Basketball - Clint Capela, une saison pour l’histoire
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BasketballClint Capela, une saison pour l’histoire

Le pivot genevois d’Atlanta, adversaire de Philadelphie au 2e tour des play-off NBA (acte I ce dimanche à 19h), réalise le plus bel exercice de sa carrière. En toute discrétion, à son image.

par
Brice Cheneval
Clint Capela s’est imposé comme le socle défensif d’Atlanta, qualifié pour les demi-finales de la Conférence Est.

Clint Capela s’est imposé comme le socle défensif d’Atlanta, qualifié pour les demi-finales de la Conférence Est.

Getty Images via AFP

Il a beau être l’unique Suisse à évoluer en NBA, Clint Capela ne déchaîne pas les passions. Pendant que l’attention est portée sur le retour aux affaires de Roger Federer ou la préparation de la Nati pour l’Euro, le Genevois est relégué au second plan. Sans toquer à la porte, il s’apprête pourtant à disputer une demi-finale de Conférence avec Atlanta, face à Philadelphie. La première de la franchise depuis 5 ans. Individuellement surtout, il affiche une dynamique digne du sportif helvétique de l’année.

Jugez plutôt: sur la saison régulière, achevée mi-mai, Capela a tourné à 15,2 points par match (sa deuxième meilleure moyenne, après les 16,6 en 2018-19 avec Houston), 2 contres (son plus haut total et le 4e de la Ligue cette saison) et, surtout, 14,3 rebonds (record personnel en NBA). Une catégorie qu’il a tout simplement dominée. Avant lui, le dernier joueur des Hawks à avoir été sacré meilleur rebondeur n’était autre que Dikembe Mutombo, élu quatre fois meilleur défenseur de l’année, en 2000 et 2001. Rien que ça.

Le tout agrémenté d’une poignée de performances hallucinantes, notamment devant Detroit le 21 janvier (27 points, 26 rebonds, 5 contres), Minnesota deux jours plus tard (10 contres, 13 points, 19 rebonds), Indiana le 18 avril (25 points, 24 rebonds) et New York le 22 avril (25 points, 22 rebonds).

Les Knicks qu’il vient d’affronter au premier tour des play-off. On lui promettait, ainsi qu’à son équipe, une série intense et indécise. Atlanta n’a pas tremblé, l’emportant 4-1 avec une nouvelle ligne de stats satisfaisante de son pivot (10 points, 13,4 rebonds, 2,2 contres, 66,7% de réussite au tir). Ce dernier, d’ordinaire discret voire effacé dans les médias américains, a même signé une sortie inhabituelle. «Ils essaient de jouer dur physiquement, mais s’ils étaient vraiment durs, on aurait plus de problèmes, a-t-il lancé avant le dernier match. Ils essaient, mais ça ne marche pas. Ils nous bousculent et nous chambrent. Mais on peut aussi le faire et on l’a démontré. On peut chambrer aussi, et tu vas faire quoi? Maintenant, on vient jouer chez vous et on va vous envoyer en vacances». Signe d'une confiance à son maximum.

Hormis cette déclaration, Clint Capela a peu fait parler de lui cette saison. En cause: son jeu «à l’ancienne» basé sur l’efficacité, en décalage dans une NBA toujours plus spectaculaire, autant que sa personnalité. «Clint passe sous le radar car ce n’est pas un vantard, il ne fait pas de scandale sur les réseaux sociaux, constate George Eddy, commentateur vedette du basket sur Canal + et fan déclaré du Suisse. Il se contente de très bien jouer.»

«Heat map» des tirs tentés par Clint Capela en NBA cette saison, saison régulière et play-off confondus.

«Heat map» des tirs tentés par Clint Capela en NBA cette saison, saison régulière et play-off confondus.

Cleaning The Glass

«Je ne me dis pas: "Je veux être beau à regarder" ou "Je veux faire une belle action". Je pense à dominer dans la peinture», confirme le principal intéressé.

