Actualisé 14.12.2018 à 04:51

Cherif Chekatt tué par la police, 48h après

Attentat de Strasbourg

L'auteur de l'attentat du marché de Noël à Strasbourg a été abattu par les policiers qui ripostaient à ses tirs jeudi soir.

La fin de deux jours de traque. Chérif Chekatt, l'auteur de l'attentat du marché de Noël à Strasbourg, a été tué par les forces de l'ordre jeudi soir, après avoir tiré sur des policiers qui tentaient de l'interpeller et qui ont riposté. Chérif Chekatt a été abattu dans le quartier du Neudorf, là où les forces de l'ordre avaient perdu sa trace après son équipée sanglante mardi soir.

«A 21H00, un équipage de la brigade spécialisée de terrain, composé de trois fonctionnaires de la police nationale, a aperçu un individu qui déambulait sur la voie publique au niveau du 74 de la rue du Lazaret. Cet individu correspondait au signalement de la personne recherchée depuis mardi soir», a indiqué le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, lors d'un point de presse à la préfecture du Bas-Rhin. Ils ont tenté de l'interpeller mais Chekatt s'est «retourné, faisant face aux fonctionnaires de police en tirant. Ils ont alors immédiatement riposté» et tué l'assaillant.

L'homme «faisait partie des soldats» du groupe Etat islamique, a affirmé peu après Amaq, son média de propagande, cité par le groupe de surveillance des réseaux extrémistes SITE. Le groupe Etat Islamique appelle régulièrement à viser les pays, dont la France, membres de la coalition internationale anti-jihadiste en Syrie et en Irak.

Le chef du parquet antiterroriste Rémy Heitz est en route pour Strasbourg mais les investigations réalisées dans la soirée ont déjà «permis d'identifier formellement» Cherif Chekatt, a annoncé le parquet de Paris. D'après une source policière, il était seul au moment où il a été abattu et se trouvait au pied d'un immeuble de ce quartier populaire et résidentiel.

Un très important dispositif de police était déployé jeudi soir et bloquait l'accès à la rue, a constaté un journaliste de l'AFP. «J'ai vu les voitures commencer à fermer la rue, des policiers cagoulés en train de courir (...). Ensuite, on a entendu des coups de feu, bim, bim bim , et voilà, quoi», a raconté Saïf, 40 ans, à l'AFP.

«Repéré»

Les forces de l'ordre ont été applaudies par les badauds, rassemblés au niveau du périmètre de sécurité. «Bravo !!!», ont lancé certains d'entre eux. Des appels et des témoignages ont été déterminants. Selon une source proche de l'enquête, une femme avait indiqué avoir vu dans l'après-midi un homme qui ressemblait au fugitif, blessé au bras.

Des traces de sang ont été trouvées, et des images vidéo ont permis aux policiers d'acquérir la certitude qu'il s'agissait du fugitif. Dans la soirée, le secteur est quadrillé et survolé par un hélicoptère équipé de caméras thermiques. Jusqu'à la dernière confrontation.

«Merci à l'ensemble des services mobilisés, policiers, gendarmes et militaires. Notre engagement contre le terrorisme est total», a tweeté Emmanuel Macron, qui selon l'Elysée a suivi «en temps réel les dernières évolutions».

«Le fait qu'il soit arrêté, oui c'est un soulagement (...) On ne se sentait pas vraiment trop en sécurité», a confié à l'AFP Arthur, 18 ans, un habitant du quartier du Neudorf. Plus de 700 membres des forces de l'ordre étaient à la recherche du tireur qui a tué trois personnes et en a blessé 13 mardi soir, au coeur du marché de Noël. Plusieurs opérations de police avaient déjà eu lieu au Neudorf, quartier du sud de Strasbourg où Chérif Chekatt, 29 ans, avait grandi.

Mardi soir, peu avant 20H00, il était entré dans le centre historique de la ville et avait ouvert le feu à plusieurs reprises sur les passants, et en avaient blessé d'autres au couteau. Des témoins l'avaient entendu crier «Allah Akbar».

Il avait ensuite échangé des tirs avec les forces de l'ordre et avait été blessé à un bras avant de réussir à s'enfuir à bord d'un taxi, à qui il avait raconté ce qu'il venait de faire. Un témoignage «fondamental» qui permettra de l'identifier rapidement, de placer cinq de ses proches en garde à vue et de perquisitionner leurs domiciles, précise une source proche.

«Fiché S»

Né à Strasbourg, Chérif Chekatt avait un passé judiciaire très lourd (27 condamnations en France, Allemagne et Suisse) et était fiché «S» («sûreté de l'État») pour sa radicalisation islamiste. A chacun de ses séjours en prison il avait été repéré pour son prosélytisme «parfois agressif» - il avait une affiche de Ben Laden dans une de ses cellules. Selon une source proche de l'enquête, il était suivi activement depuis sa sortie de prison, et ce jusqu'à mardi, sans que des velléités de passage à l'acte ne soient détectées.

Le jour de l'attaque, il devait être interpellé par les gendarmes dans le cadre d'une enquête de droit commun, mais avait échappé à cette arrestation. Mercredi soir, la police nationale avait lancé un appel à témoins pour retrouver cet «individu dangereux».

Parmi les blessés, trois personnes sont toujours entre la vie et la mort, et trois sont sorties de l'hôpital, a indiqué Christophe Castaner à la préfecture à Strasbourg, où il était arrivé jeudi en début de soirée. La vie a repris doucement à Strasbourg jeudi, où les écoles - fermées la veille - ont été rouvertes. Le ministre de l'Intérieur a annoncé que le marché de Noël, qui attire chaque année deux millions de touristes, rouvrira vendredi. Après cette attaque, le gouvernement a rehaussé à «urgence attentat», soit son niveau maximal, le plan national de lutte contre le terrorisme Vigipirate.

(AFP)

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