21.08.2020 à 15:59

CinémaChristopher Nolan: «Je réfléchis à «Tenet» depuis des décennies»

On l’attend, tel le Messie, pour sauver le cinéma. Dans le prodigieux «Tenet», qui sort mercredi 26 août, le cinéaste anglais ne marche pas sur l’eau mais il manipule le temps de façon inouïe et inédite.

par
Miguel Cid, Londres
«Nous avons passé beaucoup de temps à préparer ces chorégraphies élaborées avec les cascadeurs ainsi que quelques danseurs», confie Christopher Nolan, ici avec John David Washington.

«Nous avons passé beaucoup de temps à préparer ces chorégraphies élaborées avec les cascadeurs ainsi que quelques danseurs», confie Christopher Nolan, ici avec John David Washington.

Warner Bros. / Melinda Sue Gordon


Un espion (John David Washington) tente de sauver le monde d’un terrifiant marchand d’armes russe (Kenneth Branagh, génial dans un rôle à contre-emploi) qui a mis la main sur une technologie du futur rendant possible la réversibilité du temps. Nommé le Protagoniste, notre héros s’efforce en même temps de venir en aide à la femme terrorisée de l’odieux méchant, le tout flanqué d’un acolyte louche (Robert Pattinson). Voilà pour le résumé de l’intrigue, sans spoiler.

Ce qu’il faut surtout savoir, c’est que «Tenet» (sortie en salle le 26 août) est un trip, un film halluciné et hallucinant qui nous fait découvrir des scènes d’action inédites se déroulant parallèlement dans différentes dimensions temporelles. On est scotché devant ces bagarres à deux temps et courses-poursuites en miroir qui défient la logique. Et tant pis s’il faudrait presque un doctorat en physique pour comprendre ce qui se passe. «Tenet» est le genre de film qu’il faut retourner voir plusieurs fois.

Christopher Nolan nous a fait quelques confidences lors d’un junket virtuel.

Depuis combien de temps l’idée du film mijotait-elle dans votre tête?

J’ai réfléchi à certaines images et certains mécanismes dans le film depuis longtemps, des décennies en fait. Et ceux qui connaissent mes premières œuvres reconnaîtront certaines idées, comme la balle qui sort du mur et revient dans le revolver. C’est quelque chose que j’ai employé en guise de métaphore dans «Memento» (sorti il y a vingt ans). Mais dans «Tenet» nous essayons de rendre cette idée concrète, réelle. Ce scénario particulier et l’idée de se servir d’un film d’espionnage pour emmener les spectateurs dans cette odyssée à travers tous ces concepts bizarres du temps, j’y travaille depuis peut-être six ou sept ans.

Quels philosophes ou courants de pensée vous ont influencé dans l’écriture du scénario?

Oh mon Dieu, pour être tout à fait honnête, de bien plus grands esprits que le mien ont exploré ces idées depuis très longtemps. Je m’inspire en fait beaucoup de choses visuelles, de l’œuvre de M. C. Escher, comme ces reproductions fantastiques de L’escalier de Penrose (ndlr.: un objet impossible, c’est-à-dire une illusion optique, imaginé en 1958 par le généticien britannique Lionel Penrose et son fils, qui a figuré dans «Inception»). J’ai tendance à réfléchir sous la forme de diagrammes lorsque j’écris et j’essaie de concevoir les directions du temps et comment elles pourraient se plier les unes dans les autres. Je considère Escher comme une influence majeure sur le scénario.

La bande-annonce de «Tenet», de Christopher Nolan

Warner Bros.

En termes d’action, «Tenet» présente des scènes de combat inédites à l’écran, comme celle où le héros se bagarre alors que le temps avance et son adversaire tandis que le temps recule. Comment avez-vous chorégraphié une telle séquence?

Je vais faire attention à ce que je dis pour les spectateurs qui n’ont pas encore vu le film. Les complexités des scènes de combat avec ce concept de réversibilité du temps allaient clairement jouer un rôle important dans l’histoire. Je me suis donc mis très tôt au travail avec l’équipe des cascadeurs et nous avons considéré plein de mouvements différents et comment ils pouvaient être manipulés à travers le temps. Nous avons passé beaucoup de temps à préparer ces chorégraphies élaborées avec les cascadeurs ainsi que quelques danseurs. Nous avons accordé beaucoup d’attention et de soin à ça parce que l’aspect physique du film est très important. Le Protagoniste est un personnage très physique.

Quel est votre film d’espionnage préféré?

Le premier film de James Bond que je me souviens avoir vu au cinéma était «L’espion qui m’aimait» avec Roger Moore. C’est toujours mon préféré. J’essaie de ne pas le revoir trop souvent mais, quand je l’ai regardé dernièrement et montré à mes gosses par exemple, j’ai ressenti la même chose que la première fois. J’avais 7 ans quand je l’ai découvert. J’étais allé au cinéma avec mon père et ce que j’ai retenu de cette expérience ce sont les possibilités qu’elle offrait. On pouvait sauter à travers l’écran et aller n’importe où dans le monde et voir des choses merveilleuses. C’était de l’évasion pure, avec aussi une excellente composante de fantastique avec la voiture qui se transforme en sous-marin. J’ai passé une bonne partie de ma carrière à essayer de retrouver ce sentiment d’émerveillement et à le transmettre aux spectateurs.

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2 commentaires
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Joseph Dresselhaus

21.08.2020 à 16:23

Ce monsieur est un visionnaire comme on en voit trop peux.