«Je ne me dis pas: "Je veux être beau à regarder" ou "Je veux faire une belle action". Je pense à dominer dans la peinture»

Clint Capela

Mis dehors par Houston, l’ancien joueur de Chalon-sur-Saône a débarqué à Atlanta par la petite porte, en février 2020. Arrivé blessé, il n’a effectué ses débuts que cette saison. Et ce ne fut pas simple. Jusqu’en mars, les Haws présentaient un bilan négatif et se laissaient distancer dans la course aux play-off. Puis Nate McMillan est arrivé sur le banc, entraînant un redressement spectaculaire articulé autour d’un axe meneur-pivot, entre Trae Young et Clint Capela, productif. Orphelin de James Harden, qui l’a tant fait briller chez les Rockets, le Genevois a retrouvé en Young un créateur capable d’exprimer tout son talent. «J’ai joué avec James pendant 6 ans, c’était presque automatique, affirmait-il sur ESPN il y a un mois. Cela a pris quelques matches, bien sûr, pour que je m’adapte à Trae mais ensuite c’est devenu très facile. James est plus lent dans la préparation. Il peut prendre son temps. Trae est plus dans la rapidité, avec beaucoup de touches. Mais tant que j’obtiens les mêmes résultats à l’arrivée, ça me convient.» «Nous avons une réelle connexion», corrobore Trae Young.

Outre le meneur américain, Capela bénéficie de la présence de «snipers» comme Bogdanovic ou Gallinari. «Les autres forcent les défenses adverses à s’étirer, ce qui lui ouvre des espaces dans la raquette», précise George Eddy.

Mais c’est avant tout défensivement que son impact est le plus important. Au-delà de son apport au rebond et au contre, son pouvoir de dissuasion est l’un des plus redoutables en NBA. «J’ai l'impression que ma présence dans la peinture incite les gars à tirer de plus loin au lieu d’attaquer le cercle, disait-il dans des propos relayés par The Athletic en avril. Je ressens ce respect de la part des autres équipes.»

Selon l’indice RAPTOR mis au point par le site FiveThirtyEight, Capela, lorsqu’il est sur le terrain, améliore la performance défensive d’Atlanta de 5,5 points sur 100 possessions. Seul Rudy Gobert, favori au titre de défenseur de l’année, fait mieux (+8). Autre statistique similaire, le DRPM (Defensive Real Plus-Minus, unité calculée par ESPN qui mesure l’impact d’un joueur sur la performance défensive de son équipe, lorsqu’il est sur le terrain, sur 100 possessions). Là aussi, Capela se classe deuxième derrière le Français (+4,98 contre +8). Selon la plateforme Cleaning the Glass, Atlanta encaisse 8,5 points de moins par 100 possessions lorsque son pivot suisse est sur le parquet.

«Il est notre point d’ancrage, confirme son entraîneur. Défensivement, il a été le gars qui, toute la saison, a réparé nos absences et nos erreurs dans le périmètre.» Son coéquipier Kevin Huerter va dans le même sens: «C’est un faiseur de différences. Il y a juste un sentiment différent quand il joue. En tant qu’arrière, vous lui faites confiance dans la raquette. Vous pouvez jouer les adversaires un peu différemment en sachant que si vous êtes battus, vous avez Clint à l’arrière. Il bosse vraiment pour tout le monde. Je ne pense pas qu’on puisse le souligner assez. Il fait la différence pour nous, c’est sûr.»

«Il y a juste un sentiment différent quand il joue. […] Il bosse vraiment pour tout le monde. Je ne pense pas qu’on puisse le souligner assez»

Kevin Huerter, arrière d’Atlanta

À 27 ans, Capela semble dans la forme de sa vie. «À Houston, il était très efficace en termes de stats. Mais je le trouve plus mature physiquement et plus en contrôle avec l’expérience qu’il a acquise, compare Jacques Monclar, consultant pour la NBA sur beIn Sports. Je le trouve plus fort maintenant. Il est accompli, leader, parfaitement dans son rôle. C’est un coéquipier parfait dans une équipe structurée.»

Contre Philadelphie, meilleur bilan de la Conférence Est, un défi d’envergure l’attend: Joel Embiid, candidat au titre de MVP et adversaire direct au poste. «Embiid est peut-être le joueur le plus dominant physiquement de la Ligue, affirme Monclar. Certes, il est diminué au genou droit, mais qu’il soit là ou pas, Clint doit aussi se préparer à affronter Dwight Howard et Tobias Harris. Physiquement ça va être un combat. Mais je pense qu’Atlanta a un coup à jouer.» «Ça peut être un face-à-face clé. Bien qu’Embiid soit plus grand et athlétique, si Clint peut faire baisser son scoring et ses pourcentages au tir, cela peut faire la différence», poursuit George Eddy.

Une occasion parfaite pour se mettre en lumière.

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