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TVClaudia Tagbo: «Nous sommes tous des migrants»

Dans le téléfilm «Le temps des égarés», Claudia Tagbo incarne un personnage dans lequel on ne l'attendait pas.

par
Ludovic Jaccard
«Je crois à l'unicité et à l'ouverture des bras», Claudia Tagbo, comédienne

«Je crois à l'unicité et à l'ouverture des bras», Claudia Tagbo, comédienne

Eric Fougere/Getty

Avec sa gouaille et sa bonne humeur à toute épreuve, difficile d'imaginer Claudia Tagbo dans un rôle antipathique. Pourtant, dans «Le temps des égarés», à voir ce soir à 20 h 55 sur Arte, la comédienne de 44 ans prouve qu'elle excelle dans tous les registres.

Dans le téléfilm «Le temps des égarés», vous incarnez Sira, une salariée cynique d'une société qui attribue le droit d'asile en France. Était-ce un défi pour vous?

Non. On m'a proposé ce rôle qui m'intéressait. Ça m'a plu de travailler avec la réalisatrice Virginie Sauveur, qui connaissait bien le sujet. Elle a vu une autre couleur de moi, parce qu'il est vrai que les gens me connaissent surtout en tant qu'humoriste. Mais, avant cela, j'ai joué dans plusieurs films qui n'étaient pas des comédies.

Ce thème fait-il écho à votre vie personnelle?

Pourquoi le serait-il? Parce que je suis d'origine africaine? J'ai envie de dire qu'il faut que ça fasse écho à tout le monde. Nous sommes tous des migrants, des exilés. Même si on est né en France, on a envie de rêver d'un autre ailleurs plus lumineux. Moi, je suis venue dans ce pays en suivant mes parents. J'étais une enfant. Je n'ai donc pas eu le parcours des migrants actuels qui prennent des risques en quittent leur pays qu'ils aiment, pour aller vers quelque chose de mieux. On doit donc tous être touchés par cela. Pour ma part, je crois à l'unicité, à l'ouverture des bras. J'ai accepté de faire ce film car il raconte quelque chose qui se passe devant nos fenêtres, en ce moment.

Était-ce difficile de vous mettre dans la peau d'une femme aussi antipathique?

Non, ce qui était compliqué, c'était de me demander si j'allais être crédible dans ce rôle. Être à l'écoute des demandes de la réalisatrice dans ma façon de jouer, de bouger.

Comment s'est passé le tournage?

Il s'est très bien passé. Il y avait aussi de vrais migrants parmi les figurants. Ils m'ont raconté leur parcours de vie. On était aussi bien accompagné par la production, qui était contente de ce qu'elle voyait.

Vous serez à Champéry (VS) le 1er juin pour présenter votre one-woman-show, «Lucky». Pourquoi ce titre?

Je savais que j'allais monter sur scène en 2016 et, durant cette période, nous avons été frappés par ces attentats en France. Notre humeur à tous a été affectée par cela. Moi, ça m'a vraiment heurtée. Du coup, le titre de ce spectacle, «Lucky», signifie que je suis chanceuse d'être encore en vie. Cela veut dire aussi que j'ai la chance d'en parler et de crier: «Ils ne m'auront pas», qu'on peut dire qu'on aime ce pays et qu'il ne faut pas se refermer sur nous-mêmes, mais au contraire être dans l'ouverture. Il faut faire bloc face à cette rage et à cette non-humanité parce que, pour arriver à tuer des personnes, il faut avoir une non-humanité en soi.

De quoi parle votre show?

C'est un spectacle bienveillant où l'on peut vivre et rire ensemble. Bien sûr il y a aussi un peu de folie, parce que les gens ne viennent pas le voir pour pleurer! Je parle de mon côté «control freak», parce que je suis une flippée de tout! J'ai peur des microbes, je mets du gel antibactérien sur mes mains quand un pigeon s'approche trop près de moi. Je parle aussi des bobos parisiens, j'aime bien les taquiner. J'évoque aussi ma famille et tous ses travers. En fait, je parle de moi et de notre société et j'essaie de faire rire avec tout ça. J'espère que la rencontre avec le public de Champéry va être belle.

La comédie a-t-elle toujours été votre vocation? Vous étiez pourtant comptable avant.

J'ai toujours voulu être comédienne, depuis l'âge de 9 ans. Mes parents m'ont mise dans des classes de théâtre. Je n'étais pas douée à l'école. J'étais bonne en français, en histoire et en géo, mais en chimie, en maths ou en physique, j'étais perdue! Comme mon père était comptable, il m'a dit: «Fais ça! Je pourrai te trouver des stages. Et on a toujours besoin d'un bon comptable.» J'ai accepté, mais à côté j'ai continué à fond ma formation théâtrale.

Comment vivez-vous la célébrité?

Je la vis très bien, si tant est qu'elle existe vraiment. Je commencerai à me dire que je suis connue quand les gens viendront me demander des photos sans trouver d'excuses. C'est-à-dire qu'ils me demandent souvent un selfie en disant: «C'est pour ma fille qui vous adore!» Ils n'avouent jamais que c'est pour eux-mêmes! Je garde donc la tête froide. Je suis juste la célébrité de mon neveu de 3 ans (rires)!

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