Hockey sur glace: Cinq (bonnes) raisons pour lesquelles Berne doit appeler Chris McSorley
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Hockey sur glaceCinq (bonnes) raisons pour lesquelles Berne doit appeler Chris McSorley

Non-qualifié pour les playoff 2019-2020, dernier en fin d’année et giflé par Lausanne pour son premier match de 2021 (7-1): le bilan de Berne lors des douze derniers mois est catastrophique. L’ancien homme fort des Vernets est-il la solution?

par
Grégory Beaud
Après avoir vidé son bureau des Vernets, Chris McSorley va-t-il en trouver un autre, dans la capitale?

Après avoir vidé son bureau des Vernets, Chris McSorley va-t-il en trouver un autre, dans la capitale?

Photo Laurent Crottet/Le Matin Dimanche

Pour retrouver deux saisons consécutives du puissant CP Berne sans accession aux playoff, il faut remonter à la fin des années 80. Depuis? Les Ours n’ont manqué les séries éliminatoires qu’à deux reprises. C’était en 2014 et 2019. Après l’échec de 2014, le club de la capitale avait réagi en remportant deux des trois titres suivants. Cette année, par contre, cela ne semble pas aussi bien parti puisque l’équipe de la PostFinance Arena est tout simplement dernière au classement avec 16 points en 18 matches.

Berne compte aujourd’hui 14 (!) points de retard sur la sixième place qualificative directement pour les séries éliminatoires. Samedi, Simon Moser & Cie ont été inexistants face à Lausanne (7-1) et Mario Kogler, intérimaire après le départ de Don Nachbaur, semble incapable de gérer une équipe de National League. Malgré le coronavirus et les problèmes financiers, un changement semble désormais inéluctable. Si le poste de directrice sportive occupé par Florence Schelling paraît hors de danger, le club semble mûr pour se restructurer massivement. Et si la réponse aux nombreuses questions que se posent les Bernois était Chris McSorley? L’Ontarien pourrait-il porter deux casquettes, celle de responsable du domaine sportif et entraîneur? Voici en tout cas cinq raisons qui nous poussent à le croire.

1. Il saura gérer la pression

Tout au long de ses années genevoises, Chris McSorley a joué le rôle du paratonnerre pour laisser ses joueurs travailler au calme. Combien de fois a-t-il fait «le clown» devant les caméras pour attirer toute la lumière? Certes, l’homme aime ça. Mais la part de stratégie derrière ses gesticulations était évidente. Le calme qu’il arrivait à générer lui a permis de ne vivre quasi aucune crise durant sa quinzaine de saisons de règne aux Vernets. Cette capacité à gérer les émotions est un élément capital à Berne où le poste de coach est le plus exposé du pays. Qui se souvient encore du nom de l’entraîneur qui a débuté la saison sur le banc de la PostFinance Arena? Don Nachbaur n’avait pas les épaules pour un tel job. Chris McSorley, oui.

2. Une solide connaissance du marché

Depuis son arrivée en Suisse au début des années 2000, «McSo» a fréquemment flairé les bons coups en engageant tour à tour des binationaux sortis de son chapeau (Cody Almond, Dan Fritsche, Daniel Vukovic etc) ou des étrangers dominants (Juraj Kolnik, Matthew Lombardi, Matt D’Agostini, Henrik Tömmernes, etc…). Cette connaissance du marché lui a permis de régater avec les grosses cylindrées à moindre coût, même si, ne soyons pas dupes, Genève n’avait pas le plus petit budget de la ligue non plus.

Néophyte à son poste, Florence Schelling pourrait bénéficier de l’arrivée de Chris McSorley dans l’organigramme.

Néophyte à son poste, Florence Schelling pourrait bénéficier de l’arrivée de Chris McSorley dans l’organigramme.

Tamedia AG

A Berne, le poste de directeur sportif a été confié à Florence Schelling au printemps dernier. Catapultée à cette position en n’ayant aucune expérience, l’ancienne gardienne de l’équipe de Suisse féminine n’est pas responsable de l’équipe qui patine actuellement à l’envers soir après soir. Son prédécesseur, Alex Chatelain, l’a majoritairement construite. Par contre, elle va devoir tirer le CP Berne hors du bourbier dans lequel il est actuellement fourré. Sans aucun background, elle bénéficierait grandement de l’appui de Chris McSorley pour remettre l’organisation sur de bons rails.

