Actualisé 15.07.2020 à 14:10

Il avait 92 ans

Charles Ramu-Caccia, le vigneron-pilote, n’est plus

Personnalité du sport automobile romand, il est décédé lundi à Dardagny.

par
Jean-Claude Schertenleib
Casque impeccablement posé, chemise blanche et cravate, M. Ramu-Caccia avait une haute idée de l’élégance.

Casque impeccablement posé, chemise blanche et cravate, M. Ramu-Caccia avait une haute idée de l’élégance.

DR

C’était une époque différente. Meilleure? Les anciens ont tendance à le croire. En ces temps-là, on pouvait briller au plus haut sommet du sport automobile tout en ayant une activité professionnelle principale. On roulait pour le plaisir, on ne vivait pas encore à l’ère de la spécialisation à outrance. Ainsi, Charles Ramu-Caccia, vigneron à Dardagny, canton de Genève. À la fin des années 1950, il participe à ses premières courses. La voiture est une Sunbeam. Suivront les Alfa Romeo, la Giulietta, la Giulia, bientôt la fameuse Tubolare (en tubes) carrossée par Zagato. Puis la GTA. La semaine, il travaille au domaine, le week-end, il participe aux courses du Championnat de Suisse, à des épreuves du Championnat d’Europe de la montagne.

Le pilote dans ses œuvres, au volant d’un bolide siglé «Tribune de Genève», en 1971.

Le pilote dans ses œuvres, au volant d’un bolide siglé «Tribune de Genève», en 1971.

Président de la section genevoise de l’ACS, l’Automobile-Club de Suisse, le filleul de Charles Ramu-Caccia, René Desbaillets, raconte: «L’usine italienne promettait des CV à n’en plus finir mais, pour les clients extérieurs, c’étaient parfois des poneys. Une année, à Sierre-Montana, pour ne pas mettre en danger le titre européen d’Ignacio Giunti, Alfa Romeo avait demandé à ses pilotes qu’ils lèvent le pied; mon parrain ne l’entendait pas de cette oreille, il a multiplié les montées d’entraînement et il a battu tout le monde de 2 secondes!»

Chez Alfa Romeo, on aimerait bien s’attacher les services de ce brillant pilote, à l’heure où la marque milanaise développe sa fameuse 33, qu’elle va aligner dans les courses du Championnat du monde sport-prototypes, dont les 24 Heures du Mans. Mais Charles Ramu-Caccia est père de famille et propriétaire d’un domaine viticole, il refuse de faire le pas et promet à son épouse qu’il mettra un terme à sa carrière... une fois qu’il obtiendra un titre national.

Le champion en Alfa en 1965.

Le champion en Alfa en 1965.

Ce sera fait en 1971. L’École mécanique de Genève, sous la responsabilité du professeur Jean-Louis Burgnard, a dessiné et construit une jolie barquette de sport, prévue au départ pour être motorisée par un NSU 1300 cm3. Or, les règlements sportifs évoluant, cette classe de petite cylindrée est supprimée en championnat national et, face aux 1600 de la concurrence, le projet devient caduc. Oubliée pour toujours, celle qu’on a baptisée la Griffon? Non, car Charles Ramu-Caccia récupère moteur et boîte de vitesses d’une monoplace F3 que l’un de ses collègues a malencontreusement détruite. Sous les couleurs bleues de la «Tribune de Genève», la Griffon genevoise, pilotée par un Genevois, remporte le titre. Charles Ramu-Caccia tient sa promesse. Enfin, presque: on le verra encore longtemps, quelquefois l’an, au départ d’une course de côte au volant d’une spectaculaire Ford Escort, quand ce n’était pas en rallye, avec son copain Christen et une VW Scirocco.

Devenu commissaire sportif de l’ACS, il sera toujours de bon conseil pour les nouvelles générations. Lundi, à l’âge de 92 ans, il est parti rejoindre son épouse.

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