14.06.2020 à 10:55

BDComment l'«American Sniper» de Clint Eastwood a été abattu

Cet album explique ce qu'on ne voit pas à la fin du film glorifiant le vétéran Chris Kyle en 2014, et montre une réalité bien plus complexe. Passionnant.

von
lematin.ch
Chris Kyle était une véritable arme fatale à lui tout seul, mais c'est également sous les balles qu'il est tombé.

Chris Kyle était une véritable arme fatale à lui tout seul, mais c'est également sous les balles qu'il est tombé.

Brüno/Nury/Ed. Dargaud

En 2014, Clint Eastwood porte à l'écran l'autobiographie de Chris Kyle, «American Sniper». L'histoire du tireur d'élite le plus mortel de toute l'histoire de l'armée américaine, avec 160 victimes confirmées lors de ses quatre engagements en Irak. Le réalisateur dresse le portrait d'un vrai héros américain, joué ici par Bradley Cooper, comme il le fera aussi dans plusieurs films ensuite, comme «Sully» ou «Le 15:17 pour Paris».

Dans «American Sniper», c'est Bradley Cooper qui interprète Chris Kyle. Photo Warner Bros

Dans «American Sniper», c'est Bradley Cooper qui interprète Chris Kyle. Photo Warner Bros

L'histoire de Chris Kyle est d'autant plus mélodramatique qu'il sera lui-même assassiné le 2 février 2013, alors qu'il dirigeait des séances de tirs pour aider à la réadaptation de vétérans traumatisés. Le film d'Eastwood ne montre pas une seule image de cet événement, se contentant d'un texte, qui explique le tragique destin du sniper. Le scénariste Fabien Nury et le dessinateur Brüno nous expliquent ce qui s'est produit dans l'album «L'homme qui tua Chris Kyle».

Le vrai patriote

Il ne s'agit pas d'une biographie d'Eddie Ray Routh, le meurtrier de Chris Kyle et de son copain Chad Littlefield, mais du parcours si différent de deux vétérans, illustrant toute la complexité de la société américaine. Chris est le parfait patriote, faisant tout pour défendre son drapeau et les valeurs (surtout blanches et conservatrices) des États-Unis. Il a même une épouse presque encore plus caricaturale que lui. Chris a été remué par ses trois premières campagnes en Irak, mais au retour de la quatrième, il décide de ne plus sombrer et d'aider les vétérans en leur redonnant goût à la vie en ferraillant sur un champ de tir.

Parmi ces vétérans, il y a justement Eddie Ray Routh, un Marine qui a fait l'Irak, mais n'a pas combattu. Des morts, il en a pourtant vus puisqu'il a ensuite été envoyé à Haïti suite au tremblement de terre avec pour mission de récupérer les cadavres. Traumatisé, il sombre de retour au pays, dans l'alcool, la drogue, les médicaments. Quand sa mère lui dit qu'elle a arrangé une séance de tir avec Chris Kyle, qu'il admire, il est heureux. Mais le genre d'homme qu'il est devenu ne peut pas plaire à Kyle et le courant ne passe pas du tout. Eddie le tue-t-il parce qu'il s'est senti méprisé. C'est une partie de l'explication.

Un récit cinématographique

Mais le récit décrit également l'après-meurtre, la préparation du film d'Eastwood, le procès d'Eddie Ray Routh. Avec sa grande connaissance du cinéma, notamment américain, qu'il a démontrée dans le très bel album «Vintage and Badass, le cinéma de Tyler Cross», Fabien Nury sait aussi utiliser à bon escient les répliques des films d'Eastwood et découper une histoire fascinante que dessine de manière toujours aussi léchée et stylisée Brüno. L'Amérique aime les armes, qu'elle met entre les mains de son plus grand sniper pour faire des cartons lors de ses guerres de par le monde. Mais elle en est également la victime, permettant à des Eddie Ray Routh d'abattre un héros de la nation. C'est toute l'histoire de «L'homme qui tua Chris Kyle».

Michel Pralong

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!