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SportChine - Des Jeux nationaux à l'esprit chahuté (MAGAZINE)

Par Neil CONNOR PEKIN, 12 sept 2013 (AFP) - Des nageuses qui se battent, un lutteur qui mord au sang son adversaire ou encore une équipe de rugby qui refuse de jouer pour protester contre l'arbitrage, les 12e Jeux nationaux chinois qui se sont achevés jeudi à Shenyang (nord-est), n'ont guère respecté l'esprit patriotique et amical de la compétition.

Tous les quatre ans, la Chine a "ses" jeux Olympiques, un rendez-vous sportif qui opposent les 33 provinces, municipalités et autres régions autonomes, auxquelles se joignent l'armée populaire, la police ou encore les pompiers. Comme pour les "vrais" JO, athlètes et officiels sont obnubilés par le classement des médailles. Ce classement est d'autant plus important lors des Jeux nationaux chinois qu'il peut avoir des répercussions sur l'enveloppe budgétaire allouée par Pékin à une province ou conduire au limogeage d'un responsable dont l'équipe aurait déçu. "L'odeur nauséabonde de l'argent s'étend sur les Jeux nationaux et c'est devenu la motivation première pour la participation des athlètes et de leurs entraîneurs", regrette Xi Jiandong, vice-président de l'université de Jiangxi, cité par le site d'informations sohu.com. On est bien loin de l'esprit voulu par les organisateurs de ces 12e Jeux qui avaient choisi comme slogan "La forme pour tous". Ainsi lors du 10 km en natation-eau vive, deux concurrentes se sont battues dans l'eau et n'ont pas pu terminer l'épreuve. En lutte, dans la catégorie des lourds, le combat entre le représentant de la province du Henan et celui de Mongolie intérieure a tourné au vulgaire combat de rue, le second mordant profondément son adversaire à un bras. Les soeurs Jiang en colère Mais les spectateurs des Jeux nationaux n'avaient encore rien vu: le tournoi du rugby à sept féminin allait leur offrir un spectacle encore plus désolant. Pour protester contre un arbitrage à ses yeux très partial, l'équipe de Pékin a décidé de refuser de disputer les dernières minutes de son match contre la province de Shandong. Les joueuses sont donc restées immobiles pendant que leurs adversaires empilaient les points pour finalement s'imposer 71 à 0. Autre sport à défrayer la chronique, la natation synchronisée: favorites après leur médaille d'argent lors des Championnats du monde 2013 à Barcelone cet été, Jiang Wenwen et Jiang Tingting ont dû se contenter de la 3e place. Les soeurs Jiang qui faisaient leur dernière apparition en compétition avant de prendre leur retraite, ont dénoncé l'attitude des juges. Elles ont boycotté la conférence de presse et ont fait part de leur colère sur les réseaux sociaux. "Nous devons remercier les juges pour nous avoir permis de terminer notre dernière compétition à la 3e place. Ce n'est pas facile d'être 3e en Chine après avoir été 2e mondiales", ont-elles regretté. Li Na retenue puis forfait Mais certains responsables d'équipe n'ont pas attendu la quinzaine des Jeux nationaux chinois pour faire parler d'eux et prendre des libertés avec les règlements. Les responsables de la province du Hubei ont inclu dans leur équipe féminine de tennis, Li Na, la 5e joueuse mondiale, alors qu'elle ne pouvait pas participer à l'épreuve en raison de l'US Open. Mais en incluant Li Na avant le tirage au sort et son forfait officiel, la province du Hubei a bénéficié du statut de tête de série et d'un parcours plus facile. "Ce qu'il s'est passé (lors des Jeux nationaux) illustre l'obsession pour les médailles de notre système sportif", a analysé Lu Yuanzhen, sociologue spécialisé dans le sport, cité par le journal China Daily. "Depuis plusieurs années, nous demandons un changement, mais les résultats dans les grandes compétitions restent le critère pour juger des réalisations des responsables sportifs, plutôt que leur politique de développement du sport de masse", a-t-il poursuivi. Joint par l'AFP, un responsable du comité d'organisation de ces 12e Jeux nationaux a assuré que les compétitions avaient été un succès, à peine terni, par exemple, par l'attitude de l'équipe de Pékin de rugby à sept. "Elles n'étaient pas contentes, mais ce n'est pas important de savoir qui termine premier ou deuxième", a-t-il indiqué en paraphrasant le slogan d'autres Jeux, olympiques ceux-là. nc/slb/pj/th/jr/jcp

(AFP)

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