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Bien vivreComment aider les écoliers dyslexiques?

Un enfant suisse sur dix souffre de ce trouble de l’apprentissage. Sans prise en charge adéquate, l’échec scolaire guette. Un véritable chemin de croix pour les parents et un challenge pour les enseignants.

par
Fabienne Rosset
Pour lutter contre la dyslexie, il est notamment essentiel de mettre l’accent sur le travail explicite de la conscience phonologique.

Pour lutter contre la dyslexie, il est notamment essentiel de mettre l’accent sur le travail explicite de la conscience phonologique.

Yvain Genevay/LMD

Madame, votre fille ne pourra pas faire grand-chose de sa vie plus tard.» Lorsque Sophie a entendu ces mots prononcés par la maîtresse de sa fille, les bras lui en sont tombés. Juliette avait alors 9 ans. Elle avait un gros retard de lecture. Et n’avait pas encore été diagnostiquée comme dyslexique, même si sa maman sentait bien que quelque chose «clochait» en comparant le niveau de sa fille à celui de son fils aîné: «Elle faisait beaucoup de fautes d’orthographe, écrivait «ça» sans le «a»… Mais je ne me suis pas trop inquiétée, je lui ai laissé le temps d’entrer dans la lecture à son rythme. Sauf qu’au final, elle n’y arrivait pas.»

Comme un petit Suisse sur dix, Juliette souffre de dyslexie. Soit un trouble durable de l’apprentissage de la lecture et/ou de l’écriture qui se manifeste par de nombreuses fautes d’orthographe, des mots utilisés pour d’autres, agglutinés ou coupés en deux. En gros, déchiffrer un texte en français pour un enfant dyslexique, c’est comme lire du chinois. Sans compter que la dyslexie peut souvent être associée à d’autres troubles «dys», comme la dysgraphie (difficulté motrice à écrire),la dyscalculie (incapacité à manier les chiffres) ou la dysphasie (trouble du langage oral). À l’oral, ces enfants peuvent confondre des lettres, inverser des consonnes ou énoncer des phrases sans queue ni tête.

De quoi passer pour des étourdis ou des paresseux en classe alors qu’ils sont aussi, voire plus, intelligents que leurs camarades: un tiers des dyslexiques sont à haut potentiel intellectuel. Mais faute d’aménagements scolaires et de méthode d’apprentissage adaptée, difficile pour eux de faire des études. Aujourd’hui, Juliette a 19 ans et est à l’Université de Lausanne. Mais la route pour y arriver a été semée d’embûches. Un véritable chemin de croix, comme en témoignent de nombreux parents d’enfants «dys».

Ne pas passer à côté

Ce sont les erreurs d’orthographe de son fils qui ont mis la puce à l’oreille de Lisa Stephenson, dont le fils de 21 ans étudie aujourd’hui à l’EPFL. Car c’est lorsqu’il s’agit de passer de l’oral à l’écrit que le mécanisme se bloque, soit quand ils apprennent à lire et à écrire vers 7-8 ans. Les enfants dyslexiques n’ont pas de conscience phonologique, c’est-à-dire la conscience que le langage est fait de sons spécifiques articulés les uns aux autres: la partie du cerveau qui sert à le faire ne fonctionne pas bien. Or cette conscience phonologique est un des prérequis essentiels à l’entrée dans la lecture et l’écriture.

«Lorsqu’un enseignant remarque qu’un enfant rencontre des difficultés dans l’apprentissage du langage écrit, il est essentiel qu’il mette l’accent sur le travail explicite de la conscience phonologique, notamment en faisant découper à l’enfant des mots en syllabes, puis en sons, et encore qu’ils cherchent les rimes entre deux ou plusieurs mots, explique Catherine Tlili, logopédiste et chargée de projet à l’ARLD (Association romande des logopédistes diplômés). Plus tôt ce travail en conscience phonologique a lieu, plus l’apprentissage du langage écrit sera aisé.»

