Actualisé 11.02.2020 à 17:57

Claire Bretécher, une pionnière dans un monde d'hommes

Hommage

Grande dame de la BD, la créatrice d'Agrippine et de Cellulite, fondatrice de «L'Écho des savanes», a disparu à 79 ans, laissant ses lecteurs frustrés.

par
lematin.ch
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Claire Bretécher est décédée ce 11 février 2020 à 79 ans. En 1987, lors du premier Salon du livre de Genève, le photographe Michel Schmalz, qui a notamment travaillé pour «Femina» et «Télé Top Matin» fait ce portrait d'elle. L'auteure ayant particulièrement aimé cette image la lui demandera pour en faire l'une de ses photos officielles.

Claire Bretécher est décédée ce 11 février 2020 à 79 ans. En 1987, lors du premier Salon du livre de Genève, le photographe Michel Schmalz, qui a notamment travaillé pour «Femina» et «Télé Top Matin» fait ce portrait d'elle. L'auteure ayant particulièrement aimé cette image la lui demandera pour en faire l'une de ses photos officielles.

Michel Schmalz
Après avoir débuté en enseignant le dessin, Claire Bretécher réalise quelques illustrations pour des journaux puis fait ses premiers pas dans la BD en 1963 avec «Le facteur Rhésus», paru dans «L'os à moelle». Son scénariste n'est pas n'importe qui puisqu'il s'agit de René Goscinny, le papa d'Astérix. Mais la dessinatrice a de la peine à s'adapter aux récits de Goscinny.

Après avoir débuté en enseignant le dessin, Claire Bretécher réalise quelques illustrations pour des journaux puis fait ses premiers pas dans la BD en 1963 avec «Le facteur Rhésus», paru dans «L'os à moelle». Son scénariste n'est pas n'importe qui puisqu'il s'agit de René Goscinny, le papa d'Astérix. Mais la dessinatrice a de la peine à s'adapter aux récits de Goscinny.

Les trésors retrouvés de René Goscinny/Le Mon
Dès 1964, elle commence à travailler pour la presse jeunesse et BD. Elle sera la seule femme à avoir collaboré avec tous les principaux pédiodiques de l'époque, «Record», «Tintin», «Spirou». Dans ce dernier tire, elle publie en décembre 1967 «Les Gnangnan.»

Dès 1964, elle commence à travailler pour la presse jeunesse et BD. Elle sera la seule femme à avoir collaboré avec tous les principaux pédiodiques de l'époque, «Record», «Tintin», «Spirou». Dans ce dernier tire, elle publie en décembre 1967 «Les Gnangnan.»

Glénat

Quand ses collègues de «Pilote» ou de «L'Écho des savanes» parlaient de Claire Bretécher, ils évoquaient souvent ses yeux verts. Mais aucun ne ne se laissait obnubiler par son charme félin au point d'oublier son oeuvre. Car Claire, sur ses pattes de velours, est parvenue à pousser la porte d'un monde entièrement masculin pour s'y imposer sans que personne ne conteste jamais son droit d'être là. Un sacré exploit pour celle que l'on peut vraiment considérer comme la première auteure à part entière de la BD franco-belge.

Premier regard sociologique

Dès ses travaux initiaux, elle marque sa différence. Graphique d'abord, avec ce trait épuré, minimaliste, mais tellement expressif. Puis dans ses dialogues et le choix de ses sujets. Travaillant avec des scénaristes comme Goscinny, Delporte ou Cauvin, elle n'hésite pas à se lancer rapidement seule dans des récits. Privilégiant les héroïnes puis les personnages de la vie quotidienne avec ses célèbres «Frustrés», Bretécher a apporté un regard sociologique au monde de la BD, qui en manquait singulièrement jusque-là. Aujourd'hui, on ne compte plus les auteurs, et surtout les auteures (ou autrices, comme vous préférez) qui noircissent des planches et des planches sur la vie qui les entoure, les copines, les mecs,les états d'âme. Mais c'est Bretécher qui leur a ouvert la voie. Sans jamais être réellement égalée.

Une tendresse vache

Pas de gnangan (sauf dans l'un de ses titres), de chichis ou de psychologie à deux balles dans les pages de Bretécher. Elle a su décrire les gens avec un humour caustique, lucide, mais jamais méchant. Et nous rendre sympathiques mêmes les plus imbus et suffisants de ses personnages. Bretécher avait certainement de la tendresse pour eux. Comment ne pas en éprouver pour elle, même sans bien connaître cette femme qui privilégiait la discrétion.

Le monde de la BD non seulement ne l'a jamais rejetée, mais l'a honorée. Elle fut la première femme à recevoir le Grand Prix à Angoulême en 1982, même si ce fut un prix spécial décerné pour les 10 ans du festival en 1982. Depuis, seule deux autres l'ont reçu, Florence Cestac en 2000 et Rumiko Takahashi en 2019. Elle a connu le succès à la fois critique et public. Et même si elle a commencé à nous habituer à son absence en se faisant de plus en plus rare depuis les années 2000, Claire va désormais terriblement nous manquer. Aujourd'hui, nous sommes tous des frustrés.

Hommages

Sur Twitter, le monde de la BD et les admirateurs de Claire Bretécher lui ont rendu hommage.

Michel Pralong

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