Automobilisme: Charles Leclerc à fond la forme
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AutomobilismeCharles Leclerc à fond la forme

Les Ferrari ont signé les deux meilleurs chronos de la première journée d’essais du Grand Prix de Monaco. Chez Red Bull, on est «surpris» de l’écart creusé par les voitures rouges.

par
Luc Domenjoz

«Daghe Charles»

C’est l’enfant du pays, c’est le chouchou du public, c’est l’immense favori de la course. À Monaco, Charles Leclerc roule «à la maison», lui qui est né dans un appartement donnant sur la ligne droite de départ, et qui habite maintenant non loin de là. Depuis le port, on lit une immense banderole «Daghe Charles» (vas-y Charles, en patois monégasque, dont l’enseignement est obligatoire à l’école!).

Vendredi, le héros local a signé le meilleur chrono de la journée, avec une belle avance de près de 4 dixièmes sur la Red Bull de Sergio Perez – mais de 4 centièmes seulement sur son équipier Carlos Sainz. Comme Charles Leclerc l’avait prédit, le Grand Prix de Monaco entraîne souvent des résultats différents des autres courses. «Mais je suis certain que nous serons compétitifs tout au long du week-end», avait-il prévenu.

Max Verstappen s’avoue surpris de l’écart creusé par les Ferrari, lui qui a du mal à trouver les bons réglages sur sa Red Bull RB18. «J’espère qu’on aura trouvé une solution à nos problèmes d’ici les qualifications», commente-t-il.

Magnussen reconnaît son erreur

Au virage 4 du premier tour du Grand Prix d’Espagne, il y a une semaine, Kevin Magnussen et Lewis Hamilton se sont accrochés, ruinant la course des deux pilotes. Sur le moment, le pilote danois a accusé le Britannique d’avoir volontairement percuté sa Haas en élargissant son rayon de braquage. À Monaco, il est revenu sur ces affirmations: «Bien sûr, j’ai eu le temps de revoir la vidéo de notre accrochage», lâche-t-il. «Sur le moment, j’ai eu l’impression qu’il avait viré dans ma direction, mais ça n’est pas ce qui s’est produit: il était simplement dans le sillage d’une Ferrari, a perdu de l’adhérence et a très légèrement sous-viré. J’étais super-proche de lui, et je ne lui ai pas laissé assez de place. Il n’y avait aucune marge, et on s’est touchés. Dommage.» Dans le feu de l’action, les pilotes s’avouent souvent incapables de reconnaître leurs propres erreurs…

Sursis pour les piercings

Lewis Hamilton a obtenu un sursis pour ses piercings.

Lewis Hamilton a obtenu un sursis pour ses piercings.

AFP

L’affaire est sans importance, mais elle fait grand bruit dans les paddocks des circuits: depuis le dernier Grand Prix d’Australie, le nouveau directeur de course, Niels Wittich, tient à appliquer un règlement adopté en 2005 mais jamais mis en vigueur, et interdisant aux pilotes de porter des bijoux ou des piercings - pour des raisons de sécurité, surtout en cas d’incendie dans la voiture. Lewis Hamilton a refusé de se plier aux nouvelles règles, distant qu’il ne peut pas enlever ses deux piercings – un dans son nez, l’autre à un endroit «qu’il ne peut pas révéler»!

Après avoir reçu un sursis jusqu’à ce week-end, le pilote britannique vient d’obtenir un prolongement de sursis jusqu’à la fin du mois de juin, incluant ainsi les Grands Prix de Monaco, d’Azerbaïdjan et du Canada. Soit le temps de négocier, Lewis Hamilton étant en contact avec Mohammed Ben Sulayem, le nouveau président de la Fédération Internationale de l’Automobile (la FIA), que le septuple champion du monde décrit comme un «allié».

En attendant, les autres pilotes ont déjà obtempéré aux nouvelles règles: Kevin Magnussen a ainsi retiré son alliance pour piloter. «Je ne veux pas risquer une amende de 50 000 dollars pour ça», a-t-il dit, mi-plaisantant, mi-sérieux. «J’aime porter mon alliance, mais je ne veux pas prendre le risque d’un tel montant, alors je l’ai rangée dans mon tiroir».

Monaco en danger

Cette fois, la menace devient concrète. Voilà plusieurs semaines que Liberty Media, la société qui détient les droits commerciaux de la F1, laisse entendre que le Grand Prix de Monaco pourrait disparaître du calendrier. Cotée en Bourse, la société américaine doit maximiser ses bénéfices, et Monaco ne l’arrange pas, puisque la Principauté ne paie rien pour faire venir la F1 à Monte Carlo – alors que les autres circuits paient entre 25 et 60 millions d’euros par an pour avoir ce privilège.

Cet arrangement historique convenait à tous, car Monaco savait que la F1 ne pouvait exister sans elle. «Je n’ai jamais connu la F1 sans Monaco, et la F1 est impensable sans cette course», lâche Charles Leclerc ce week-end.

Impensable? Beaucoup y pensent, au contraire. Stefano Domenicali, le patron de Liberty, a déjà prévenu les patrons des écuries que la course monégasque risquait de disparaître dès l’an prochain. Il a d’ailleurs affirmé son intention de regrouper les Grands Prix par région, pour réduire les coûts de logistique. L’épreuve de Miami serait ainsi couplée avec Montréal, fin mai. Justement à la place historique de Monaco.

Autre problème: Monaco, dans son accord ancien, peut signer ses propres sponsors, dont certains entrent en conflit avec les sponsors du championnat. Ce week-end, on lit partout des pancartes: «TAG Heuer, montre officielle du Grand Prix de Monaco», alors que le championnat est associé avec Rolex.

Monaco gêne. Et Liberty met la pression pour que l’Automobile-Club de Monaco (l’ACM) cède, soit pour rejoindre le rang des payeurs, soit pour quitter la F1. Un scénario auquel Bernie Ecclestone, l’ancien détenteur des droits, ne croit pas une seconde: «Je suis toujours en contact avec Michel Boeri, le président de l’ACM», dit le Britannique vivant à Gstaad (BE). «Il est serein. Liberty veut remplacer Monaco par quoi? Par Miami? Laissez-moi rire. Ce n’était même pas un Grand Prix là-bas, ça ne ressemblait à rien. Et ces bateaux sur du bois, ça n’avait rien de Monaco…» Le bras de fer est toutefois engagé.

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