Un écueil et une étape cruciale qui peut en bloquer plus d’un. «Si l’enfant a 1 à toutes ses dictées, est-ce que ça vaut la peine de refaire la même chose encore et encore sans s’adapter? C’est démoralisant», poursuit Lisa Stephenson qui, après avoir cherché diverses méthodes existantes jusqu’au Canada, a trouvé celle dont elle aurait eu besoin il y a une dizaine d’années pour son fils, sous forme d’un logiciel thérapeutique nommé «Dybuster Orthographe», développé par une start-up de l’ETH de Zürich et largement utilisé en Suisse alémanique – mais encore peu en Romandie.

«Mon fils n’a pas lu avant ses 9 ans, raconte Lisa, Ça a dû être une torture pour lui car il était supercurieux. Depuis ses 5 ans, j’ai peiné durant des années avant qu’un diagnostic soit posé: mon fils était HP (ndlr: pour haut potentiel) dys. Nous l’avons sorti de l’école publique pendant trois ans, puis il a été un des premiers élèves à bénéficier d’un plan d’aménagement au Cycle d’Orientation à La Tour-de-Trême (FR): il pouvait utiliser un logiciel pour les rédactions et avait plus de temps pour certaines évaluations.»

La pression du diagnostic

Si Lisa a sorti un temps son fils de l’école publique pour mieux l’y réintégrer, d’autres parents font avec les moyens du bord en attendant un diagnostic. Car ce dernier ne peut pas être posé avant 8-9 ans, comme l’explique Catherine Tlili: «On ne parle de dyslexie qu’après deux années de retard d’apprentissage de la lecture, soit en début de la 5H. Avant, on parle de retard d’acquisition du langage écrit. On peut soupçonner une dyslexie, mais avant la fin de la 4H/début de la 5H, elle ne sera pas notée comme telle dans un bilan logopédique. En 3H, lors de l’apprentissage, et en 4H, lors des débuts de la lecture, un enfant peut présenter des symptômes similaires à la dyslexie et faire des inversions. Ces difficultés normales ne deviennent pathologiques que lorsqu’elles durent au-delà de la 4H.» Une règle qui a le don d’agacer certains parents dont les enfants accumulent des retards dans l’apprentissage.

Alice, maman d’une fille de 11 ans, a tenté en vain d’anticiper la chose en voyant que son enfant avait de la peine lorsqu’il a fallu commencer à lire: «Dès la première primaire, son enseignante m’a dit qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas, sans savoir quoi. Ce n’est qu’en 4H que sa maîtresse m’a encouragée à faire des tests et a pris sur elle de faire des aménagements en classe pour ma fille. Il y avait un an d’attente pour avoir un rendez-vous chez la neuropédiatre à Sion et, avant d’avoir un vrai bilan, ma fille a changé de maîtresse et elle est partie en vrille en 5H: elle avait des notes catastrophiques et a dû refaire son année.»

Une galère de deux ans en attendant le diagnostic de dyslexie, dysorthographie et dyscalculie. «Elle est suivie une fois par semaine par une logopédiste et deux fois par mois par une ergothérapeute. Elle utilise le dictionnaire Eurêka, qui permet de partir de la prononciation d’un mot pour en trouver la transcription orthographique exacte. On bataille maintenant pour qu’elle puisse utiliser un logiciel d’aide à la lecture en classe, mais on nous répond que ça pourrait déranger les autres enfants, continue la maman. Le comble, c’est qu’en Valais, dès qu’un élève a plus que 4,5 de moyenne, les enseignantes spécialisées ou les dames d’appui sont supprimées!»

Même canton, autre cas: celui d’Estelle, qui a dû insister pour avoir un diagnostic: «J’étais très démunie car je ne savais pas comment aider ma fille. Le diagnostic a été posé à ses 7 ans: elle a tous les troubles dys sauf la dysphasie. Ça a été un coup de massue. Elle a aujourd’hui 9 ans et est toujours en enseignement public. Elle a un programme adapté depuis le deuxième semestre de la 6H. On est en train de faire en sorte qu’elle puisse prendre avec elle son ordinateur, sous certaines conditions. Elle devra parfaitement maîtriser son logiciel, «WordQ», pour l’avoir en classe, continue Estelle. Elle est tellement contente de lire qu’elle n’en dort pas la nuit! La lecture a mis du temps à se déclencher, mais les résultats sont là.»

