Excuses: Christophe Darbellay confesse son infidélité
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ExcusesChristophe Darbellay confesse son infidélité

L’ex-président du PDC a dû tout avouer. Il a trompé sa femme et un enfant est né de l’adultère mardi dernier. Et si les retombées politiques n’étaient pas si négatives?

par
Alexandra Brutsch
A l’aise avec les médias, le Valaisan avait convié des photographes de presse à son mariage.

A l’aise avec les médias, le Valaisan avait convié des photographes de presse à son mariage.

Isabelle Favre

Jusqu’ici, il ne boudait pas son plaisir à exposer sa vie privée. En 2008, il avait même invité la presse à son mariage et glissait à L’Hebdo avoir «énormément profité du jeu avec les médias». Mais, en ce moment, il y a fort à parier que Christophe Darbellay préférerait être ailleurs que sous les projecteurs.

Le candidat au Conseil d’Etat valaisan vient pourtant de faire une révélation fracassante dans SonntagsBlick. En décembre dernier, alors qu’il siégeait encore au Palais fédéral, il a commis une «grave erreur»: une aventure extraconjugale d’une nuit. L’histoire, plutôt banale, aurait facilement pu passer à la trappe. Mais un enfant issu de l’adultère a vu le jour mardi, dans un hôpital de Berne.

Le grand déballage

Confronté à la presse, Christophe Darbellay a choisi d’avouer et de s’excuser: «Je regrette profondément mon comportement et j’ai demandé pardon à mon épouse et à ma famille.» Durant la grossesse, l’ex-conseiller national de 45 ans a gardé le secret, pour finir par tout confesser à son épouse la semaine dernière. Injoignable hier, il a également dit à l’hebdomadaire avoir reconnu l’enfant, qu’il entretiendra financièrement.

Pour le sociologue Sami Coll, ce déballage de l’intimité est inhabituel chez les politiciens suisses. «En général, leur vie privée est assez préservée, il y a clairement une différence de culture par rapport à l’Amérique du Nord. Mais politiquement, je crois qu’il a probablement fait le bon choix. Dévoiler soi-même ses erreurs, c’est une façon de reprendre le contrôle.»

Et à six mois des élections au Conseil d’Etat valaisan, celui qui a fait du Parti démocrate-chrétien, qu’il a présidé durant dix ans, le «parti de la famille» devra rapidement récupérer la maîtrise de son image. Mais du côté du parti, peu d’inquiétude. «Cette situation privée ne remet pas en question ses compétences, son bilan et son engagement politiques, affirme Serge Métrailler, président du PDC du Valais romand. Il devra certes regagner la confiance de certains électeurs, mais il n’y a aucune raison objective pour que cette situation l’empêche d’exercer la fonction de conseiller d’Etat.»

L’affaire sort alors que son épouse, Florence Carron Darbellay, s’engage elle aussi en politique. Elle briguera le siège de conseillère communale à Martigny-Combe à l’automne. Pour Sami Coll, pas sûr que cette affaire n’ait que des retombées négatives pour le couple: «Comme disait Andy Warhol, toute publicité est une bonne publicité. L’important, c’est de faire parler de soi.»

La vie privée, en parler ou pas

En Suisse, on n’y est pas encore très habitué. Ces derniers temps pourtant, les cas de déballage sur la place publique de la vie privée de politiciens se multiplient.

En 2014, Geri Müller, maire de Baden (AG) et encore alors conseiller national Vert, s’était photographié nu à son bureau municipal et avait envoyé les clichés à une partenaire de tchat qui avait tenté d’exploiter l’affaire, révélée dans la presse.

Le mari de la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga, l’écrivain bernois Lukas Hartmann, confessait il y a un mois dans un magazine qu’il ne vivait plus avec son épouse la semaine et que le couple ne se retrouvait que les week-ends.

Et voilà qu’on apprend que le Valaisan Christophe Darbellay, ex-président du PDC, parti autoproclamé de la famille, ancien conseiller national et candidat l’an prochain au Conseil d’Etat valaisan, vient d’être papa pour la quatrième fois, d’un bébé issu d’une relation adultérine.

Pas question de juger ces histoires de vie. Mais le fait qu’elles sortent au grand jour interpelle. Doit-on le savoir? Où s’arrête la sphère privée d’un personnage public, élu du peuple et incarnant ainsi des valeurs et une forme de dignité? Chaque cas doit être pesé. L’incohérence avec des idéaux peut être un argument. L’incidence sur la fonction aussi. La propension de l’intéressé à avoir étalé précédemment tout ou partie de son univers intime également, car gare à l’effet boomerang. A l’heure des réseaux sociaux, celui qui veut préserver son petit monde a intérêt à se blinder avec rigueur. Et s’il y a révélation d’un écart à la morale commune, mieux vaut l’assumer et s’en expliquer. C’est aussi cette sincérité qu’on retiendra.

Grégoire Nappey, rédacteur en chef

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