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rugbyChampionnat d'Europe des Nations - L'Espagne cherche sa voie par-delà les Pyrénées (MAGAZINE)

Par Jean DECOTTE MADRID, 12 fév 2014 (AFP) - Nation émergente du rugby cherche "grand frère": le XV d'Espagne, à la peine en deuxième division européenne, veut s'appuyer sur le savoir-faire français et des joueurs issus de l'émigration pour espérer regoûter à la magie d'une Coupe du monde.

Sur son terrain d'entraînement aux murs défraîchis dans le nord de Madrid, le "XV del Leon" (XV du Lion) a un petit accent francophone. Dix-neuf des 23 joueurs convoqués en janvier pour disputer le Championnat d'Europe des Nations -également connu sous le nom de "Six Nations B"- évoluent de l'autre côté des Pyrénées, un vivier composé à la fois d'Espagnols partis s'aguerrir et de Français descendants d'exilés. "Mon grand-père était d'Irun, il a fui pendant la guerre d'Espagne" (1936-1939), explique à l'AFP le troisième ligne de Bordeaux-Bègles Gautier Gibouin, "heureux de jouer pour le pays de (ses) origines". Pendant que les trois-quarts répètent leurs gammes, les avants s'exercent au joug sous la direction de Santiago Santos, devenu cet été le troisième sélectionneur depuis 2010, comme un symbole des tâtonnements du rugby espagnol. Difficile de croire que le XV du Lion, qui a joué dès 1929 son premier match officiel contre l'Italie, en soit encore à chercher sa voie, mais l'Espagne a raté le train du professionnalisme. "Nous n'avons pas su évoluer, alors que l'Italie l'a fait", déplore Santiago Santos. "Ce n'est pas que l'Espagne a régressé, c'est que les autres ont progressé. L'Espagne n'a pas su attirer des financements pour le rugby afin de se professionnaliser. Il a manqué une vision stratégique". Loin derrière les triomphes du foot, du basket ou du hand, le rugby fait figure de petit poucet des sports collectifs espagnols avec une seule participation à la Coupe du monde (1999) et un championnat encore amateur. En 2009, il y a bien eu une tentative de créer une compétition professionnelle avec des franchises régionales. Las ! La "Super Iberica" n'a connu qu'une édition. Et la crise économique n'a rien arrangé. La Fédération espagnole (FER) a ainsi renoncé cette saison à engager en Challenge européen une sélection de joueurs espagnols, l'Olympus Madrid, faute d'aides financières pour les déplacements. La sélection n'y échappe pas. Santiago Santos a hérité en septembre d'une équipe lanterne rouge du Championnat d'Europe des Nations. Même si une victoire contre la Belgique début février (11-6) a éloigné le spectre d'une relégation, l'espoir d'aller au Mondial-2015 a été douché par une phase aller désastreuse (aucune victoire) alors que le prédécesseur de Santos, le Néo-Zélandais Bryce Bevin, misait surtout sur des joueurs locaux. Tout l'inverse de Régis Sonnes, sélectionneur de 2010 à 2012, qui avait obtenu de jolis résultats en faisant appel aux joueurs franco-espagnols. "Ils ont perdu un an et ils ont perdu une qualification pour la Coupe du monde sur des décisions politiques. C'est du gâchis", lâche le Français, aujourd'hui entraîneur des avants de Bordeaux-Bègles (Top 14). "Rêve ultime" aux yeux de Gautier Gibouin, une qualification pour le Mondial en 2015, ou plus vraisemblablement en 2019, reste le Graal qui permettrait enfin au rugby espagnol (24.000 licenciés) de décoller. Pour Santiago Santos, cela passe par des relations resserrées avec le rugby français. "Bien sûr qu'il peut être un bon grand frère, juge Santos. Les Français peuvent rehausser notre niveau pour avoir une meilleure visibilité, car une Coupe du monde apporte de la visibilité." Comme motif d'espoir, le sélectionneur cite l'envol du basket espagnol qui, mis sur orbite par plusieurs Américains naturalisés dans les années 1960-1970, a accouché d'une génération dorée. "Le rugby espagnol peut et doit être plus haut qu'aujourd'hui. Si nous nous qualifions pour un Mondial, les financements peuvent affluer, estime-t-il. Et le cercle peut devenir vertueux". jed/sva/dla/ig

(AFP)

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