Tennis - Cinq bonnes raisons de monter à Gstaad
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TennisCinq bonnes raisons de monter à Gstaad

Ce vendredi, jour de quarts de finale, s’annonce radieux au Swiss Open. Voilà pourquoi on vous conseille l’excursion dans l’Oberland.

par
Mathieu Aeschmann
(Gstaad)
Titré à Genève, Casper Ruud se sent à l’aide dans l’Oberland et peut rêver du doublé sur terre helvétique.

Titré à Genève, Casper Ruud se sent à l’aide dans l’Oberland et peut rêver du doublé sur terre helvétique.

Swiss Open Gstaad/Christian Collet

Le coup droit de Casper Ruud

Puisque Denis Shapovalov a trouvé le moyen de laisser échapper un match «tout cuit», jeudi soir contre le Tchèque Vit Kopriva (6-2, 3-6, 2-6), le voyageur de ce vendredi devra trouver un autre objet d’étude technique. Il aurait bon goût de s’attarder sur la fluidité du revers de Benoît Paire ou sur la science des appuis du Serbe Laslo Djere. Mais tant qu’à choisir, on lui conseille de bien observer le coup droit de Casper Ruud. Une frappe d’une propreté et d’une efficacité assez bluffantes.

Casper Ruud ne perd jamais son équilibre côté coup droit.

Casper Ruud ne perd jamais son équilibre côté coup droit.

SWISS OPEN GSTAAD/Mathias Schulz

À 22 ans, le Norvégien exilé à la «Rafa Nadal Academy» n’en finit pas de faire avancer son tennis et son classement (ATP 14, 10e à la Race). Et même si, globalement, son jeu n’est pas le plus flamboyant du circuit, le bonhomme envoie du très lourd côté coup droit. En défense, en décalage, en extension, peu importent ses appuis, Casper Ruud parvient toujours à faire passer sa raquette par le même chemin (expression chère à Riccardo Piatti). Une assurance qui dit toute sa maîtrise technique et se traduit par la variété des trajectoires et des zones touchées avec cet atout maître. Jusqu’où ce coup droit magnifique peut-il amener le Norvégien? Jusqu’au titre à Gstaad? Assurément. Jusqu’au Masters de Turin? «J’y pense. Et si ce n’est pas cette année, ce sera peut-être pour plus tard. Mais je suis en bonne position et j’ai appris que, dans le tennis, il faut saisir les chances quand elles se présentent.»

L’art de vivre libre

Après sa victoire contre l’Autrichien Novak, jeudi, Casper Ruud louait les mérites du relâchement sanitaire décrété par l’ATP depuis quinze jours. «S’installer sur une terrasse aide à couper un peu avec le monde du tennis, appréciait le Norvégien. C’est bon pour la tête». Un vent de liberté qui vaut également pour le public et représente sans doute l’argument massue pour une petite course d’école dans le Saanen. À la présentation d’un Certificat Covid (ou d’un test négatif), le Swiss Open de Gstaad vous ouvre en effet les portes d’un voyage dans le temps.

Dans le village qui entoure la Roy Emerson Arena, raclette et rosé donnent bon teint à une foule joyeuse de se retrouver sans masque. Une fois dans le stade, la jauge de spectateurs réduite transforme les gradins en une cocotte bien remplie. Jeudi à 13h30, il était même impossible de rejoindre le court No 1, plein comme un œuf et bruyant comme un stade de foot (grâce à un quintet bernois déchaîné), pour soutenir la paire Stricker-Hüsler (lire plus bas). «Ça fait plaisir de voir autant de gens heureux, apprécie le directeur du tournoi Jeff Collet. Ils sont la preuve que si l’on veut que la vie reprenne, il faut se faire vacciner.»

Benoît Paire retrouvé

Après des mois de déprime, Benoît Paire avait redonné signe de vie à Madrid, pile pour le retour du public. Et maintenant que l’ATP relâche son protocole sanitaire, le Français retrouve tout naturellement le chemin de la victoire. Quart de finaliste à Hambourg la semaine dernière, «Ben» affronte Casper Ruud, ce vendredi, dans ce qui sera le «match pop-corn» de la journée. Et même si l’abandon de Tallon Griekspoor, jeudi, nous a empêchés de vraiment jauger sa résistance, il y a des signes qui ne trompent pas.

