Chamonix-Zermatt: «Le squelette est un peu momifié et abîmé mais complet»

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Mystère sur la Haute RouteChamonix-Zermatt: «Le squelette est un peu momifié et abîmé mais complet»

Luc et Vincent, deux alpinistes français, ont retrouvé la dépouille d’un homme ou d’une femme il y a une semaine sur le glacier du Stockji (VS).

par
Evelyne Emeri
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Mardi 26 juillet 2022 – Deux Français qui font la Haute Route Chamonix (F) – Zermatt (VS) découvrent la dépouille d’un ou d’une alpiniste, rejetée par la fonte des glaces.

Mardi 26 juillet 2022 – Deux Français qui font la Haute Route Chamonix (F) – Zermatt (VS) découvrent la dépouille d’un ou d’une alpiniste, rejetée par la fonte des glaces.

Luc Lechanoine
Les deux alpinistes aperçoivent d’abord un amas d’affaires depuis le pic Stockji en arrière-plan. Les jumelles ne suffiront pas. L’un d’eux s’approche et découvre un corps partiellement momifié.

Les deux alpinistes aperçoivent d’abord un amas d’affaires depuis le pic Stockji en arrière-plan. Les jumelles ne suffiront pas. L’un d’eux s’approche et découvre un corps partiellement momifié.

Luc Lechanoine
Une chaussure et des crampons qui paraissent bien plus vieux que le reste de l’équipement de la personne retrouvée.

Une chaussure et des crampons qui paraissent bien plus vieux que le reste de l’équipement de la personne retrouvée.

Luc Lechanoine

La Haute Route qui relie Chamonix (F) à Zermatt (VS), Luc Lechanoine (55 ans) et Vincent Danna (50) en rêvaient depuis longtemps. Les deux Français se sont décidés pour cet été. Ils ne savaient pas encore que leur randonnée allait très certainement faire le tour du monde, à l’image des époux Dumoulin retrouvés en 2017 sur le glacier de Tsanfleuron dans le Massif des Diablerets (VD), 75 ans après leur disparition.

Mardi dernier 26 juillet, la veille de leur arrivée à Zermatt, les deux alpinistes aguerris ont découvert un cadavre sur leur itinéraire. Joint chez lui en Provence, Luc nous détaille dans quelles circonstances ils ont repéré la dépouille de cet homme ou de cette femme sur le glacier valaisan du Stockji, situé à 3092 m d’altitude.

«Des sacs? Des gens?»

«Tout s’est bien passé pour nous. On a pas mal slalomé entre les crevasses. La montagne est difficile en ce moment (ndlr. en raison de la canicule). On se trouvait sur le rocher du Stockji, on s’est déséquipés. On s’est désencordés et on a enlevé nos crampons pour redescendre sur la moraine. Et c’est là que l’on aperçoit sur la hauteur, sur la langue glaciaire, un amas d’affaires», raconte Luc. «Des sacs peut-être? Des gens? Ça ne bougeait pas. Avec les jumelles, ça n’était pas assez précis. Je suis allé voir en laissant mon compagnon de cordée et suis reparti sur le glacier. Nous devions savoir si quelqu’un avait besoin de notre aide.»

«Cette personne avait une polaire fuchsia et des bâtons roses»

Luc Lechanoine
Luc Lechanoine nous fait le récit de cette découverte, certes macabre, mais qui permettra sans doute à une famille ou à des proches de retrouver leur disparu(e).

Luc Lechanoine nous fait le récit de cette découverte, certes macabre, mais qui permettra sans doute à une famille ou à des proches de retrouver leur disparu(e).

DR

«De près, j’ai découvert un squelette un peu momifié, abîmé mais complet, poursuit Luc. Il y avait son sac à dos bleu et rouge, un de ses bras était encore dans une bretelle. Il y avait aussi un bâton de ski ou de marche rose et noir de la marque Leki (ndlr. des Makalu réglables, une révolution qui date de 1974), une polaire fuchsia et un piolet rudimentaire cassé en trois. Cette personne portait des chaussures en cuir et des crampons avec des lanières en cuir, du matériel moins récent que le reste. Elle était en jeans, donc pas vraiment équipée pour la montagne. Elle ou il devait être seul(e). C’est difficile de dire depuis quand ce cadavre était là. Je dirais entre 30 et 40 ans, peut-être plus. Années 80 avec ces couleurs fluo, je dirais.»

L’inconnu(e) du glacier

Face à l’absence d’urgence, Luc renonce à appeler les secours sur place et repart en direction de son copain. Les deux amis se rejoignent et se rendent pour leur dernière nuit à la cabane de Schönbiel. Ils y parlent de leur aventure particulière et décident d’attendre le lendemain. «On s’est dit que l’on alerterait la police à notre retour à Zermatt. En y arrivant, on a croisé deux policiers dans la rue qui nous ont amenés au poste régional, précise encore Luc, On a ensuite été entendus par la police cantonale valaisanne qui a informé la procureure.»

Ce corps sans identité, libéré des glaces en raison du réchauffement climatique, est désormais en mains des médecins légistes. Ce sont ces derniers, la police scientifique et les enquêteurs valaisans qui lèveront bientôt le voile sur le mystère de l’inconnu(e) du glacier du Stockji. Ils pourront sans doute soulager une famille ou des proches d’une disparition restée sans réponse jusqu’ici.

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