À chaque cas sa méthode

Une focalisation sur le diagnostic, compréhensible mais parfois biaisée du point de vue scolaire, comme le nuance Guy Dayer, chef de l’Office de l’enseignement spécialisé du Département de l’économie et de la formation valaisan: «On sent une certaine tension autour de ces diagnostics pour que l’école puisse mettre en place de l’aide. Mais des mesures peuvent être introduites en amont sans forcément de diagnostic.»

Six disylexiques devenus célèbres

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Depuis que le colauréat du Prix Nobel de chimie 2017, le Vaudois Jacques Dubochet, a révélé sa dyslexie, c'est presque chic de révéler son handicap. Ses notes médiocres et ses nombreuses fautes d'orthographe ont mis la puce à l'oreille de ses parents et c'est son directeur de collège qui a diagnostiqué sa dyslexie en 1955: «C'est comme cela que j'ai été reconnu premier dyslexique officiel du canton. J'ai pu ainsi passer d'une classe à l'autre malgré des notes de plus en plus catastrophiques», écrit-il dans sa biographie.

Depuis que le colauréat du Prix Nobel de chimie 2017, le Vaudois Jacques Dubochet, a révélé sa dyslexie, c'est presque chic de révéler son handicap. Ses notes médiocres et ses nombreuses fautes d'orthographe ont mis la puce à l'oreille de ses parents et c'est son directeur de collège qui a diagnostiqué sa dyslexie en 1955: «C'est comme cela que j'ai été reconnu premier dyslexique officiel du canton. J'ai pu ainsi passer d'une classe à l'autre malgré des notes de plus en plus catastrophiques», écrit-il dans sa biographie.

Yvain Genevay/LMD
Ce n'est pas avant ses 30 ans que Cher a été diagnostiquée dyslexique. Un handicap invisible qui a plombé sa scolarité, puisque la chanteuse américaine a abandonné les études à 16 ans. Elle déclarait à la BBC il y a quatre ans avoir souffert, durant toute sa scolarité, «de ne pas savoir lire et d'avoir des notes catastrophiques». Et d'ajouter: «Tout ce que j'ai appris, je l'ai appris en l'écoutant.»

Ce n'est pas avant ses 30 ans que Cher a été diagnostiquée dyslexique. Un handicap invisible qui a plombé sa scolarité, puisque la chanteuse américaine a abandonné les études à 16 ans. Elle déclarait à la BBC il y a quatre ans avoir souffert, durant toute sa scolarité, «de ne pas savoir lire et d'avoir des notes catastrophiques». Et d'ajouter: «Tout ce que j'ai appris, je l'ai appris en l'écoutant.»

Hannah McKay/Reuters
Si Orlando Bloom s'est tourné vers les cours d'art dramatique lorsqu'il était écolier, c'est, de son propre aveu, parce qu'il avait de la peine à suivre dans les autres matières à cause de sa dyslexie. «C'est encore un combat permanent. J'ai plus de difficultés à lire les scénarios et à les mémoriser que la plupart des autres acteurs», confiait-il en 2010 lors d'une rencontre autour de la dyslexie et de la créativité qui se tenait à la Rockefeller University de New York.

Si Orlando Bloom s'est tourné vers les cours d'art dramatique lorsqu'il était écolier, c'est, de son propre aveu, parce qu'il avait de la peine à suivre dans les autres matières à cause de sa dyslexie. «C'est encore un combat permanent. J'ai plus de difficultés à lire les scénarios et à les mémoriser que la plupart des autres acteurs», confiait-il en 2010 lors d'une rencontre autour de la dyslexie et de la créativité qui se tenait à la Rockefeller University de New York.

Mario Anzuoni/Reuters

Même son de cloche côté vaudois, comme le confirme Catherine Tlili: «Selon la LEO (Loi sur l’Enseignement obligatoire), on n’est pas obligé d’avoir un diagnostic logopédique de dyslexie pour mettre en place des aménagements scolaires, comme moins de mots à apprendre et plus de temps pour les dictées, ou un appui en lecture, par exemple. Il fait donc partie du droit de l’élève de bénéficier de ces aménagements. Il est toutefois à noter que leur mise en place dépend de l’interprétation que les directions d’établissements scolaires font de la LEO: certaines demandent un diagnostic, alors que cela ne figure pas dans cette loi.»

