Publié

JusticeChagaev: drôle de grève de la faim

Le boss déchu de Xamax affirme ne plus se nourrir et se plaint du manque de cigarettes en prison. En fait, il mangerait du pain et emprunterait des clopes à ses gardiens.

par
Ludovic Rocchi et Valérie Duby

C’est le dernier coup de Bulat Chagaev. Hier soir, il a fait savoir par la voix de son avocat Jacques Barillon qu’il ne s’alimente plus depuis son arrestation le 26 janvier dernier, estimant ses droits les plus élémentaires bafoués par la justice suisse en laquelle il n’a plus confiance.

Le gréviste de la faim se plaint notamment d’être privé de cigarettes, alors qu’il est autorisé de fumer à Champ-Dollon, la prison genevoise où il est détenu préventivement pour faux dans les titres et gestion déloyale dans le cadre de la faillite de Neuchâtel Xamax.

Transfert express à Neuchâtel

La grève de la faim du Tchétchène semble en fait relative. Selon une source proche du dossier, Bulat Chagaev se nourrirait tout de même de pain. Quant aux cigarettes, il en emprunterait aux gardiens et à des détenus, en attendant que lui soient livrées les siennes.

Le geste d’humeur de l’homme d’affaires n’empêche pas la justice d’avancer à grands pas dans son affaire. Hier, Bulat Chagaev a été auditionné une nouvelle fois par le parquet genevois. A cette occasion, il a appris son transfert immédiat à la prison de La Chaux-de-Fonds, sur demande des autorités neuchâteloises, qui reprennent l’entier des procédures lancées contre lui et son bras droit, Islam Satujev.

Cette «partie de ping-pong judiciaire» représente «le point d’orgue de violations dont M. Chagaev se dit victime et se plaint, en vain, depuis l’origine de l’enquête», communique Jacques Barillon. Il a engagé des démarches urgentes pour contester la fixation du for juridique à Neuchâtel.

Nouveau procureur en charge de toute l’affaire, Yanis Callendret estime tout à fait justifié le transfert de la cause de Genève à Neuchâtel. «La faillite de Neuchâtel Xamax a changé la donne, explique le procureur. Les accusations les plus graves concernent désormais la gestion fautive du club et les faits se sont déroulés à Neuchâtel.»

Le procureur affirme détenir des «indices sérieux» de gestion fautive: «Nous procédons en ce moment à un intense travail d’analyse économique.» Quant à l’accusation de blanchiment d’argent, retenue au départ par la justice genevoise, Yanis Callendret veut attendre d’avoir étudié le dossier avant de décider de poursuivre ou non cette piste.

Votre opinion