Football - Challandes: «Je ne quitte le Kosovo qu’avec des louanges»
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FootballChallandes: «Je ne quitte le Kosovo qu’avec des louanges»

Licencié mercredi par le Kosovo suite aux défaites concédées devant la Suède (3-0) et la Géorgie (1-2), Bernard Challandes ne retient que du positif de ses quatre ans passés à la tête de la sélection balkanique.

par
Chris Geiger
Bernard Challandes ne quitte pas amer son poste de sélectionneur du Kosovo.

Bernard Challandes ne quitte pas amer son poste de sélectionneur du Kosovo.

AFP

Bernard Challandes à la tête du Kosovo, c’est un départ canon (14 matches consécutifs sans défaite), un bilan comptable positif (16 victoires, 8 nuls et 13 revers) et une qualification pour les demi-finales de la poule D de la Ligue des nations (en 2020).

Mais, aux yeux du technicien suisse, intronisé en mars 2018, c’est surtout une évolution constante par le jeu. «Il ne faut pas résumer mon travail avec cette sélection en évoquant les résultats. Cela ne me suffit pas, ne me convainc pas. Je veux qu’on se souvienne du jeu proposé, de l’état d’esprit affiché par l’équipe et de la progression effectuée par mes joueurs. J’ai toujours refusé les objectifs liés aux résultats», a souligné, en préambule, l’ancien entraîneur à succès du FC Zurich (2007-2010)

Au lendemain de son renvoi, le Neuchâtelois s’est confié sur son aventure à la tête de la jeune sélection d’ex-Yougoslavie, reconnue par l’UEFA en 2016 seulement.

Bernard Challandes, comment avez-vous réagi lorsque la Fédération kosovare vous a annoncé mercredi votre départ, elle qui avait pourtant prolongé votre contrat l’été dernier jusqu’en juin 2022?

Cette décision a plus ou moins été prise ensemble avec la Fédération. Il s’agit de la fin d’un cycle de près de quatre ans pour moi. Je ne crois donc pas que ce soit un dysfonctionnement, même si ce choix aurait très bien pu intervenir en novembre car il ne reste qu’un match officiel pour finir cette campagne qualificative en vue de la Coupe du monde au Qatar. Je n’aurais toutefois jamais imaginé que mon aventure durerait aussi longtemps, surtout lorsqu’on connaît la folie et la passion présentes dans ce pays. Quant au choix de la Fédération de me prolonger, cela n’avait peut-être pas été assez réfléchi. Cela aurait, en effet, été mieux de me prolonger soit jusqu’au terme des qualifications actuelles, soit jusqu’à la fin de la prochaine Ligue des nations, à la fin 2022.

Dans quel état d’esprit quittez-vous le Kosovo?

L’expérience ne se termine pas mal, même s’il y a eu séparation. On a fait cela très calmement et on est même allés manger ensemble après avoir acté cette décision, mais cette dernière ne me rend évidemment pas content. J’ai d’ailleurs pu dire au président que je comprenais qu’il voulait du changement au vu de la grosse pression médiatique, mais j’ai aussi pu lui glisser que ce n’était pas une bonne décision (rires). Il n’y a donc aucune amertume. Au contraire, je suis fier de ce qu’on a pu construire ensemble, de la façon dont le Kosovo a progressé. On a franchi une étape et c’est ce qu’on m’avait demandé de faire lorsque j’avais signé en mars 2018.

Malgré cela, des rumeurs concernant votre avenir circulaient avant même les revers subis en Suède et contre la Géorgie. Ce n’était donc pas une grosse surprise pour vous, non?

On est toujours en danger quand les résultats sont un peu moins bons (ndlr: le Kosovo est dernier du groupe B). Je savais que c’était une période difficile et que cela tenait à peu de choses. Si on avait gagné contre la Géorgie, on ne serait peut-être pas là à discuter. Il y avait une grosse pression des spectateurs, des journalistes, des consultants… Avant ce rassemblement, j’avais d’ailleurs dit en conférence de presse que ma situation correspondait au titre du roman de Gabriel Garcia Marquez: «La Chronique dune mort annoncée». Je vivais avec cette menace depuis ma prise de fonctions.

«Les attentes sont un petit peu trop grandes»

Bernard Challandes

Comment votre licenciement a-t-il été accueilli dans les Balkans, là où vous étiez adulé?