À Neuchâtel, canton précurseur dans la prise en charge des élèves dys, un arrêté a été mis en place en 2014, ce qui n’empêche pas certains dysfonctionnements, comme l’explique Isabelle Lavanchy, présidente de l’aDsr (Association Dyslexie Suisse romande) à Neuchâtel: «L’école doit fonctionner avec, mais chaque établissement fait à sa sauce. Les parents doivent être derrière. On a des mesures d’aide qui se mettent en place dans certaines écoles, parfois sans bilan. Et parfois il y a un diagnostic, mais pas de mesures mises en place. On voit vraiment de tout. Il y a une évolution, mais je suis encore frappée par le manque de réseaux à l’école, le peu de suivi et la disparité de traitements et de prise en considération des troubles dys selon les différents cercles scolaires.»

Les parents, marqueurs de réussite

Car il faut bien le dire, si des mesures peuvent être mises en place, comme plus de temps pour les contrôles écrits, lire les consignes à l’élève, donner moins de devoirs, adapter les évaluations ou encore faire les exercices via des logiciels spécialisés, c’est surtout aux parents d’assurer le suivi, tant les disparités sont grandes entre établissements, cantons et… enseignants.

«C’est le gros problème pour lequel se bat l’association au niveau romand: la formation des enseignants», ajoute Isabelle Lavanchy. Un constat que partage Martine Jimenez, enseignante spécialisée qui a mis au point une méthode d’apprentissage de lecture adaptée aux dys et non-dys (lire encadré): «Quand les parents sont derrière, les enfants dys s’en sortent mieux. Ces enfants ont besoin de plus d’entraînement pour automatiser leur apprentissage. Chaque enseignant a le droit d’utiliser la méthode qu’il veut, mais le choix d’une méthode adaptée découle d’une bonne connaissance du processus d’apprentissage que les neurosciences ont su mettre en lumière.»

Selon l’Étude intercantonale romande sur la dyslexie publiée en 2010, 1% seulement des parents consultés estime que la prise en charge par l’école est satisfaisante, et seuls 30% des établissements scolaires proposeraient un accompagnement différencié pour les dyslexiques, selon eux.

Vers une intervention précoce?

La formule magique n’existe pas pour aider les élèves dys en difficulté, rassurer les parents inquiets et ne pas surcharger les enseignants qui jonglent avec des classes toujours plus remplies et hétérogènes. La mise en place systématique d’une méthode pédagogique multisensorielle qui intégrerait le cognitif et l’affectif, pour mener tant les enfants dys que les autres à la lecture, est de plus en plus explorée et est déjà adoptée par certains enseignants, dans le canton de Vaud et en Valais notamment.

«Quand les parents sont derrière, les enfants «dys» s’en sortent mieux, car ils ont besoin de plus d’entraînement pour automatiser leur apprentissage»

Martine Jimenez, enseignante spécialisée

Des cours sont aussi donnés en formation continue pour les parents, les enseignants et les répétiteurs. Martine Rossier, enseignante spécialisée et formatrice Troubles dys et Outils, se réjouit également d’un projet mis en place dans les écoles de Sion: «En 3H, après un trimestre d’enseignement explicite et systématique des correspondances graphèmes et phonèmes, tous les élèves seront testés. Ceux qui n’ont pas atteint les objectifs bénéficieront d’interventions ciblées et intensives pendant dix à vingt semaines à raison d’une quinzaine de minutes par jour. Au lieu des 7% habituels, plus que 2% d’élèves auraient alors besoin de thérapies plus spécifiques. Cela se fait déjà en Irlande: avec un traitement précoce et intensif sur une courte durée, la plupart des élèves rejoignent la norme.»

L’enseignante est convaincue de l’efficacité d’une prise en charge précoce et adaptée, elle qui a bénéficié avant l’heure sur les bancs de l’école valaisanne d’une méthode multisensorielle qui a fait d’elle une élève dys lente, mais en réussite: «Ma sœur a eu la même, mon frère pas. Et la différence a été flagrante dans nos scolarités de dys. C’est déterminant d’avoir une méthode adaptée dans les petits degrés.»

