Souvenirs - Comment la Suisse romande a accueilli «Loft Story» en 2001
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SouvenirsComment la Suisse romande a accueilli «Loft Story» en 2001

Il y a vingt ans, la presse regardait avec curiosité et effarement l’émission qui a lancé la télé-réalité en France. Avant qu’elle ne contamine les sujets du quotidien.

par
Laurent Flückiger
La porte du «Loft». L’émission a été diffusée du 26 avril au 5 juillet 2001 sur M6.

La porte du «Loft». L’émission a été diffusée du 26 avril au 5 juillet 2001 sur M6.

Starface

En Suisse romande, on se gave de TV française. Alors quand, le 26 avril 2001, M6 a lancé «Loft Story» et avec un nouveau genre surnommé la télé poubelle, les médias d’ici s’y sont bien sûr intéressés. Sans surprise, l’émission n’a pas eu beaucoup d’adeptes parmi les journalistes et les chroniqueurs.

«La réalité dépasse l’affliction», titre «24 heures» le surlendemain de la grande première. «On savait que la petite lucarne pouvait tomber bas. Avec le nouveau programme de «réel-tv» inauguré jeudi soir par M6, qui met en scène la bêtise caricaturale de onze captifs, on na pas été déçu», décrit le quotidien vaudois, alors que «La Tribune de Genève» trouve le programme «rasoir» et s’avance un peu vite dans ce que les téléspectateurs ne verront jamais. «Le truc, cest quils vont sûrement forniquer parmi. Hélas! M6 a une morale. On pourra voir lavant et laprès. Jamais létreinte», est-il écrit quelques heures avant la fameuse scène de la piscine.

«J’aime «Loft Story»

«Le Matin» préfère se faire un avis sur cinq jours de diffusion. Et il est positif. Le 1er mai 2001, dans un commentaire, Pascal Pellegrino, qui tacle ses confrères journalistes, note: «Il faudra bien quon comprenne un jour que la curiosité est autant captée par un reportage digne et sans concession dans tel ou tel magazine dactualité que par onze jeunes gens ordinaires qui vivent leur vie dans un loft, et qui ne sont pas intelligents 24 heures sur 24 comme moi (parce que jai ma carte de presse)». Dans la même édition, on apprend qu’en parts de marché, sur le public romand, M6 a atteint les 20% jeudi, lors de la première de «Loft Story». «Le Temps», lui, hésite: «Lundi, pris au piège de la saga exhibitionniste, on continuait à osciller entre gêne et fascination, scotché devant labyssal spectacle, victime consentante dun prodigieux vertige», peut-on lire le 1er mai.

Dix jours après le lancement, «Dimanche.ch» rapporte les propos de l’historienne de lAntiquité à l'Université de Lausanne Anne Bielman, pour qui de nombreux détails amènent à comparer les anciens jeux du cirque romains et le télé circus de «Loft Story». Les Romands sont de plus en plus nombreux à regarder le programme. Selon les jours, ils sont entre 70 000 et 150 000, note «24 heures» le 8 mai.

Même dans une critique de danse

Après deux semaines, le «Loft» est présent au point de s’immiscer dans tous les sujets. Voilà ce que l’agence Associated Press écrit à propos du Festival de Cannes: «Ils sont 23 candidats qui, enfermés dans leur bulle pendant 12 jours, vont essayer de chasser de la tête de lactualité les deux mots «Loft» et «Story» et vont tenter de les remplacer, quotidiennement dans les journaux, radios et télés, par deux autres termes: «Festival» et «Cannes».» Les deux mots se retrouvent dans les billets d’humeur des journaux, ici à propos de la mise en place d’une boîte à bébés par l’Hôpital dEinsiedeln (SZ), dans une victoire du LS sur GC et même dans une critique du dernier spectacle de danse de la Cie Philippe Saire.

«Loft Story» dure 70 jours. Le 6 juillet, le lendemain de la finale, Aimé Corbaz dans «Le Matin» exprime parfaitement ce que beaucoup pensent alors parmi les téléspectateurs: «Lété sera morose. Sans terrasses animées de conversations futiles, morne comme un crépuscule de novembre, orphelin des locataires, aimés ou détestés, des habitants du «Loft». Eux qui faisaient battre nos cœurs à lunisson du monde.»

Lire notre interview de Steevy Boulay, candidat emblématique de «Loft Story».

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