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Laura ChaplinCharlot jusqu'au bout des doigts

Dans son atelier de Vouvry, elle crée ses toiles. La petite fille de Charlie Chaplin a tous les dons.

par
Didier Dana
ATELIER Laura Chaplin dans son atelier de Vouvry où elle utilise ses doigts comme pinceaux pour interpréter Charlot.

ATELIER Laura Chaplin dans son atelier de Vouvry où elle utilise ses doigts comme pinceaux pour interpréter Charlot.

Lionel Flusin

De ses années de mannequinat pour Tommy Hilfiger dès l'âge de 13 ans, et la marque Seven Jeans 4 ans plus tard, Laura Chaplin a gardé une silhouette de rêve. La petite-fille de Charlot, 28 ans, affiche le sourire solaire de sa grand-mère, Oona. Quant à sa passion pour le vagabond au chapeau melon, elle l'exprime directement du bout de ses doigts, sans pinceaux. Il est, avec les chevaux et les nus féminins, sa première source d'inspiration. La cote des toiles de Laura atteint jusqu'à 30 000 euros. «Enfant, au manoir de Ban, je vendais déjà mes esquisses de Charlot aux visiteurs, 2 à 5 francs. J'ai toujours adoré le dessiner. Je peins entre 10 heures et 18 heures tous les jours.» L'artiste n'a pas été élevée dans le culte de son grand-père. «Pour nous c'était la norme, la famille. Je ne me rendais pas compte de l'ampleur de son œuvre. Mon père (ndlr: Eugène Chaplin) nous répondait à son sujet uniquement si nous lui posions des questions.»

Un musée au manoir de Ban

Il aura fallu attendre 16 ans pour que la curiosité prenne le dessus. «J'avais entrepris des études de cinéma. J'ai appris à connaître Charlie Chaplin en profondeur et j'ai pu mesurer qui il était, non pas juste autour de moi, mais dans le monde entier. Son parcours de vie est incroyable. Un frère enrôlé dans l'armée et une mère internée chez les fous. Il a travaillé dur pour s'en sortir et a dû apprendre à se débrouiller seul dès l'âge de 5 ans. De cette vie, il a fait une poésie.» Et un personnage universel. «L'an dernier, on a célébré les 100 ans de la création de Charlot. Il est toujours là à travers des dessins animés diffusés sur la chaîne Boomerang. Les enfants de 3 ans qui viennent à mes expos le connaissent par ce biais.» Cet héritage va perdurer grâce au musée qui se dressera au manoir de Ban, à Corsier-sur-Vevey. «C'est un lieu magique. Mon grand-père en était amoureux. Il a vécu là-bas ses années les plus heureuses. La maison restera intacte avec ses meubles. Une autre infrastructure va s'y ajouter: la «Time Machine». On y refera le parcours de sa vie.»

C'est au domaine de Ban que l'autre passion de Laura Chaplin est née, son amour des chevaux. «Ma grand-mère possédait trois poneys shetlands. Mon père me posait dessus lorsque j'étais bébé.» Avec eux, elle fera les 400 coups. «Je traversais le salon, je suis tombée dans la piscine, je me suis cassé un bras et un genou. C'était mes jouets. Un jour, mes parents m'ont suppliée d'arrêter.»

Si elle monte ses propres chevaux dès 7 h 30 tous les matins, Laura, qui se destinait à devenir vétérinaire, a bifurqué vers l'art. «J'ai fait des études artistiques à Londres. Revenue en Suisse, j'ai passé un diplôme de stylisme. Tout a démarré à 18 ans avec une première toile pour l'anniversaire de ma mère. J'attaque au crayon, puis petit à petit, avec la peinture, les sujets se dévoilent à moi dans un style naïf. Ça n'est pas réfléchi.» Chez les Chaplin, le cœur est décidément un puissant moteur.

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