Une approche multimodale qui motive les enfants

Elle-même dyslexique, Martine Jimenez travaille depuis des années avec des élèves «dys», et a développé avec Isabelle Délétroz une méthode d’apprentissage de lecture adaptée à tous les enfants. L’idée étant de pouvoir offrir en classe un support qui serve à tout le monde, sans distinction, pour que chacun entre dans la lecture à son rythme, par des voies d’apprentissage performantes. Le concept en trois questions:

Pourquoi multimodale?

C’est une méthode qui respecte les neurosciences pour réveiller plus facilement chez ces enfants ces zones qui sont éteintes, en sollicitant toutes les autres: la vue, l’ouïe, le corps – principale voie d’apprentissage jusqu’à 7 ans. D’où l’adjectif multimodal. Cette méthode va aussi aider les allophones (ndlr: dont la langue maternelle est étrangère), car elle n’est pas basée sur le langage de l’enfant, mais sur l’émotionnel, le plaisir d’apprendre.

Comment?

En évoquant des gestes, des bruits qui renvoient à la vie de l’enfant. Elle réduit ainsi l’effort d’apprentissage puisqu’elle fait appel à des éléments familiers.

Quels résultats?

Des enfants très motivés, un des éléments essentiels à l’apprentissage. En travaillant avec la mémoire émotionnelle, visuelle et la logique et en révisant trois fois par semaine pour amorcer l’automatisation, les progrès sont flagrants. Cette méthode est adaptable à tout le monde; dans le canton de Vaud, certains enseignants l’utilisent. Elle est en phase pilote dans des classes à Sion.

methodolodys.ch et educadys.ch

Comment expliquer par les neurosciences le déficit phonologique dont souffrent les personnes dyslexiques?

En 2008, nous nous sommes demandé si les représentations des sons de la parole dans leur cerveau pouvaient ne pas être au bon format sur le plan temporel. Nous avons émis cette hypothèse en travaillant sur un certain type d’activités du cerveau qui s’appellent les oscillations neurales et qui permettent la segmentation du flux de la parole, entre rythme syllabique avec une activité oscillatoire lente et rythme phonémique avec une activité plus rapide. Nous nous sommes demandé si les personnes dyslexiques n’avaient pas le même rythme et, du coup, pas le bon format de représentation des phonèmes. En 2011, notre étude montrait qu’il y avait un défaut de l’activité oscillatoire rapide spécifique dans le cortex auditif gauche des sujets dyslexiques. Plus cette anomalie était présente, plus il y avait un déficit phonologique.

Et il y aurait une causalité?

Récemment, en collaboration avec le centre Wyss du Campus Biotech à Genève, nous venons d’en établir une: s’il y a bien un déficit dans l’hémisphère gauche, on devrait pouvoir rétablir cette activité oscillatoire par une petite stimulation électrique transcrânienne de très faible amplitude. En stimulant le cortex à cette fréquence (30 hertz), on devrait pouvoir restaurer le bon format du découpage phonémique chez les personnes dyslexiques et donc améliorer leur performance phonologique, voire améliorer la lecture. Nos résultats sont probants chez les adultes, et on va passer aux enfants. La plasticité de leur cerveau étant plus grande, on se dit que l’effet sera encore plus manifeste.

Pendant combien de temps doit-on effecteur ces stimulations?

Avec vingt minutes, l’effet est très présent juste après la stimulation, mais il disparaît progressivement: une heure après, il y a déjà moins d’effet. Avec les enfants, on suppose que pour modifier la plasticité de leur cortex auditif à plus long terme, il va falloir répéter la stimulation: vingt minutes par semaine pendant quelques mois, j’imagine. On est encore loin d’avoir un protocole qui soit définitif, mais on pense que chez l’enfant, l’effet va être très facile à induire.

Est-ce que cela pourrait se stabiliser à long terme?

L’idée chez l’enfant serait de corriger définitivement l’anomalie. Chez l’adulte, nous avons observé qu’en stimulant l’hémisphère gauche, on obtient une relatéralisation des processus phonologiques. Chez nos sujets dyslexiques, ces processus importants n’étaient pas présents à gauche, mais à droite, et sous une forme anormale. Avec la stimulation électrique et la relatéralisation, tous les processus de langage se retrouvent à gauche. Ce qui favorise la lecture. Résultat, après vingt minutes de stimulation, leur lecture est beaucoup plus précise.

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