Formule 1 - Charles Leclerc partira bien de la pole
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Formule 1Charles Leclerc partira bien de la pole

Le jeune monégasque a eu de la chance: son accident des qualifications a empêché ses rivaux d’améliorer leurs chronos. Mais il a aussi failli lui coûter cinq places de pénalité.

par
Luc Domenjoz

La boîte est sauve

Il reste moins de 20 secondes dans la séance qualificative du Grand Prix de Monaco. D’une certaine façon, ce sont les 20 secondes les plus importantes de la saison, puisqu’elles vont décider de la grille de départ du Grand Prix que tous les pilotes rêvent de remporter.

Cette année, Lewis Hamilton était hors-course (lire plus bas). La pole allait se jouer dans le dernier tour de Charles Leclerc, Valtteri Bottas, Max Verstappen et Carlos Sainz.

Le Monégasque est le premier de cette bande des quatre à attaquer son dernier tour. L’écran de son volant lui indique qu’il est en retard d’un dixième et demi au moment de terminer le premier secteur. Il décide d’accélérer le rythme. Lors de son tour précédent, il avait déjà touché le rail à la piscine. Mais cette fois, il plonge encore un peu plus tôt en attaquant cette chicane, et tape plus fort. La suspension avant droite casse instantanément, ce qui l’envoie dans le rail d’en face.

Le choc est violent, toute la voiture est abimée. Et surtout, la boîte de vitesses semble l’être. Si ses mécaniciens doivent la changer, le Monégasque recevra une pénalité de cinq places sur la grille de départ. Fini le rêve de la pole.

«La victoire est possible»

Samedi soir, tard, l’écurie Ferrari annonce qu’il «semble» que la boîte de vitesses soit utilisable sans la changer, mais que de nouvelles vérifications doivent avoir lieu dimanche…

La pole-position de Charles Leclerc, la huitième de sa carrière, mais sa première à Monaco, est donc confirmée. «Si je pars de la pole, nous devrions avoir le rythme pour gagner», disait-il samedi après-midi. « Derrière, ils vont nous mettre la pression, tenter de passer au moment des changements de pneus. Mais j’y crois. La victoire est possible.»

Ce serait la première d’un Monégasque chez lui depuis Louis Chiron, en… 1931. Charles Leclerc a d’ailleurs fait peindre son casque avec une référence à son illustre compatriote. Un signe?

Triste précédent

En 2006, Michael Schumacher, sur Ferrari, était lui aussi sorti de piste – au virage de la Rascasse, deux cents mètres plus loin – à la fin des qualifications. Mais l’Allemand, lui, l’avait fait exprès pour empêcher Fernando Alonso de lui ravir la pole.

Mal lui en a pris. Considérant que le septuple champion du monde avait tapé le rail à 16 km/h, et avait donc plutôt « parqué » sa Ferrari en travers de la piste, les commissaires l’ont déclassé et fait partir en fond de grille de départ. Cette année, personne n’a sérieusement douté de la sincérité de l’erreur de Charles Leclerc. « Je connais bien Charles, c’est un vrai compétiteur, un gars bien. Jamais il n’aurait mis sa voiture dans le mur volontairement. Et encore moins au risque d’y laisser sa boîte de vitesses », le défend Frédéric Vasseur, le patron de l’écurie Sauber, qui avait été son directeur d’écurie en GP3, en 2016, puis en F1 en 2018.

Max, Valtteri et Carlos très déçus

Le bonheur de l’un faisant la déception des autres, les trois candidats à la pole-position qu’étaient Max Verstappen, Valtteri Bottas et Carlos Sainz affirmaient tous trois qu’ils allaient plus vite dans ce fameux dernier tour et qu’ils allaient signer la pole!

«Juste avant d’attaquer le tunnel, j’avais un dixième et demi d’avance sur mon chrono précédent, explique Max Verstappen. Je savais que j’avais commis une erreur à la chicane du port lors de mon tour d’avant, et donc que j’étais bon pour la pole. Surtout que je sentais plus d’adhérence de mes pneus, j’allais encore améliorer au dernier secteur. Mais bon, tout ça, ce sont des « si » et des « auraient pu». Je m’en moque. La réalité, c’est qu’il y a eu un drapeau rouge et que ça s’est arrêté là. » Le pilote Red Bull partira de la première ligne, la victoire reste son objectif.

Valtteri Bottas racontait à peu près la même histoire: «Quand on a eu les drapeaux rouges, j’en étais au virage Mirabeau. Avec un dixième et demi d’avance sur mon chrono précédent. Mais ce sont encore des «si». C’est la vie.»