C’est simple, Benoît Paire a remis sa formidable main au service du jeu. Il ne tente plus pour se débarrasser de la balle ou fuir le combat mais bien pour imposer sa créativité. Saura-t-elle embrouiller le sérieux du métronome norvégien? «J’ai la bonne attitude, celle qui te permet de gagner les points importants», prévient celui qui vient de soulever le trophée à Bastad. Soit. Mais dans son genre, Benoît Paire aussi a retrouvé la bonne attitude, porté par un infatigable kop qui n’hésite pas à revisiter la Marseillaise et de multiples standards pour porter son chouchou vers les sommets.

Gstaad, terre de double AOC

C’est une tradition qui passe souvent sous les radars: le Swiss Open est une terre miraculeuse pour les doubles suisses. Ainsi les frères Günthardt – Heinz et Markus – s’y sont imposés deux fois (1981 et 1984). Plus proches de nous et plus surprenant, Marco Chiudinelli et Michael Lammer ont triomphé en 2009. Quant aux paires 100% helvétiques battues en finale, elles sont nombreuses: Rosset-Wawrinka (2004), Chiudinelli-Scherrer (2006), Wawrinka-Bohli (2008). Un palmarès auquel il faut ajouter Roger Federer et Marc Rosset titrés en compagnie de Marat Safin (2001) et Cédric Pioline (1993).

Dominic Stricker et Marc-Andrea Huesler en action.

Dominic Stricker et Marc-Andrea Huesler en action.

SWISS OPEN GSTAAD/Mathias Schulz

Pourquoi ce petit coup d’œil dans le rétroviseur? Tout simplement parce que deux paires suisses, invitées, sont au rendez-vous des demi-finales. En fin de journée, Leandro Riedi et Jakub Paul seront les premiers à tenter de s’approcher du titre contre le duo polonais Walkow-Zielinski. Mais c’est samedi que les chances suisses seront les plus grandes avec Hüsler et Stricker (face à Paire-Riderknech quand même). Jeudi dans l’ambiance surchauffée du petit court No 1, la paire alémanique a dégoûté les Argentins Delbonis-Duran. Gros service, retours agressifs, les deux Suisses connaissent leurs fondamentaux et ne se posent pas de question. Severin Lüthi devrait en faire autant en Coupe Davis, mi-septembre contre l’Estonie. Avec Hüsler-Stricker, la Suisse tient une paire de double qui a de l’avenir.

L’altitude, c’est mieux en vrai

C’est un fait, on ne joue pas au tennis tout à fait de la même manière à 1050 mètres l’altitude. La balle traverse un peu plus vite l’air, elle vole davantage. Et même si les joueurs ont tous augmenté la tension de leur raquette de quelques kilos puis enchaîné quelques heures d’entraînement, rien n’est jamais simple quand on prend soudain de la hauteur. Même l’expérimenté Feliciano Lopez, 40 ans dans deux mois et titré dans l’Oberland en 2006, a maugréé pendant un set contre ses slices qui lui échappaient.

Portant habitué des lieux, Feliciano Lopez a souffert de l’altitude jeudi face au Suédois Ymer. 

Portant habitué des lieux, Feliciano Lopez a souffert de l’altitude jeudi face au Suédois Ymer.

Swiss Open Gstaad/Christian Collet

Défi pour les joueurs, l’altitude réduit aussi considérablement les échanges, donnant un gros avantage au serveur s’il sait utiliser cette arme (Arthur Rinderknech semble avoir tout compris). Devant son écran, le téléspectateur peut alors parfois trouver le temps long face à ce tennis sur terre battue aux séquences aussi courte que le gazon, volée en moins. La solution? Venir sur place, au plus près du terrain, là où la vitesse de la balle portée par l’altitude devient impressionnante. Jeudi soir, le rebond de la deuxième balle de Denis Shapovalov semblait ainsi vouloir filer jusqu’au sommet du Gummfluh. Obstiné à vouloir frapper le plus fort possible, le Canadien ne sembla pourtant pas se rendre compte que sa seconde balle liftée était rendue bien plus gênante que la première par l’altitude. Il en perdit la tête et le match. Un spectacle qui prenait tout son sens en bord de court.

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