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CriseChypre à la recherche d'un soutien russe

Le ministre chypriote des finances Michalis Sarris tente d'obtenir à Moscou un nouveau soutien, au lendemain du rejet par le parlement de l'île du plan de sauvetage européen qui a provoqué la colère des Russes.

Le ministre chypriote des finances Michalis Sarris est à Moscou.

Le ministre chypriote des finances Michalis Sarris est à Moscou.

AFP

Arrivé mardi soir à Moscou, Michalis Sarris a entamé mercredi matin des entretiens avec son homologue russe Anton Silouanov.

"Nous avons bien commencé. Nous avons eu une discussion très bonne, honnête et ouverte", a déclaré le ministre chypriote à la presse à l'issue d'une première rencontre, précisant que les négociations devaient se poursuivre dans la journée.

Michalis Sarris devait poursuivre les discussions avec le Premier vice-Premier ministre Igor Chouvalov.

Le ministre chypriote vient demander une extension du crédit de 2,5 milliards d'euros accordé par la Russie à Nicosie en 2011, que Chypre doit finir de rembourser en 2016, afin d'obtenir une bouffée d'air frais alors que l'île se trouve en pleine tourmente financière.

Le Parlement chypriote a rejeté mardi le plan d'aide proposé par les bailleurs de fonds (Bruxelles et Fonds monétaire international), qui comprend une taxe sans précédent sur les dépôts bancaires.

Fortunes russes mises à contribution

Ce prélèvement exceptionnel, de 9,9% sur les dépôts dépassant 100'000 euros, mettrait notamment à contribution les fortunes russes placées sur l'île en raison de son régime fiscal très favorable.

Les experts estiment les pertes subies par les Russes à environ deux à trois milliards d'euros.

Cette mesure a provoqué la colère de Moscou, le président Vladimir Poutine la qualifiant d'"injuste" et de "dangereuse".

Vladimir Poutine s'est entretenu au téléphone mardi soir avec le président chypriote Nicos Anastasiades et lui a rappelé sa "préoccupation" concernant toute mesure pouvant constituer "un préjudice pour les intérêts russes" sur l'île.

La veille, la chancelière allemande Angela Merkel avait demandé au chef de l'Etat chypriote de négocier exclusivement avec la troïka UE, FMI et Banque centrale européenne.

Prêt à un assouplissement

Le gouvernement russe a répété a plusieurs reprises ces derniers mois qu'il était prêt à un assouplissement des conditions du prêt accordé à Nicosie, préférant cette option à une nouvelle aide.

Mais après l'annonce du plan de sauvetage européen, Anton Silouanov, critiquant un projet mis sur pied sans concertation, a menacé de revenir sur cette proposition.

Le ministère chypriote des Finances a indiqué pour sa part vouloir aller "au delà de la prolongation du prêt" et sonder "un potentiel intérêt pour de nouveaux investissements".

Selon le journal Vedomosti, qui cite une source proche du Kremlin, les Chypriotes devaient proposer à Moscou des achats d'actifs sur l'île en échange d'argent frais.

Le journal affirmait mardi que la banque russe Gazprombank, détenue à 41% par le géant public gazier Gazprom, avait proposé à Nicosie une aide financière en échange de licences de production de gaz naturel au large des côtes méridionales de l'île.

Le montant des avoirs russes à Chypre varie fortement selon les estimations mais l'agence Moody's les évalue en tout à 31 milliards de dollars. Cela représente plus du tiers de tous les dépôts bancaires sur l'île, qui conteste son image de lessiveuse d'argent sale.

La banque semi-publique russe VTB, qui dispose d'une filiale à Chypre, a estimé qu'elle pourrait perdre au maximum "quelques dizaines de millions d'euros" et a assuré qu'elle ferait "tout pour défendre" ses clients.

En tout, les économistes de la banque publique russe Sberbank estiment que les pertes subies par les Russes représentent environ 40% des 5,8 milliards d'euros que doit rapporter la taxe bancaire en plus d'une aide internationale de 10 milliards d'euros.

Le milliardaire et candidat à l'élection présidentielle de 2012 Mikhaïl Prokhorov fustige mercredi dans une tribune dans le journal Vedomosti "une expropriation". Il a appelé Chypre à considérer la Russie comme un partenaire au même niveau que l'UE pour sortir de la crise.

(AFP)

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