Adieu 2020: Cinq moments forts d’une année irréelle
Publié

Adieu 2020Cinq moments forts d’une année irréelle

Trop étrange, trop cabossée, 2020 échappe à toute tentative de rétrospective sportive. Alors voici cinq moments inoubliables pour des raisons très différentes.

par
Mathieu Aeschmann
Après la foule, ce 26 novembre il ne restera que les bougies et les souvenirs devant le San Paolo bientôt renommé stadio Diego Armando Maradona. (AP Photo/Alessandra Tarantino)

Après la foule, ce 26 novembre il ne restera que les bougies et les souvenirs devant le San Paolo bientôt renommé stadio Diego Armando Maradona. (AP Photo/Alessandra Tarantino)

KEYSTONE

À l’heure de dire adieu à cette année 2020 empoisonnée, la tentation est grande de vouloir l’effacer de notre mémoire collective. Et pourtant, le sport, comme le reste de la société, est entré en résistance au fil des mois. Il s’est arrêté, a réfléchi, trouvé des astuces, des contorsions, des arrangements pour reprendre vie. Il a imaginé de nouvelles règles, exprimé des voix jusque-là inaudibles. Face aux blocages de la pandémie, le monde du sport s’est souvent montré solidaire, inventif, généreux. Et puis, il a surtout continué à faire ce qu’il fait de mieux: nous surprendre. La preuve en cinq rappels forcément subjectifs.

Un procès au cœur du Ashe

Novak Djokovic tente de plaider sa cause auprès du juge arbitre de l’ITF Soeren Friemel. En vain. EPA/JASON SZENES

Novak Djokovic tente de plaider sa cause auprès du juge arbitre de l’ITF Soeren Friemel. En vain. EPA/JASON SZENES

KEYSTONE

Novak Djokovic aurait pu envoyer cette balle dans n’importe lequel des 23’000 sièges vides du court Arthur Ashe. Il aurait aussi pu choisir de casser sa raquette ou d’insulter son clan. Au final, c’est le geste étriqué d’une colère retenue qui va déboucher sur la plus célèbre disqualification de l’histoire du Grand Chelem, en quarts de finale de l’US Open. Il aura fallu que la juge de ligne se relève pile à cet instant, qu’elle ne regarde pas vers le centre du court, que le Serbe aussi déclenche son geste à l’aveugle, pour que l’impensable se concrétise. Une balle qui frappe la malheureuse officielle à la gorge, la déséquilibre, donnant à la scène un caractère grave et spectaculaire. Le No 1 mondial aura beau plaider sa cause durant quinze longues minutes auprès du juge arbitre Soeren Friemel et du patron des arbitres de l’ITF, le Suisse Andreas Egli, ceux-ci n’auront d’autre choix que d’appliquer le règlement. Donc de renvoyer l’immense favori de cet US Open, invaincu en 2020, au vestiaire, seul avec des regrets éternels.

Le vice et l’orgueil en un sprint

Jean de La Fontaine aurait adoré. Les quatre meilleurs coureurs de la saison qui arrivent ensemble dans le sprint de «la Doyenne». Il y avait tout ce dimanche 4 octobre à Liège pour faire une très belle fable sur les pièges du succès. Frais champion du monde, Julian Alaphilippe se sait très fort mais aussi très surveillé, très attendu. Alors il en fait trop, il en veut trop. Le Français tasse d’abord Marc Hirschi – parti pour gagner? – dans une vague qu’il qualifiera d’involontaire. Puis comme pour magnifier son méfait – ou le réparer dans une lecture plus psychanalytique de l’enchaînement – Alaphilippe lève les bras beaucoup trop tôt, laissant Primoz Roglic revenir de nulle part pour soigner sa frustration du Tour de France. Toute la dramaturgie d’une «mini-saison» cycliste magnifique en quelques secondes.

La blague du monde d’avant

La blague n’était pas drôle mi-mars et il n’y a rien d’amusant aujourd’hui à tourner en dérision son auteur. Non, ces dix secondes qui montrent Rudy Gobert, le pivot français des Utah Jazz, toucher tous les micros d’une salle de presse quelques heures avant d’être testé positif au Covid-19, ont en réalité une valeur historique. Son geste, comme les rires qui l’accompagnent en arrière-plan, témoigne du «monde d’avant». Ils racontent à quel point, le 12 mars, nous étions (presque) tous encore portés par un sentiment d’invulnérabilité. Quel sportif ou autre personnage public se permettrait une telle dédicace neuf mois plus tard? Poser la question revient à constater à quel point notre monde a changé.

Ils ont refusé de jouer

Les Los Angeles Lakers et le Miami Heat un genou à terre durant l’hymne américain avant la finale NBA. EPA/ERIK S. LESSER SHUTTERSTOCK OUT

Les Los Angeles Lakers et le Miami Heat un genou à terre durant l’hymne américain avant la finale NBA. EPA/ERIK S. LESSER SHUTTERSTOCK OUT

KEYSTONE

Les slogans, les campagnes de sensibilisation, les leaders d’opinion, ce genou posé à terre des deux côtés de l’Atlantique, le sport avait beaucoup tenté pour combattre les diverses formes d’expression du racisme. Mais à force de gesticuler, de revendiquer, il avait sans doute oublié l’essentiel. Il est possible de s’arrêter. De quitter le terrain ou de ne jamais sortir des vestiaires. Ce dernier pas a été franchi en 2020, d’abord durant les play-off NBA lorsque dans le sillage des Milwaukee Bucks, trois matches n’ont pas eu lieu. Parce que les balles reçues par Jacob Blake arrivaient peu de temps après le meurtre de George Floyd et que, dans ces conditions, jouer devient dérisoire, voire indécent. Un dernier pas que les joueurs du PSG et de Basaksehir ont eux aussi franchi, quelques semaines plus tard en Ligue des champions; cette fois pour dénoncer le racisme ordinaire et ordurier des bords de terrain. Dans les deux cas, des hommes ont pris leurs responsabilités, prêts à assumer les conséquences financières et sportives au nom d’une valeur universelle. Ont-ils été aidés par le fait qu’il n’y avait dans les deux cas aucun public? Si tel est le cas, le huis clos aura au moins servi à quelque chose.

Un monde qui pleure

Tout a été dit, écrit et pleuré au moment d’accompagner Diego Armando Maradona vers sa dernière demeure. De San Paolo à Buenos Aires, le monde s’est arrêté d’un coup. C’était le 25 novembre et Diego a emporté avec lui une part de chacun d’entre nous. Alors au moment de refermer cette année maudite, la tristesse unanime qui s’est emparée de la planète est venue rappeler la force du sport. Sa faculté à créer des mondes, générer des émotions et des idoles pour la vie.

Votre opinion

9 commentaires
L'espace commentaires a été desactivé

Atm

01.01.2021, 13:15

Année irréelle, c’est le sens qu’on lui donne! Les paniqués du slip veulent tout faire pour que les plus réfléchis se fassent vacciner... C’est qui les complotistes?

Sigismond Lajoie

01.01.2021, 11:24

Les moments irréels de 2020, ce sont les articles du Matin sur le ski alpin, le tennis et le FC Sion...

jesuisresponsable

31.12.2020, 17:29

le début d une longue série qui sème récolte