Interview - Clara Luciani: «Durant le confinement je me suis mise à écouter ABBA»
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InterviewClara Luciani: «Durant le confinement je me suis mise à écouter ABBA»

La chanteuse française revient avec «Cœur», un deuxième disque aux sonorités disco et funk. La bande-son parfaite pour le déconfinement. Rencontre à Genève.

par
Fabio Dell'Anna

Clara Luciani a sorti son deuxième album, «Cœur», le 11 juin 2021. Elle actuellement numéro un en France.

Journaliste Fabio Dell’Anna, images Yvan Golaz, montage Nicolas Comte

«Il faut qu’ça bouge, il faut qu’ça tremble, il faut qu’ça transpire encore», chante Clara Luciani sur son dernier single, «Respire encore». Le ton est donné. Avec la sortie de son deuxième album, «Cœur», la Française de 28 ans a le cœur à la fête. Avec ses sonorités disco et funk, un peu de variété et une basse permanente qui vous fera danser, ce disque est une véritable pépite. Nous avons rencontré l’artiste mercredi à Genève. Un brin fatiguée, mais toujours souriante, elle nous raconte les coulisses de ce disque qui s’annonce déjà comme l’un des meilleurs de cette année.

Finalement, sortir un album dansant en cette période c’est plutôt audacieux, non?

Oui, j’ai l’impression. En tout cas, il y a eu un super timing. Je pense que si j’avais sorti cet album un mois avant, il serait potentiellement un peu comme un cheveu sur la soupe. Là, il y a un alignement des planètes qui fait que ça devient un peu la bande-son logique du déconfinement. C’est chouette.

Avez-vous eu peur qu’il puisse être mal perçu?

À un mois près, il n’aurait peut-être pas été adapté à ce que l’on vivait. On était privé de danse, de regroupement, de contact physique et d’amour, en quelque sorte. Tout ce que prône cet album.

Y a-t-il tout de même eu un bon moment l’année dernière?

Le bon moment de 2020 c’était avant la pandémie. J’ai gagné le Prix de l’artiste féminine de l’année aux Victoires de la musique. Bon, j’ai remporté le trophée lors de l’année la plus pourrie de tous les temps, mais ça me fait quand même plaisir. (Rires.)

D’où viennent ces influences disco qu’on entend beaucoup sur le disque?

J’ai toujours été très fan du groupe ABBA, par exemple. Pendant le confinement j’étais tellement dans un truc d’angoisse, de stress et de cafard que je me suis mise à écouter, plus que jamais, ABBA, les Jackson Five, Cerrone… Quoi d’autre? J’ai beaucoup plus écouté Dalida et Claude François aussi. J’ai redécouvert ces artistes, parce que j’avais besoin de chansons qui avaient le pouvoir de me faire sortir du lit. Des chansons encourageantes. C’est ce que j’ai eu envie d’écrire à mon tour. Je pense que c’est pour ça que cet album a ces sonorités super disco et dansantes. J’avais envie d’offrir une main tendue, une invitation à la danse aux gens qui écouteraient ce disque.

Auparavant, vous citiez Françoise Hardy comme référence musicale. C’est un peu le grand écart avec ABBA?

(Elle se met à chantonner le refrain de «Lay All Your Love On Me» d’ABBA.) Je n’ai aucun problème à un peu tout mélanger. J’écoute énormément de musiques différentes. D’ailleurs, Françoise Hardy aussi a dans sa carrière des moments où elle a fait des compositions plus rythmées. Il y a des ponts à trouver entre certains univers. J’avais envie d’en créer un entre la variété française, le disco, le funk et le rock anglo-saxon.

Mes chansons peuvent avoir l’air légères, mais elles sont toujours pénétrées d’une certaine mélancolie ou d’une certaine gravité.

Clara Luciani, chanteuse

L’album est dansant, pas forcément joyeux. Vous ouvrez avec le titre «Cœur» qui parle de violences conjugales sur une musique dynamique. C’était important d’aborder ce sujet?

Oui, très. J’ai pris du temps à trouver des paroles dont j’étais satisfaite car c’est un sujet extrêmement sensible. Je voulais le traiter avec justesse. Je n’ai pas voulu choisir entre la gravité du propos et les sonorités dansantes. C’était déjà le cas avec «La grenade». C’est un peu ce qui caractérise mes chansons dans l’ensemble. Elles peuvent avoir l’air légères, mais elles sont toujours pénétrées d’une certaine mélancolie ou d’une certaine gravité.

Comme sur votre disque précédent, vous parlez beaucoup d’amour. Par exemple de rupture sur «Le reste», d’un amour unilatéral sur «Le chanteur» ou encore de l’incertitude dans «Amour toujours». Est-ce que l’amour vous inspire plus lorsqu’il vous blesse?

(Rires.) C’est horrible. Je cite toujours cette phrase de Musset qui dit: «Les chants du désespoir sont les chants les plus beaux.» Je suis assez d’accord. J’ai l’impression que c’est toujours plus intéressant quand on entend les failles des auteurs. C’est leur mélancolie, leur tristesse, leurs doutes. Donc, en un sens, oui, je pense que l’amour me touche plus quand il me déçoit. J’ai l’impression que j’ai plus de choses à dire là-dessus que si j’écrivais une chanson qui dirait: «Tout va bien. C’est super. On est hyperheureux et on vit dans le meilleur des mondes.» C’est peut-être très injuste, mais j’aurais moins de choses à dire.

Cela signifie que vous tombez facilement amoureuse?

Ah oui, oui, tous les quatre matins! Oui, oui. D’ailleurs… (Elle nous sourit avant de dire qu’elle plaisante.)

Entre vous et Julien Doré, c’est le coup de foudre?

Oui, c’est le coup de foudre. Mais je pense que c’est un coup de foudre qu’on pourrait qualifier d’amical et artistique. On a beaucoup de chance de s’être trouvés. Moi surtout. C’est quelqu’un d’extrêmement important parce que c’est à la fois un ami et un frère musical. Je suis très heureuse qu’il ait accepté de faire ce duo sur ce disque (ndlr.: «Sad & Slow»).

Parlez-nous de «Respire encore» qui s’annonce comme le tube du déconfinement.

À l’origine, c’est chanson parlait d’une amie à moi, qui venait de s’extirper d’une relation hypernocive et qui a retrouvé sa vie, sa liberté mais aussi le goût de la séduction, l’envie de plaire. Au fur et à mesure que j’écrivais les paroles, je me suis rendu compte, arrivée au refrain, que j’étais en train d’élargir complètement le sujet. Je ne parlais plus seulement de cette femme mais de nous tous face à la fin de la pandémie et au début du déconfinement.

Vous allez bientôt partir en tournée. Vous serez le 18 novembre prochain au Docks à Lausanne et le 7 octobre 2022 à l’Arena de Genève. Comment se déroulent les répétitions?

On vient de les commencer et ça se passe très bien. Je suis très heureuse de voir que la jonction entre le premier et le deuxième album est facile à mettre en place sur scène. Ce sont deux univers qui sont très complémentaires. Je crois que ça va être très beau et surtout très émouvant. Je vais avoir un peu l’impression de retrouver un amant que je n’ai pas vu depuis des mois. Parce que le public, c’est vraiment ça. Je sais que c’est un cliché, mais entre lui et moi c’est une histoire d’amour. C’est quelque chose de très tendre et qui m’est devenu complètement nécessaire.

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