embrasser, mais pas nous? Je ne rencontrerais pas ma petite amie si moi, elle ou quelqu'un de notre voisinage proche étions malades», lâche-t-il.

Un aimant pour les séparés

Le week-end dernier, l’agence Reuters a aussi réalisé un reportage sur l’endroit où l’on se retrouve «juste assez près pour dire je t'aime». Et a constaté que des amoureux venaient parfois de loin pour profiter de l’étonnante frontière. A l’image de Dominik Loroff, qui avait fait trois heures de route depuis Munich pour retrouver Michele Graf-Ludin, de Winterthour, à 50 minutes de cette frontière.

Ces deux-là, est-il précisé, avaient lu que les lieux étaient devenus «un aimant pour ceux piégés des différents côtés». Mais une fois sur place Dominik Loroff a noté: «s’il n’y avait qu’un grillage ça irait. Mais avec le second c’est dur».

«Notre seule chance»

Reuters a encore retrouvé un autre couple. Le Zurichois Jean-Pierre Walter, qui avait fait une heure de route. Et Maja Bulic: 2 h 30 de trajet depuis Heidelberg. «C'est notre seule chance de nous retrouver face à face», a souligné le Suisse. « À un certain stade, il faut voir quelqu’un en personne», a ajouté l’Allemande.

Alors que les congés de Pâques sont presque là, attention cependant à ce que le double grillage ne devienne pas un aimant trop puissant ou une sorte de site touristique. Les autorités ont prévenu qu’elles prendraient alors de nouvelles mesures. Peut-être même boucler cette étonnante frontière pour amoureux.

R.M.

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