«C’est dur à digérer»

Mais le plus dépité était sans doute Carlos Sainz. L’équipier de Charles Leclerc partira de la quatrième place de la grille alors qu’il était - lui aussi - certain de ravir la pole-position. «Je suis excessivement déçu, c’est dur à digérer, parce que ce n’est pas tous les jours que vous avez la possibilité de signer la pole, et donc la victoire à Monaco. Et je n’ai même pas pu défendre mes chances, vous imaginez ma frustration.»

Chaque pilote tente deux tours lors de la dernière phase des qualifications. «A mon premier tour de Q3, j’ai perdu deux dixièmes dans le dernier secteur. Avec l’évolution de la piste, je savais que je pouvais faire 1:10.1 (ndlr: la pole de Charles Leclerc a été signée en 1:10.346). Dans le dernier tour, j’ai eu Sergio Perez au virage 1, qui ne s’est pas écarté, et j’ai perdu un dixième. Mais j’ai repris ce dixième ensuite, je savais que j’étais bon pour la pole… jusqu’aux drapeaux rouges à la piscine. J’avais le rythme pour gagner ce week-end. »

Hamilton furieux

Pour lui, le Grand Prix de Monaco est déjà plié. Après sa pire séance de qualification en trois ans, Lewis Hamilton ne partira que de la septième place de la grille de départ, et il sait qu’il n’aura aucune chance raisonnable de s’y imposer.

Ce qui ne le rendait plutôt maussade après les qualifications: «Je ne peux pas expliquer pourquoi, mais je ne parvenais pas à amener mes pneus à la bonne température aujourd’hui. Et je ne sais pas non plus pourquoi Valtteri y arrivait mieux que moi. Il y a des choses qui auraient dû être faites et que l’écurie n’a pas fait. Je vais devoir en discuter fermement avec mes ingénieurs tout à l’heure.»

Discussion musclée, il y eut. A en croire Toto Wolff, le patron de l’écurie Mercedes, le pilote britannique a passé sa colère sur ses ingénieurs lors du briefing d’après qualifs. «Nous avons eu une réunion très dure, mais très productive », a commenté l’Autrichien. « C’est au cours de telles journées que nous apprenons le plus. Nous n’avons pas bien travaillé. Lewis n’avait pas assez de traction, ce qui est probablement lié à la température de ses pneus. On avait discuté de ce problème jeudi soir, et il souhaitait que nous prenions une direction différente pour les réglages. Mais on ne l’a pas fait, et voilà le résultat. On ne lui a pas fourni la voiture qu’il voulait, et il était évidemment mécontent.»

Honte sur la Formule 1

La F1 a essayé de faire avaler la couleuvre discrètement, par le biais d’un simple communiqué. Qui signalait le déplacement du Grand Prix de France (il est avancé d’une semaine) en même temps que la tenue de deux courses en Autriche.

Cette affaire est une honte, un manque de respect total pour les spectateurs. Le Grand Prix de France, sur le circuit du Castellet, avait vendu 15 000 billets à des fans qui avaient pris congé pour y assister, avaient réservé des hôtels, voir des billets de TGV et des voitures de location (car impossible d’accéder au Castellet autrement qu’en voiture).

Et voilà qu’on dit à ces gens que le week-end est avancé d’une semaine. Tant pis pour leurs congés, pour leurs hôtels et le reste. Le circuit va rembourser les billets, mais pas les autres préjudices.

Changement imposé

Eric Boullier, le patron du Grand Prix de France, a tout fait pour éviter ce changement, mais on le lui a imposé, en lui faisant remarquer que le contrat signé avec la F1 prévoit que c’est cette dernière qui fixe la date de la course.

Et tout ça pourquoi? Pour que les sept écuries anglaises ne doivent pas observer de quarantaine en rentrant du Grand Prix de Turquie, ce pays étant passé en liste rouge pour les Britanniques.

Ces écuries auraient dû s’organiser, et se répartir entre ceux qui allaient en Turquie et ceux qui n’y allaient pas, ou ceux qui se rendaient directement en France sans rentrer à la maison. Franchement, ça les ennuyait. Alors ils ont simplement décidé de déplacer le Grand Prix de France (soit dit en passant, ils n’auraient sûrement pas osé si ça avait été le Grand Prix d’Angleterre à Silverstone!)

Que Stefano Domenicali, le patron de Liberty Media (détenteur des droits commerciaux de la F1) et les responsables des écuries anglaises ne viennent plus nous dire que les fans sont leurs priorité, ou qu’ils se préoccupent des spectateurs. Il n’y a pas de mots assez durs pour dire à quel point cette histoire est un scandale, une honte et un manque de respect pour les spectateurs de la F1, qui sont pourtant sa raison d’être, la base sans laquelle le sport n’existerait même pas.

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