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InterviewChristophe Rocancourt: «Ma vie d'escroc est finie»

Il se défend dans un livre alors que le film «Abus de faiblesse» rappelle ses déboires judiciaires avec Catherine Breillat.

par
Trinidad Barleycorn
Corbis

Il est interdit de séjour en Suisse, dit avoir engrangé plus de 30 millions de francs grâce à ses arnaques et a passé, en tout, douze ans de sa vie en prison. Mais Christophe Rocancourt, 46 ans, a changé, assure-t-il au bout du fil d'une voix rocailleuse qui en impose. Dans son cinquième livre, «Je plaide coupable», il se dit rangé des voitures. Mais refuse d'endosser une quelconque responsabilité dans l'affaire d'abus de faiblesse sur la réalisatrice hémiplégique Catherine Breillat. Qui lui a valu d'être condamné en 2012 à 16 mois de prison dont 8 ferme. En sursis, il sait sa liberté fragile. Mais celui qui se faisait passer pour un Rockefeller, qui a côtoyé Al Pacino et Mickey Rourke, a décidé de crier sa version dans ce livre incendiaire, sorti le jour de la présentation du film «Abus de faiblesse» de Breillat au Festival de Toronto.

Vous faites votre mea culpa mais niez avoir profité de la faiblesse de Catherine Breillat.

Je n'ai jamais abusé d'elle pour obtenir l'argent qu'elle m'a versé (ndlr: 1 million de francs en tout). Il s'agissait d'une avance sur le tournage de «Bad Love». Qui ne s'est finalement jamais fait. Je veux seulement rétablir la vérité. D'ailleurs, les bénéfices de mon livre seront reversés aux Restos du Cœur. Je ne vise pas à m'enrichir avec cette affaire. Contrairement à Catherine Breillat qui en a fait un livre et un film.

Dans votre livre, vous avez des mots très durs envers elle, votre ex Sonia Rolland ou Michel Polnareff, entre autres. Vous ne craignez pas un procès en diffamation?

Cela viendra, mais je n'ai pas peur. Mes mots sont justes. Sonia Rolland, mère de ma fille de 6 ans, Tess, a aidé Breillat à m'envoyer en prison, se fichant du mal qu'elle faisait à notre fille. Cette femme n'a aucune importance pour moi. Elle n'a aucune dimension, elle n'est que dans la vanité, les paillettes, les tapis rouges. Je ne respecte que les gens qui ont une âme.

Enfant, vous avez été abandonné sur un parking par votre mère prostituée. Votre père alcoolique vous a alors placé, avec votre sœur, en orphelinat. Vous lui avez pardonné pourtant.

Oui, j'ai d'ailleurs dédié ce livre à mon père décédé. Il a essayé de faire au mieux avec ce qu'il avait. On ne peut pas en vouloir à celui qui fait de son mieux. Il luttait contre ses démons mais venait souvent me voir.

Et votre mère?

Je ne l'ai jamais revue et ne le souhaite pas. J'ignore si elle est en vie. Je ne veux pas le savoir.

Vous dites «avoir guéri de cette enfance en enfantant»?

Mes enfants sont mon unique accomplissement. L'adrénaline que me procurait ma vie d'escroc, c'est eux qui me la donnent aujourd'hui. Je ne leur mens pas sur mon passé. Mon fils Zeus, 17 ans, vit à New York, tout comme Bjorn Eva, 20 ans. Mes trois enfants ont tissé des liens alors qu'ils sont nés de mères différentes.

Comment avez-vous débuté votre carrière d'escroc?

A 18 ans, j'ai vendu un immeuble qui ne m'appartenait pas. J'ai gagné 500 000 francs français. Ce n'était pas grand-chose. J'aurais mieux fait d'en vendre un en Suisse! (Rires)

Justement vous avez fait 7 mois de préventive à Genève en 1991 pour le casse de la bijouterie Bucherer.

Oui, et je suis interdit de territoire à vie chez vous! C'est incroyable car je n'ai jamais été condamné. Le juge avait abandonné les charges. J'étais innocent. Je regrette de ne pas pouvoir revenir en Suisse. J'aime beaucoup votre pays. Les gens y sont plus posés, plus sympas qu'à Paris. Cela dit, personne ne m'empêchera de venir si je le souhaite.

La même année, soupçonné d'autres arnaques, vous fuyez aux USA.

J'étais en cavale en Allemagne. J'embarque sur le premier vol pour Los Angeles avec 4000 Deutsche Mark en poche. J'ai 23 ans, je ne parle pas anglais, je dors dans des motels. Ce n'est pas encore la grande vie. Puis les choses s'enchaînent et un jour, on va aux Oscars, on est ami avec Mickey Rourke et l'argent coule à flots.

En 10 ans, vous usurpez plusieurs identités et volez 35 millions. Où est l'argent?

Disons qu'il s'est… évaporé! Car je ne veux pas vous mentir. J'ai payé ma dette en étant incarcéré à Brooklyn de 2001 à 2006. Je dois encore 1 million mais c'est une dette fictive pour moi, vu que c'est aux Etats-Unis. Aujourd'hui, je vis chez moi en Normandie, grâce à l'argent de mes précédents livres, on va dire.

Vous avez retrouvé l'amour?

Je vis avec Alexandra Mallet, une jeune femme de bonne famille que j'ai rencontrée il y a 2 ans et demi.

Elle n'a pas été effrayée par votre passé?

Non. Pourquoi aurait-elle peur? Je vous fais peur à vous?

Votre côté bad boy et votre bagou plaisent aux femmes?

Je pense plutôt que je plais parce que je suis très moche (rires). Enfin, il faudrait leur demander.

Votre vie, qui devait être portée à l'écran, rappelle celle de Frank Abagnale, interprété par Leonardo DiCaprio.

Sauf que je ne travaillerai jamais pour la police comme lui. Je ne suis pas un délateur. J'ai des principes.

Lesquels?

Je suis très croyant. La Bible m'a empêché de commettre des actes plus graves. J'ai une certaine morale même si elle n'est pas totale…

Dans la Bible il est dit «Tu ne voleras point» pourtant.

Mais aussi «Ne jugez point». J'ai plein de défauts. Je ne suis pas fier de mes actes. J'étais juste épris de liberté et j'ai voulu me donner les moyens de la vivre.

Ce qui vous a valu d'en être privé durant 12 ans en tout.

C'est vrai. C'est un échec total. Mais je n'ai aucun regret.

On a parfois l'impression que vous enjolivez un peu votre histoire, non?

Non. Mentir m'était utile pour escroquer. Je portais un masque en permanence. Je l'ai perdu en prison aux USA. Ma vie d'escroc est terminée depuis 13 ans déjà.

Vous devez pourtant rembourser 715 000 francs à Catherine Breillat…

J'ai dit que je rendrai 25 francs par mois sur 2000 ans. Là, je suis généreux, j'en rembourse 50 (rires).

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