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Avalanches«Cette hécatombe doit cesser»

Le freerider Dominique Perret déplore le système qui pousse les skieurs hors piste en Suisse à s'équiper à grands frais plutôt qu'à investir dans une vraie formation.

par
Laurent Grabet
Dominique Perret a sauté des barres rocheuses de 36 m et skié la face nord de l'Everest. La sécurité n'en est pas moins pour lui une obsession. La preuve, à 51 ans il est toujours là.

Dominique Perret a sauté des barres rocheuses de 36 m et skié la face nord de l'Everest. La sécurité n'en est pas moins pour lui une obsession. La preuve, à 51 ans il est toujours là.

Yvain Genevay

Hier, des avalanches ont fait quatre nouvelles victimes en Valais, portant ainsi à onze le nombre de tués depuis le 26 décembre! Pour Dominique Perret, meilleur freerider du XXe siècle, ces morts sont ceux de trop. Coup de gueule.

Votre réaction aux quatre skieurs morts d'hier?

Il faut arrêter le massacre! Chaque année, il y a des morts, mais on ne s'assoit jamais autour d'une table pour trouver des solutions. Cette hécatombe doit cesser.

Vous dites qu'en Suisse « le problème des avalanches est pris à l'envers». C'est-à-dire?

Ça me rend fou de voir tant de gens investir 700 à 1000 fr. dans un sac ABS mais rechigner à mettre de l'argent dans un cours avalanche ou ski hors piste. Cette surconsommation confère un sentiment d'invulnérabilité dangereux et trompeur. En s'équipant à outrance, manipulé par le marketing mais sans forcément avoir les connaissances nécessaires, on se met en position de réagir à un accident, alors qu'on devrait apprendre à estimer le risque et à l'éviter s'il est trop élevé. Celui qui connaît la montagne renoncera plus facilement à une belle pente de poudreuse instable. L'indispensable détecteur de victime d'avalanche (DVA) ou les sacs airbags ne sont pas des assurances-vie comme certains le croient!

Vous n'êtes pas non plus un adepte du casque…

Les guides n'en portent jamais. Ce n'est pas un hasard. En montagne tous nos sens doivent être en éveil, l'ouïe notamment, histoire de sentir les dangers potentiels. On doit réapprendre à écouter et à observer. Se former aux dangers auprès de professionnels nous y aidera. Et ce n'est pas quand ses copains agonisent sous 2 m de neige qu'il faut se pencher sur le manuel de son DVA!

Mais se former coûte cher…

Ceux qui ont suivi un cours avalanche pourraient obtenir des primes d'assurance à tarif préférentiel ou des réductions sur leurs forfaits. Inversement, l'achat d'un DVA ou d'un sac ABS pourrait donner lieu à des réductions sur les cours avalanche. Mais, avant cela, il faut faire des campagnes présentant la formation comme un passage obligé pour tout skieur hors piste. Et aussi rappeler que, sans connaissances, on s'attache au moins celles d'un guide. Cela a un coût, mais ce professionnel vous apprendra plus de choses qu'un sac dernier cri. En ski comme dans la vie, plus tu veux de liberté, plus tu as besoin de connaissances!

 Avez-vous alerté des politiciens?

Non, mais c'est le moment qu'ils s'emparent intelligemment de ce problème! Sans cela, on risque d'en arriver à de stériles interdictions, alors qu'il faut surtout éduquer! La montagne doit rester un espace de liberté. D'autant que la randonnée à skis ne cesse de se populariser et que l'enneigement ressemble à un mille-feuille. L'hiver va être très meurtrier. Surtout que les skieurs lambda ont peu de temps à disposition et ne savent pas renoncer à une pente poudreuse. Et ce, au mépris ou pire dans l'ignorance des règles de base et du bulletin d'avalanches!

Quatre morts, dont un guide

Quatre personnes ont perdu la vie hier dans des avalanches en Valais. A Mase, une coulée a emporté quatre randonneurs, dont un guide, qui redescendaient de la Pointe-de-Masserey. Seul un randonneur a survécu. Vers 11 h, au-dessus de Nendaz, un Vaudois qui faisait du hors-piste est mort dans une coulée. Deux autres freeriders ont déclenché des avalanches à Nendaz et à Nax mais ont été sauvés.

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