Hockey sur glace: Comment Langnau a cassé l’ambiance
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Hockey sur glaceComment Langnau a cassé l’ambiance

Les Tigres sont venus arracher la victoire alors que tout parlait en faveur d’une qualif historique du LHC pour les demi-finales. Récit d’une sale soirée à Malley 2.0.

par
Julien Caloz
Lausanne

Il n’y avait a priori rien d’inhabituel mardi en fin d’après-midi à Lausanne. Etienne Froideveaux, le capitaine du LHC, était coincé dans les bouchons de l’avenue de Provence; son coéquipier Loïc In-Albon vidait une canette de Red Bull derrière la patinoire de Malley 2.0; et Alain Reist nouait son tablier dans son chalet situé derrière la tribune est, prêt à servir ses tartares aux supporters.

Rien d’inhabituel donc, sauf que ce soir-là le LHC, opposé à Langnau, pouvait entrer dans l’histoire en décrochant pour la première fois son billet pour les demi-finales des play-off. Et tout le monde, forcément, voulait en être: il n’y avait plus aucun billet en vente aux guichets, plus aucune accréditation disponible auprès du chef de presse.

Sérieusement, Alain Reist, l’ancien joueur du LHC, l’homme à la moustache et au cœur rouge et blanc, allait manquer cette rencontre? «Ne vous inquiétez pas, j’ai assez de staff pour quitter mon stand et regarder une bonne partie de chaque période dans la patinoire. Je me mets là-bas, sur les escaliers. J’aime pas qu’on me reconnaisse», s’amuse-t-il en riant de ce qui est écrit sur son tablier.

L’ex-défenseur est d’humeur joyeuse. On le devine pas trop inquiet pour le LHC. «Je pronostique 4-1 pour Lausanne ce soir», lance-t-il tout en sachant que cela ne ferait pas forcément ses affaires. «C’est clair, plus il y a de matches et meilleur sera mon chiffre d’affaires. Mais comme il y aura trois rencontres en demi-finale et encore trois autres en finale, ça ira!»

Cet optimisme est-ils aussi celui de Ludo et Nicolas? Les deux compères ont privatisé une table du Chauderon, le bar installé à l’entrée de la patinoire. On s’approche pour prendre la température. «Douze degrés», lancent-ils, hilares, avant de trinquer.

Que boivent-ils au juste? «Je sais pas vraiment la marque de la bière qu’ils servent ici. C’est de toute façon de l’eau et des céréales», s’esclaffe Nicolas, mi-inquiet mi-rassuré. «Je sens que ça va aller au septième match. Que voulez-vous, ça fait dix ans que j’ai l’abo et le LHC m’a pas mal habitué à des coups de mou. En même temps, il doit plier l’affaire ce soir.» On le félicite pour son bel accent vaudois. Il recentre les priorités: «Ça me fait mal de le dire, mais je veux que Genève batte Berne. Parce que les Ours sont protégés par la Ligue.» Pas loin, Daniela s’en fiche pas mal, de ces Ours copains avec les zébrés. Elle a 5 ans et vient de tendre la joue pour obtenir un maquillage rouge et blanc.

C’est l’heure à laquelle les gens affluent. La patinoire se remplit. 19h48 : le speaker égrène les noms des visiteurs. A l’annonce du numéro 89 bernois, un murmure désapprobateur se fait entendre. Chris DiDomenico a trop de caractère pour être aimé de ses adversaires. Dans le virage ouest, c’est distribution de ballons rouge et blanc. La Section Ouest prépare la chorégraphie qui, à l’entrée des deux équipes, plongera les Lausannois dans la marmite.

La fête est belle, et plus belle encore lorsque les hommes de Ville Peltonen ouvrent le score après soixante secondes pile, Vermin bondissant sur la glace pour servir Jeffrey. Le public chavire et claque un «Aux armes» dans la foulée. Le problème, c’est que Langnau a la mauvaise idée de casser l’ambiance en égalisant puis en prenant l’avantage (7e, 1-2). Les Tigres sont parfaitement dans leur match. Lorsque les arbitres vont vérifier une action vaudoise à la vidéo, Heinz Ehlers est serein sur son banc. Ses joueurs savent de toute façon ce qu’ils ont à faire: freiner cette première ligne lausannoise qui a déjà inscrit neuf des douze buts du LHC depuis le début de la série.

Ils y parviennent avec l’aide bien involontaire de Vaudois en retard sur chaque action. «Ici c’est Langnau», scande même la trentaine de fans visiteurs installés dans un virage de la patinoire. Le chronomètre tourne et le LHC encaisse but sur but. A la cinquième réussite des Tigres, excédés par la tournure des évènements, de nombreux supporters quittent même les tribunes de Malley 2.0, alors qu’il reste pourtant plus de neuf minutes à faire. Ils sont accompagnés vers la sortie par les sifflets du kop rouge et blanc. Les ultras ne tolèrent pas de voir des spectateurs encourager les joueurs quand ils gagnent et les abandonner quand ils perdent.

La sirène retentit enfin. Score final: 5-1 pour les Bernois. «Les deux fois où je suis venu, Lausanne a pris 5-1. Je viens plus!», lâche un fan en tribune latérale, plus amusé que fâché. On descend devant les vestiaires du LHC. Loïc In-Albon se présente face aux médias et parle avec l’expérience d’un vieux taulier malgré son jeune âge (21 ans): «Il faut rester calme et confiant envers notre plan de jeu ainsi que nos capacités. On est déjà sorti de plusieurs bas cette saison.»

Pas loin de lui, Joël Genazzi explique que «Langnau a marqué des buts trop faciles» et espère bien que Lausanne resserrera les boulons au prochain match. La réponse viendra de la glace, jeudi à l’Ilfis. Bien sûr, rien n’a véritablement changé: le LHC doit toujours inscrire un point pour obtenir son billet pour les demi-finales. Mais il faudra voir comment vont réagir les joueurs vaudois, qui ont eu une chance en or mardi soir de fêter devant leur public une qualification historique pour les demi-finales. Une chance qu’ils ont totalement gâchée.

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