3. L’exemple fribourgeois

Pour que le greffe prenne, Berne doit surtout garantir à Chris McSorley une position dominante. Le rôle de pompier est rarement un gage d’adhésion du vestiaire au-delà du choc psychologique à court terme. Pour que l’Ontarien débarque et ait les moyens d’apporter quelque chose, il lui faut les pleins pouvoirs tant techniques que stratégiques. Il a toujours fonctionné ainsi.

Christian Dubé a changé le visage de FR Gottéron en prenant la double casquette.

Christian Dubé a changé le visage de FR Gottéron en prenant la double casquette.

Urs Lindt/freshfocus

Si Marc Lüthi veut se convaincre que la solution est la bonne, il n’a qu’à lancer un coup de fil à son ancien joueur, Christian Dubé. Il y a 14 mois, le directeur sportif de FR Gottéron a licencié le coach Mark French et a pris la destinée de l’équipe. Depuis, les Dragons ont à nouveau donné signe de vie. Avec la présence à la bande d’un leader à qui l’on a donné la confiance totale, le club fribourgeois va à nouveau de l’avant. Si Chris McSorley veut avoir une chance de faire remonter la pente au SCB, il lui faudra l’adhésion de ses joueurs. Et cette adhésion ne passera que par une autorité totale.

4. La constance genevoise

En seize saisons à la tête de GE Servette, Chris McSorley a participé quatorze fois aux playoff avec les Aigles. Un bilan digne d’une des meilleures équipes du pays. Rares sont les entraîneurs à avoir duré aussi longtemps et avec autant de succès. Seul Arno Del Curto peut prétendre avoir fait mieux avec plus de deux décennies à la bande du HC Davos et une ribambelle de titres.

La constance, c’est justement ce qui manque actuellement cruellement au CP Berne. Sur le papier, l’effectif n’est pas digne d’une 12e et dernière place. Bien que vieillissante, l’équipe est toujours, faut-il le rappeler, tenante du titre même si ce sacre peut paraître bien lointain aujourd’hui. Avec des individualités telles que Simon Moser, Tristan Scherwey, Thomas Rüfenacht, Calle Andersson ou Vincent Praplan, le talent est suffisant afin d’espérer une suite de saison moins chaotique. Et c’est bien là le point central. Chris McSorley est suffisamment malin pour ne pas accepter n’importe quelle place. Berne est l’adresse la plus prestigieuse du pays avec, en temps normal, des moyens suffisants pour être ambitieux. C’est uniquement pour une telle position qu’il pourrait sortir de son placard doré.

5. Le timing est excellent

Marc Lüthi occupe le poste de CEO du CP Berne depuis 1998. Le puissant dirigeant a mené son club de succès en succès en réalisant un one-man show bien huilé. Après 22 ans de pouvoir, est-il prêt à partager un peu son jouet? Tant que les Ours alignaient les titres, l’heure n’était pas à la remise en question. Cette crise sportive qui ne semble pas être passagère pourrait l’occasion de (se) poser les bonnes questions.

Marc Lüthi va-t-il accepter de partager la lumière?l

Marc Lüthi va-t-il accepter de partager la lumière?l

Urs Lindt/freshfocus

Il y a une dizaine d’années, cette perspective aurait semblé totalement impensable. Et aujourd’hui? Cela n’a plus rien d’utopique. Lors de la nomination de Mario Kogler comme entraîneur intérimaire, Marc Lüthi avait confié n’avoir pas appelé Chris McSorley, mais n’avait pas fermé la porte pour autant: «On ne sait jamais ce qui peut se passer. On verra bien ce que l’avenir nous réserve… Il ne faut jamais dire jamais. Mais ce ne serait pas correct vis-à-vis de l’entraîneur que nous venons de mettre en place si je commentais l’éventuel engagement d’un autre coach.»

Comme le siège de Mario Kogler est plus que jamais éjectable, le téléphone de Chris McSorley a-t-il sonné? Contacté pour lui poser la question, le Canadien n’a pas répondu à son téléphone. Ou était-il déjà en ligne?

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