Actualisé 12.06.2020 à 06:55

JuraChenilles urticantes: c'est l'invasion et ça fait peur!

Le combat contre les processionnaires est sans fin à Courrendlin. Au front, le maire craint le pire.

Dans une vidéo tournée au pied d'un chêne, au bien nommé chemin des Chênes à Courrendlin (JU), les commentaires sont alarmistes: «C'est juste de la science fiction!», entend-on devant la procession de chenilles urticantes en transhumance sur un tronc. Pour la deuxième année consécutive, c'est l'invasion, et ça fait peur!

L'été dernier, «lematin.ch» s'était gratté, gratté, gratté, la faute à un reportage effectué le 5 juillet. Le maire aussi s'était gratté, en soupçonnant injustement son chat de véhiculer des puces, à 300 mêtres des chênes: «On a commis l'erreur, ma femme et moi, de faire sécher nos draps au vent après les avoir régulièrement lavés, ce qui les a chargés de poils urticants», confie Joël Burkhard.

Cette année, l'intervention s'est déroulée un mois plus tôt, mais les chenilles aussi sont précoces, à la faveur d'une météo clémente. Une première intervention effectuée le 20 mai n'a pas porté ses fruits. Des chenilles, il y en a comme s'il en pleuvait: «En réalité, il en pleut! Cette chenille, elle est terrible! La situation n'est pas seulement exceptionnelle: elle est extra-exeptionnelle!», assène le spécialiste genevois appelé en renfort.

Méthode mécanique

Des phéromones ont été utilisés. Des prédateurs ont été sollicités. Las! La méthode humaine reste mécanique, mais elle s'est perfectionnée avec un changement de prestataire: l'aspirateur a remplacé le chalumeau. Un pesticide biologique a aussi été employé avec succès, sans risque pour les abeilles. Les chenilles ne sont plus brûlées sur place dans une vasque: elles sont transportées dans une station d'incinération.

Le comptage aussi a changé d'une année à l'autre: ce ne sont plus 13 kilos, mais 30 000 insectes qui sont dénombrés. Dans un quartier résidentiel en pleine expansion, la chenille gâche tout. L'an dernier, des enfants ont été hospitalisés après avoir inhalé des poils. «Les riverains sont confinés depuis deux ans», constate l'intervenant genevois.

De la folie

«C'était de la folie», résume le désinfestateur Patrick Sauvain, qui a payé de sa personne l'an dernier. Des collerettes ont été fixées sur les tronc pour récolter les chenilles, des maisonnettes ont été installées pour les mésanges dévoreuses de chenilles, mais rien n'y fait: «Une telle pullulation, c'est du jamais-vu», constate le maire Joël Burkhalter.

La nouveauté qui inquiète, alors que la chenille du chêne est répertoriée dans le Jura depuis 50 ans, c'est sa présence dans l'herbe. «J'ai vu des mues devant ma terrasse, mais il m'en faudra davantage pour déménager», dit un résident, chemise échancrée sur son torse.

On ne touche pas!

Le maire Joël Burkhalter donne rendez-vous en 2021 à ceux qui voudraient couper les sept chênes: «Ces arbres sont remarquables: on ne les touche pas! Mais si les chenilles reviennent l'an prochain, il n'y aura pas de tabou: ma priorité, c'est la santé publique!», dit-il

Pour cet élu, la parade passe par une task force fédérale. «En intervenant et en communiquant, on a fait tout ce qu'on pouvait», soupire Joël Burkhalter. Ce qu'il faut désormais selon lui, ce sont des états généraux, avec au final un protocole pour détecter et éliminer les chenilles.

«Il faut réunir tous les acteurs de cette lutte complexe et très coûteuse», plaide le maire de Courrendlin. Ce sera peut-être fait au mois d'août. Même si toutes les chenilles sont exterminées cette année, rien n'empêchera le vol des papillons l'an prochain...

Vincent Donzé

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