Je ne quitte le pays qu’avec des louanges, ce qui est un peu paradoxal. Lors de la conférence de presse qui annonçait mon départ, tout le monde a relevé que j’étais une légende, qu’on ne m’oubliera jamais au Kosovo, qu’on ne me remerciera jamais assez pour le travail effectué pour le pays et que je serai toujours accueilli comme un prince (ndlr: il avait été surnommé le prince du Kosovo). Malgré toutes ces qualités, cela n’a pas suffi. C’est le football. Je pars l’esprit serein, en ayant rencontré des personnes magnifiques, en ayant reçu un support incroyable du peuple kosovar. Je vis ce licenciement comme la fin d’une expérience qui a été très, très riche et intéressante pour moi.

Justement, qu’allez-vous retenir de cette aventure?

Les joueurs ont totalement adhéré à ma vision du football. J’ai d’ailleurs reçu beaucoup de messages de remerciement de leur part, même si certains doivent s’en réjouir (rires). Plus sérieusement, beaucoup m’ont écrit pour me dire qu’ils avaient énormément appris sous mes ordres. Tout cela me permet de digérer plus facilement, plus positivement. Plus globalement, les gens se sont fâchés après la défaite contre la Géorgie et j’ai trouvé cela positif car les gens pensent désormais que le Kosovo est très fort, que l’équipe peut faire beaucoup plus dans un groupe qui comprend l’Espagne, la Suède et la Grèce. Si on me dit que les résultats ne sont pas bons face à de telles équipes, c’est presque un compliment et cela veut dire que j’ai fait un super travail. Néanmoins, les attentes sont peut-être un petit peu trop grandes. Je garderai aussi ce super match réalisé contre l’Espagne qu’on aurait pu gagner. Luis Enrique avait d’ailleurs été très, très élogieux envers le Kosovo et avait loué le fait qu’on les avait regardés droit dans les yeux.

À l’inverse, avez-vous des regrets?

Je n’en ai qu’un: celui de n’avoir pas pu compter sur un immense réservoir de joueurs lors de la demi-finale de la Ligue des nations face à la Macédoine du Nord. Nos trois meilleurs joueurs (ndlr: Rrahmani de Naples, Rashica de Norwich et Muriqi de la Lazio) qui jouaient dans les meilleures ligues européennes n’avaient alors pas pu venir disputer cette rencontre. On avait été très, très frustrés, encore plus au vu du scénario du match. Avec du recul, c’est dommage qu’on n’ait pas pu aller au bout de notre rêve. Mon idée, qui est de progresser à travers le beau jeu, nous a toutefois permis d’être en course pour une qualification à l’Euro.

«La dernière page du bouquin qui se ferme»

Bernard Challandes

Le Kosovo est-il sur la bonne voie pour se qualifier un jour pour un tournoi majeur?

Je suis persuadé que ce pays va encore progresser, que l’équipe deviendra de plus en plus difficile à manœuvrer et que ses adversaires voudront l’éviter lors des tirages au sort. Je me réjouis de voir le développement de cette équipe relativement jeune et pleine de potentiel. Je souhaite que le prochain coach puisse encore développer l’équipe. Avant moi, Albert Bunjaku avait essayé de construire les bases avec le peu de joueurs dont il disposait. De mon côté, j’ai construit le premier étage et c’est désormais au suivant de poursuivre dans cette lignée. J’espère d’ailleurs que mon successeur correspondra à la culture du jeu kosovare et qu’il pourra amener un peu de modernité. Désormais, ce ne sera plus le grand-père ou le père qui entraînera, mais peut-être quelqu’un de la même génération, ce qui pourrait aider dans les relations. Plus globalement, la prochaine étape du Kosovo est de développer des académies au pays afin de travailler avec les jeunes. Il ne faut plus simplement attendre que les Kosovars binationaux soient formés partout à travers l’Europe car il y a toujours le risque que les meilleurs joueurs choisissent de jouer pour les plus grandes sélections.

En parlant d’avenir, à 70 ans, comment voyez-vous le vôtre?

Je ne fais jamais de plan concernant mon futur, mais il n’est pas encore dissocié de ce job d’entraîneur. Je ne vais toutefois pas me stresser. Je vais laisser venir le lendemain et, s’il y a une décision à prendre, je la prendrai. Je suis encore totalement passionné par le football. C’est un bouquin que j’ai écrit et c’est la dernière page qui se ferme. Mais est-ce que je vais écrire un autre livre? À voir.

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