Football: Cinq choses à savoir sur l’Étoile Rouge Belgrade
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FootballCinq choses à savoir sur l’Étoile Rouge Belgrade

L’adversaire de Young Boys en barrage de la Ligue des champions n’est pas le premier venu. Mais pas de quoi s’en faire une montagne non plus.

par
Nicolas Jacquier
Berne
Les joueurs de l'Étoile Rouge Belgrade ne sont pas les premiers venus.

Les joueurs de l'Étoile Rouge Belgrade ne sont pas les premiers venus.

Keystone

Avec l’Étoile Rouge Belgrade, qu’il s’apprête à défier ce mercredi soir en match aller des barrages de la Ligue des champions (coup d’envoi 21h), Young Boys n’a pas hérité de l’adversaire le plus commode qui soit. Si la tâche des protégés de Gerardo Seoane n’est pas insurmontable, les Bernois devront très sensiblement hausser le niveau qui est le leur en championnat, depuis la reprise, pour accéder aux poules et retrouver l’hymne enivrant des soirées européennes. Car outre la très chaude – et justifiée – réputation de ses supporters, le visiteur de Belgrade possède quelques solides arguments à faire valoir.

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1. Un club qui veut renouer avec sa gloire passée

YB ne va pas se coltiner le premier venu. L’Étoile Rouge (photo de ses joueurs mardi à l'entraînement) «pèse» pas moins de 29 titres de champion (dont 19 fêtés avant l’éclatement de la Yougoslavie) et 24 Coupes nationales. Le club avait connu son apogée en 1991 en soulevant ce qui s’appelait alors encore la Coupe des clubs champions, ancêtre de la Ligue des champions. En finale à Bari, l’Etoile Rouge avait dominé l’Olympique de Marseille de l’entraîneur Goethals et du président Tapie aux tirs au but (5-3, 0-0 après les prolongations). A l’époque, les Prosinecki, Belodedici, Savicevic et autre Pancev avaient entamé leur marche vers la gloire en éliminant Grasshopper au premier tour (5-2 sur l’ensemble des deux matches). Suite à une longue parenthèse due autant aux conséquences du conflit qui avait ravagé le pays qu’à des manquements administratifs - le club a ainsi été suspendu en 2014 par l’UEFA pour avoir enfreint les règles du fair-play financier -, l’Étoile Rouge a retrouvé une partie de sa splendeur depuis l’exercice 2017-2018. Après être sorti des poules de Ligue Europa dans un groupe comprenant aussi Arsenal, Cologne et BATE Borisov, il avait échoué en seizième de finale devant le CSKA Moscou, non sans connaître son premier printemps européen depuis… 26 ans!

Voici 12 mois, il avait éliminé Red Bull Salzbourg en barrage des Champions avant de souffrir dans une poule fréquentée également par Liverpool, le PSG et Naples. Souvent intraitable à domicile, ce dont peuvent témoigner les Reds, battus 2-0 le 6 novembre dernier, l’équipe est nettement moins fringante à l’extérieur, n’ayant remporté aucun de ses sept derniers déplacements européens (3 défaites, 4 nuls). A YB d’en profiter en prolongeant cette série…

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2. Un entraîneur fan de Adi Hütter, l'ancien coach d'YB

Comme Young Boys, leader de Super League, Etoile Rouge se présente à Berne invaincu dans son championnat, où il a remporté ses quatre premiers matches (12 points) pour pointer au 3e rang provisoire, précédé uniquement par Vojvodina et Backa Topola qui, avec 13 unités, comptent chacun une partie supplémentaire. Aux yeux de nombreux observateurs, l’artisan du renouveau épouse les traits de Vladan Milojevic (49 ans, photo), assis sur son banc depuis juin 2017. Ancien défenseur ayant fait l’essentiel de sa carrière de joueur en Grèce (notamment au Panathinaikos, de 1997 à 2000), il entraînait auparavant Panionios. Partisan d’un football pragmatique, Milojevic n’a pas manqué de souligner lors du tirage au sort tout le respect que lui inspire Young Boys. «On va affronter une très bonne équipe au sein de laquelle l’on voit toujours, à mes yeux, la patte d’Adi Hütter», expliquait-il. Aujourd’hui à Francfort, l’homme qui, au printemps 2018, avait offert à YB son premier titre de champion depuis 1986 n’a pas manqué d’influencer l’actuel technicien de l’Etoile Rouge. «Hütter est quelqu’un qui m’a inspiré et qui a eu une influence dans mon parcours de coach.»

Avec l’avantage que lui confèrent le gazon synthétique et l’appui de son public, le double champion de Suisse en titre ne doit pas craindre une équipe serbe tenue en échec en Lituanie par Suduva (0-0) et qui s’est inclinée en Finlande contre Helsinki (2-1) lors des deux premiers tours de qualification.

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3. Un gardien buteur

Ce soir, les joueurs d’YB devront battre l’impressionnant Milan Borjan (photo). Voici une semaine à Copenhague, le portier avait été le principal héros d’une interminable série de tirs au but, avec pas moins de 22 tentatives (dont 9 échecs). Non content de stopper trois essais danois, Borjan avait lui-même transformé son penalty, permettant à son équipe de l’emporter 7-6 au bout du suspense. A 31 ans, le gardien de l’Étoile Rouge possède une autre spécialité, s’étant imposé comme le roi du «blanchissage». En 102 rencontres passées entre les poteaux, Borjan en a déjà réussi 53, un ratio de plus de 50%, nettement supérieur à celui de Von Ballmoos, son vis-à-vis bernois (36%, avec 27 blanchissages obtenus en 75 matches). Né à Knin, dans l’actuelle Croatie, le dernier rempart de l’Étoile Rouge défend aussi depuis 2011 les couleurs du… Canada, dont il possède la nationalité (sa famille avait émigré là-bas lorsqu’il était jeune).

A l’autre bout du terrain, il conviendra pour YB de se méfier de l’attaquant ghanéen Richmond Boakye (55 buts en 74 apparitions), qui n’a pas besoin de beaucoup d’occasions pour faire trembler les filets. Autres valeurs sûres: le capitaine et ancien international allemand Marko Marin (ex-Chelsea et Séville notamment), l’ailier franco-comorien El Fardou Ben Nabouhane, ainsi que Milos Degenek, le patron de la défense. Les valeurs marchandes, elles, diffèrent peu: quelque 72 millions de francs suisses pour YB contre environ 61 à son adversaire.

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4. Le souvenir de 2004

Le rendez-vous de ce mercredi célébrera des retrouvailles entre deux formations qui se sont déjà affrontées durant l’été 2004. A l’époque, c’était pour le compte du 2e tour qualificatif de la Ligue des champions. A cette occasion, Stéphane Chapuisat (photo), l’actuel responsable de la cellule de recrutement du club bernois, avait inscrit le dernier but de sa carrière internationale lors d’un match aller délocalisé à Zurich, au Hardturm, en raison de la construction du Stade de Suisse (2-2). Au retour, YB, battu 3-0, n’avait pas vraiment existé. Dans ses confrontations avec des clubs suisses - Bâle, NE Xamax, GC, Aarau et Lausanne s’y sont aussi frottés -, l’Étoile Rouge affiche un bilan équilibré (5 victoires et 4 nuls contre 4 défaites). En août 1995, le club de la Maladière avait été s’imposer 1-0 à Belgrade grâce à un but de Charles Wittl, avant de partager l’enjeu au retour (0-0).

Ce soir, Young Boys devra idéalement réaliser ce qu’il n’est encore jamais parvenu à faire, à savoir s’imposer face à un adversaire serbe. Outre l’échec de 2004 contre leur adversaire du jour, les Bernois n’étaient pas davantage parvenus à l’emporter contre le Partizan, dans la phase de poule de la Ligue Europa lors de la saison 2017-2018 (1-1 à Berne, défaite 2-1 à Belgrade).

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5. Une ambiance de feu au Marakana

L’Étoile Rouge, c’est aussi un stade, souvent en fusion, avec un public incandescent connu pour ses fréquents débordements. Baptisé Stadion Crvena Zvezda (Stade de l'Étoile Rouge, photo) lors de sa construction en 1963, sa très grande capacité lui a valu d’être surnommé Marakana en référence au célèbre stade brésilien du Maracanã implanté à Rio. Le 23 avril 1975, 110'000 personnes s’y étaient entassées pour suivre la demi-finale de la défunte Coupe des vainqueurs de Coupes entre l’Étoile Rouge et Ferencvaros. Pour répondre aux nouveaux critères de sécurité édictés par l’UEFA, sa contenance a progressivement été réduite dans les années 1990 pour s’établir aujourd’hui à 51'755 places. Si le stade a officiellement pris en 2014 le nom de Rajko Mitic, en hommage au légendaire attaquant puis coach décédé en 2008, le nom de Marakana n’a pas disparu pour autant.

L’enceinte est aussi réputée pour son très long tunnel souterrain passant sous les tribunes du virage des supporters avant de déboucher… au pied des ultras. Un tunnel qui a intimidé plus d’un visiteur, y compris parmi les plus aguerris. C’est dire si YB, avant de découvrir l’enfer que son futur hôte lui promet déjà, a intérêt à faire la différence ce soir déjà.

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